separateurCreated with Sketch.

La sexualité se nourrit d’essais, de réussites et de ratés

couple-bed-
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Hélène Dumont - publié le 15/09/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Nombreux sont les couples qui imaginent à peine mariés vivre une sexualité épanouie. Mais une sexualité ordinaire est faite de décalages, de déceptions et d’ajustements permanents, estime Hélène Dumont, conseillère conjugale et familiale, thérapeute de couple et sexothérapeute. Elle partage ici une analyse personnelle et sans concessions sur les écueils que peuvent rencontrer les jeunes qui s'engagent dans la démarche d'un mariage chrétien mais souligne comment la communication dans le couple est gage d'harmonie.

CAMPAGNE DE NOËL 2025

Pour qu'Aleteia poursuive sa mission d'évangélisation, faites un don déductible à 66% de votre impôt sur le revenu.
Ainsi l'avenir d'Aleteia deviendra aussi le vôtre.

Je donne en 3 clics

Ils sont plus nombreux qu’on ne le pense les couples qui attendent – ou ont attendu - le mariage pour vivre une sexualité qu’ils espèrent, rêvent ou imaginent alors simple et épanouie, comme par simple effet de cause à conséquence. Les couples chrétiens font régulièrement part de ce désir de vivre une intimité sexuelle ajustée aux "valeurs" ou préceptes de l’Église, comme de la déception ou désillusion qui s’en est suivie, douche froide sur ce qui aurait dû être un feu d’artifice. "On nous a menti", regrettent-ils en parlant de ceux qui les ont accompagnés dans la préparation au mariage. "On nous avait promis une sexualité forcément belle et réussie, une communion des corps et des cœurs, une sexualité "Whaou !" si nous consentions à nous "préserver" avant le mariage".

Ces couples ont un côté bon élève, soucieux de suivre à la lettre une liste de conseils qui leur garantiraient une sexualité épanouie. Difficile de les blâmer tant leur confiance dans le message de l’Église est belle. Mais il semblerait qu’à trop vouloir convaincre, certains discours finissent paradoxalement par être totalement – et au sens propre – désincarnés, en deviennent dogmatiques, donc injonctifs et inaccessibles.

Le langage amoureux requiert du temps

Des discours dogmatiques, quand la règle prévaut sans prendre en compte la complexité du rapport au corps, la nécessaire gradualité inhérente à chaque cheminement personnel et particulier, pas plus que le caractère irréductible de la sexualité à des concepts ou des catégories tels que le sacré ou le pulsionnel. Désincarnés, quand sont passées sous silence les difficultés sexuelles - pourtant fréquemment rencontrées -, liées au désir, aux douleurs, au vaginisme, à l’éjaculation prématurée ou à son absence, à la difficulté d’avoir une érection ou de pouvoir la tenir.  

Des discours inaccessibles quand certains enseignements ou témoignages oublient de mentionner combien une sexualité ordinaire est faite de décalages, de déceptions et d’ajustements permanents. Elle appelle une bonne connaissance de soi et de l’autre, un peu d’humour et de la maturité. C’est de ce terreau imparfait que peut in fine surgir un "whaou", un "alignement des planètes" dont le couple se souviendra longtemps. Tisser un tel langage amoureux requiert du temps ; il se nourrit d’essais, de réussites et de ratés. La sexualité est un espace de création. Ne pas coucher avant le mariage ne dispense pas le couple de cet apprentissage. 

En disant bien souvent peu de choses de l’expérience sexuelle en tant que telle, de sa dimension charnelle, organique et physiologique, psychologique et émotionnelle, les enseignements limités à une approche théologique ou spirituelle ne permettent pas d’arrimer leur potentiel d’idéalité à la réalité la plus empirique. Cela serait pourtant tellement salutaire. Cela permettrait aux couples de dédramatiser, et surtout de savourer ce qu’il leur est donné de vivre à l’instant où ils le vivent. 

Apprendre à se chérir pleinement

Car ce qui est difficile, une fois le mariage passé et la sexualité "autorisée", c’est de ne rien ressentir, de ne pas goûter à la "communion" des corps, de ne pas être synchrones, de constater que "ça va trop vite", que "ça ne vient pas du tout" ou que "ça fait mal", ou même encore que l’on n’en a pas envie. Face à ces difficultés, le désir s’étiole, le couple renonce, se dispute, et de nombreux soirs se terminent dans les larmes. "Ne pas y arriver", en sexualité, conduit à goûter au parfum amer de l’échec, de la culpabilité ou encore à celui de la honte. C’est croire que l’on n’est pas vraiment un homme puisque l’on ne sait pas éveiller sa femme, "tenir" son érection ou "contrôler" son éjaculation, c’est croire que l’on est une mauvaise femme puisque l’on ne sait pas jouir, ni désirer son mari ou encore "s’ouvrir à lui". 

C’est précisément ce qui se travaille en entretien de conseil conjugal, depuis le contexte dans lequel le couple s’est rencontré, en passant par ses représentations de la sexualité jusqu’à l’éveil de leur intimité conjugale. Le but est que le couple s’approprie une sexualité qui soit ajustée à ses valeurs chrétiennes comme à la réalité de ce qu’ils vivent, et qui pourra donc être source de joie et de plaisirs. Une réflexion positive menant à une sexualité plus mûre et plus confiante, qui permette de se chérir pleinement, sans appréhension de sa propre sensualité ni de celle de l’autre. 

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)