À l’été finissant, lors de la reprise du travail pour beaucoup, des études pour d’autres, la réserve d’énergie, normalement renouvelée par le repos et les loisirs, est parfois en perte de vitesse. Le chemin des habitudes et de la vie ordinaire est de nouveau emprunté, parfois en traînant les pieds. L’inquiétude, et même l’angoisse, saisissent certains à la gorge, sans raison apparente. Il faut dire que les relations humaines sont souvent dures et impitoyables dans certains milieux, professionnels, scolaires. Dans tous les domaines, ce sont les plus médiocres qui tentent d’exercer leurs responsabilités en confondant pouvoir et autorité. Les dégâts, dans l’éducation des enfants et des jeunes, et dans le respect des personnes, sont alors considérables. Si ceux qui ont reçu une charge de formation ou de direction écrasent, humilient ceux qui sont leurs subalternes ou qui leur sont confiés, ils commettent des abus qui provoquent des blessures irrémédiables. Il est toujours nécessaire de mettre en pratique la règle de l’encouragement, ceci afin que chaque individu puise déployer toutes ses qualités, se développer harmonieusement et reproduire par la suite ce modèle, transmettre cette identique manière de procéder.
Par la douceur et la patience
Une des peintures caractéristiques de l’embrigadement révolutionnaire et de la manipulation des esprits à la fin du XVIIIe siècle est la pompeuse toile composée par Charles Meynier en 1794-1795, intitulée en toute simplicité : Le Siècle des Lumières : la France triomphante encourage les sciences et les arts en pleine guerre. La grandiose mise en scène est supposée tresser une couronne de gloire à un pays alors semant la terreur et la destruction chez ses voisins, pillant les œuvres d’art, ayant guillotiné le chimiste Antoine Lavoisier et le poète André Chénier — le peintre Hubert Robert ayant été sauvé in extremis par la fin de la Terreur. Voilà une forme d’encouragement dont beaucoup se seraient passés.
L’encouragement n'est jamais à coups de trique et à l’aide de menaces, même si accompagné de paroles magistrales et de slogans d’orateurs. Tout éducateur prenant sa tâche à cœur sait qu’encourager s’exprime par la douceur et la patience, y compris lorsqu’une certaine fermeté doit l’accompagner. Sinon le résultat est à l’inverse du but poursuivi. L’exemple nous vient de haut, de très haut, puisque les Saintes Écritures sont riches de cette constante invitation à l’encouragement, à commencer par le geste patient de Dieu qui, très bon pédagogue, sait utiliser des manières douces plutôt que de réduire en cendres l’humanité à chaque infidélité commise.
La patience de Dieu
Ainsi déjà Josué, orphelin de Moïse au seuil de la Terre promise, est-il soutenu par le Tout-Puissant : "Voici que je te l’ordonne, prends courage et sois fort. Ne crains point, et ne t’épouvante point, parce que le Seigneur ton Dieu est avec toi en quelque lieu que tu ailles" (Jos 1, 9). Par la suite, le Maître se présentera comme Celui sur lequel se reposer afin de ne pas lâcher prise dans les adversités, notamment lorsqu’Il annonce : "Venez à moi, vous tous qui prenez de la peine et qui êtes chargés, et je vous soulagerai" (Mt 11, 28). Le Christ ne donne pas des leçons de volontarisme mais d’abandon, sans pour autant réduire à néant l’effort personnel qui provient de notre liberté mais qui doit s’enraciner en Lui pour pouvoir porter du fruit.
Les apôtres transmirent fidèlement cette manière de faire pour soutenir à bout de bras les premières communautés en proie aux persécutions. Saint Paul se fait le chantre de l’encouragement et il écrit notamment : "Béni le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ! Qui nous console dans toutes nos afflictions, afin que nous puissions nous-mêmes, par l’encouragement que Dieu nous donne, consoler aussi ceux qui sont sous le poids de toute sorte de maux." (2Co 1, 4). L’Apôtre insiste sur ce devoir de transmission de ce qui est reçu : encourager comme on est encouragé. Celui qui n’est jamais l’objet d’encouragement se protégera en retirant sa confiance et en se durcissant face à une autorité injuste et cruelle. L’encouragement spirituel est consolation, et pas simplement une énergie physique ou psychologique. Saint Paul le rappelle aux fidèles : "Car tout ce qui est écrit a été écrit pour notre instruction, afin que par la patience et la consolation des Écritures nous ayons l’espérance. Que le Dieu de patience et de consolation vous donne donc d’être unis de sentiments les uns les autres, selon Jésus-Christ" (Rm 15, 4-5). L’encouragement donne une colonne vertébrale à celui qui en bénéficie. Les parents qui mettent tout en œuvre ainsi pour leurs enfants peuvent le constater, et ils peuvent dire avec l’Apôtre : "C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, mais bien qu’en nous l’homme extérieur se détruise, cependant l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour" (2Co 4, 16).
L’encouragement tisse des liens
La pratique de l’encouragement crée une sorte de bouillonnement favorable pour que chacun croisse, celui qui encourage et celui qui est encouragé. Jean de Polanco, secrétaire de saint Ignace de Loyola et écrivant à toute la Compagnie de Jésus en son nom à propos des relations épistolaires, dresse une longue liste de bonnes raisons pour communiquer ainsi au sein de l’Ordre :
"La quatrième [raison] nous aide à nous encourager réciproquement à une sainte émulation dans les vertus et dans les travaux pour Dieu. […] La treizième : les bonnes nouvelles encouragent les amis qui donnent leur aide aux affaires de la Compagnie, en gardant chez eux et en faisant grandir leur affection pour elle" (Lettres et Instructions de saint Ignace de Loyola, 27 juillet 1547).
Ainsi l’encouragement n’est-il pas nombriliste, se contentant de "faire plaisir", mais il tisse des liens, il plante des graines et les semailles sont suivies de moissons. Telle est la "méthode" de saint François de Sales, celle qui fit sa réputation et qui engrangea tant de gerbes. Dans l’Introduction à la vie dévote, il ne décourage pas les âmes ordinaires, les nôtres, mais il les porte vers le ciel en ne cessant jamais d’encourager les moindres mouvements de générosité, telle cette magnifique image si poétique et si réaliste : "Faites comme les petits enfants qui de l'une des mains se tiennent à leur père, et de l'autre cueillent des fraises ou des mûres le long des haies..."
Donner sa confiance
Le soutien paternel, celui divin et celui humain, permet de se dépasser et de marcher avec confiance. Cette caractéristique salésienne, si évangélique, fleurit dans la pédagogie de saint Jean Bosco, toujours attentif à obtenir de chacun le meilleur de lui-même. La confiance et l’estime de soi sont les pierres de fondation. Comme le dit le leitmotiv de don Bosco : "Sans affection pas de confiance. Sans confiance, pas d’éducation." Donc tout est inscrit dans le principe d’encouragement, à temps et à contre-temps, y compris auprès des jeunes les plus rétifs au départ. Saint Jean Bosco précise bien que l’éducateur ne doit pas attendre la confiance de l’enfant pour donner, lui, sa confiance. C’est un risque à prendre, et le jeu en vaut la chandelle. Dieu procède bien de même à notre égard. Toute personne dans un poste de responsabilité ou d’éducation devrait s’en souvenir plutôt que de vouloir s’imposer en tordant, en cassant, en humiliant lorsque les murs lui résistent.
Si d’aventure nous traînons des pieds faute d’encouragement et de soutien de la part de ceux qui devraient les exercer à notre endroit, n’oublions pas que demeure l’encouragement divin que nulle main humaine ne peut diminuer, souiller ou s’approprier.










