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La foi de l’homme mûr

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Jean-Étienne Rime - publié le 15/09/25
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Au soir de sa vie, l’Homme mûr rend grâce à Dieu pour les multiples rencontres que Dieu a mis sur son chemin pour lui transmettre les fondamentaux de la foi. Si tous ne peuvent pas se reconnaître dans ce parcours de vie, les croyants ne grandissent jamais seuls, souligne notre chroniqueur Jean-Étienne Rime, ni sans le souffle de l’Esprit saint.

Un homme à l'automne de sa vie se demande comment il a pu vivre tant d'années en ayant gardé la foi, cette présence aimante de Jésus Christ dans sa vie et la prière quotidienne qui passe par l'intercession de Notre-Dame, une mère si présente. Bien sûr, il a eu quelques moments de doute et surtout de nombreuses périodes de tiédeur, mais il a tenu. Il a toujours une foi fidèle et forte et se pose la question. Comment, pourquoi ai-je la foi, qui m’a soutenu ?

L’attention était à son comble

Sa vie commence bien, il est baptisé au sortir d'une froide clinique qui l'a vu naître dans la chaleur familiale, il est entouré de l'amour béat de ses parents, de l'admiration de son parrain et de sa marraine, il est au centre de la famille, la joie incomparable de sa naissance vite sublimée par ce baptême, sa naissance à la vie de frère de Jésus. La suite est classique, première communion, profession de foi, confirmation et hop ! il accomplit le parcours jusqu’au mariage puis la naissance et le baptême de ses enfants, le cycle continue. Classique, rien d’original. En regardant sa vie de façon plus approfondie, certaines étapes ont été fondamentales. Il n’est pas resté croyant seul.

Enfant, les cours de catéchisme l’ont marqué avec le père Pierre, le curé de sa paroisse qui inspirait le respect. Grand, assez froid, les gamins ne mouftaient pas dans la salle de classe du presbytère où ils se réunissaient chaque semaine. Mais quand il racontait, l’attention était à son comble : Moïse et les Hébreux traversaient la Mer Rouge — ils étaient au cinéma —, ils étaient les Hébreux poursuivis par pharaon, mieux que dans les films de Cecil B. De Mille. La semaine suivante, on était aux noces avec Jésus et Marie à Cana, quelle fête ! Passionnant curé, enfants passionnés, et histoires inscrites à tout jamais dans les mémoires. Il revivait ces épisodes, notre homme mûr, il savait que cette architecture culturelle l’avait porté tout au long de sa vie et lui avait donné une soif, une envie de lire et relire puis méditer ces textes bibliques essentiels.

Témoignages et amitiés

Sa famille a compté aussi. Que sa mère soit pieuse, hospitalière de Lourdes et engagée dans la paroisse lui semblait logique ; voir son père prier l’a marqué. Comment un homme actif et toujours pressé pouvait s’agenouiller et ne rien faire si ce n’est entrer en dialogue avec le Christ ? Une image de foi, un témoignage qui n’avait pas l’intention de l’être et devenait incitation à la prière. Au lycée, un bon établissement privé, le spectacle de ses professeurs prêtres (il y en avait encore dans les années soixante-dix) était aléatoire, certains bons pères laissaient tomber tour à tour la soutane puis le clergyman avant de tout abandonner, d’autres étaient édifiants comme ce père Pierre (un autre), professeur de chimie, qui avait créé une conférence Saint-Vincent de Paul composée des élèves volontaires. Messe hebdomadaire, visites des personnes âgées ou fragiles, ce mouvement a marqué notre homme par l’image de ce prêtre se tenant droit, déterminé dans la tempête.  L’amitié entre confrères a été aussi un fondement, prier avec des camarades de classe était vivifiant, entraînant : la prière est contagieuse.

Sont arrivés ensuite les séjours dans les monastères pour se préparer aux examens, son mariage et la foi de sa femme, les retraites de famille avec ses enfants, la création d’un mouvement de prière avec les professionnels de sa ville : L’heure Saint-Joseph, qui réunissait toute sortes de métiers pour une messe matinale suivie d’un café amical. Tout cela a forgé la foi de notre homme. Pourquoi ?

Avec la grâce

Parce qu’il a reçu des fondamentaux : il faut une culture religieuse pour connaître, comprendre et mieux appréhender les enseignements puis méditer, prier. Parce qu’il a été entouré par ses prêtres emplis de leur mission d’éveil, de charité, d’annonce de la Parole, parce qu’il a reçu de ses parents, de ses camarades de classe, de sa femme et de ses enfants. Il n’est pas resté seul. Mais si le mimétisme religieux a du sens, c’est à condition de recevoir la grâce. Sans l’Esprit-Saint, rien de tout cela. Il a soufflé et notre homme s’est placé dans cette brise légère.

Comme il a de la chance, pense-t-il, pensant et priant pour tous ceux qui n’ont pas eu ou n’ont pas ces témoignages, ces aides chaleureuses. Il porte dans son cœur ces enfants qui n’ont plus de catéchisme, plus de prêtres ou de parents à qui se confier, plus d’amis témoins de leur foi. Comme c’est difficile pour eux, même si la grâce et le souffle de l’Esprit demeurent. Aujourd’hui, il prie encore "Je sous salue Marie, peine de grâces que vous déversez en abondance…" Il sait que sa foi est fragile, incomplète, qu’il est pécheur, qu’il a beaucoup reçu et doit donner beaucoup encore et encore. Il rend grâce de ces rencontres et espère avoir lui aussi, à son humble mesure, donné un témoignage de l’amour du Christ. Il prie… "maintenant et à l’heure de notre mort…"

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