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Une France forte ne craint pas les plus faibles

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Image d'illustration, aide d'une personne sans-abri.

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Benoist de Sinety - publié le 14/09/25
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Être dur avec les faibles, ce n’est faire preuve de force, mais de faiblesse, accuse le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse de Lille-centre, à propos du rejet des migrants pourtant intégrés. On ne se protège pas du pire en pratiquant la politique du pire.

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Sont-ils deux tiers ou la moitié de la population ? Quoi qu’il en soit, les Érythréens sont majoritairement baptisés. Comme Yemane et Letetsen, catholiques, qui vivent une situation déchirante dans un désert d’indifférence ou presque. S’il y a des pays qui ressemblent à l’antichambre de l’enfer, l’Érythrée est de ceux-là. Des bandes armées pillent, violent, rançonnent. Le cuivre, l’or, le granit, le marbre et le potasse ne sont sans doute pas étrangers à la violence qui y sévit. Ils sont des centaines de milliers à fuir, chercher refuge, un lieu où respirer, reprendre pied, vivre. 

À chaque fois, il manque une pièce

Contrairement aux mythes fondateurs de nos peurs occidentales, ces exilés qui doivent quitter leurs pays, franchissent dans l’immense majorité une seule frontière, très rarement plus. Pour les maudits de cette Afrique orientale, deux pays s’offrent alors : le Soudan au nord, l’Éthiopie au sud. Bénéficiant d’une reconnaissance, Yemane a même pu, lui, aller jusqu’en France. Il y travaille depuis presque dix ans, titulaire d’un permis de séjour, et y paye comme tout honnête habitant de ce pays, ses impôts. Il a dû laisser derrière lui, au Soudan, Letetsen, la femme de sa vie. Ils se sont mariés en 2019 à la faveur d’un voyage qu’il a pu effectuer afin de la revoir. 

Sitôt de retour en France, il a demandé à la préfecture du Nord l’autorisation pour son épouse de le rejoindre dans le cadre du regroupement familial. L’accord est donné en 2020, mais au moment où toutes les pièces du dossier semblaient réunies pour l’obtention du visa, la pandémie bloque tout : plus de voyage plus de passage, seule l’attente... À peine les aéroports réouverts, Letetsen doit fuir le Soudan en proie lui aussi à la guerre et aux massacres. Elle se réfugie dans l’autre pays voisin, l’Éthiopie où elle croupit depuis à Addis Abeba sans travail et sans sécurité. Tout est à refaire car, ayant changé de pays, les dossiers sont à recomposer et l’administration se montre intransigeante sur les délais : ce qui était autorisé en 2020 ne l’est plus en 2025. Il faut tout recommencer. À chaque fois, désormais, il manque une pièce et chacun se renvoie la responsabilité : l’ambassade, les ONG, et ainsi de suite. Les recours s’épuisent et les espoirs aussi.

"Ce n’est pas la France"

Faut-il se mettre à genoux ? Cela ne semble même plus être suffisant. Faut-il donc que notre pays soit devenu faible pour qu’il fasse sentir sans aucune mansuétude sa dureté aux plus petits ? Des situations comme celles-ci existent par milliers. C’est la raison invoquée pour surtout ne rien faire, renonçant ainsi au premier principe de l’humanité tout en osant laisser croire qu’il est promu ou respecté. Répondant à un journaliste (Quotidien, 14 mars 2024), l’académicien François Sureau prononçait ces mots : 

Ce qui me paraît vraiment choquant, gênant, en tant que patriote, c’est qu’on nous promeut aujourd’hui une France qui se vautre dans la défaite : ils ont peur, ils ne croient plus la France capable d’accueillir les étrangers, il faut les sortir. Ils ne croient plus le système pénitentiaire capable de rédimer les personnes qui en font l’objet. Ils ne croient plus rien de tout ça. S’ils croyaient dans la force de la France, ils ne penseraient pas que la France ne peut redevenir elle-même que si elle enferme pour jamais les détenus et qu’elle chasse les étrangers. S’ils croyaient profondément en la France, ils auraient en elle une confiance infinie. Au lieu de cela, on a cette perversion qui consiste à croire que le pire est à nos portes si nous n’adoptons pas la politique du pire. Eh bien non, ce n’est pas ça la France.

La croix seule sauve

Pour Yemane, la France, c’est ce pays dans lequel il est protégé et envers lequel il éprouve une profonde reconnaissance. Pour Letetsen, c’est la terre où elle aspire à devenir pour la première fois mère et à vivre sa foi. De la terreur révolutionnaire aux heures sombres de l’Occupation, la France s’est toujours trompée lorsqu’elle s’est persuadée que, le pire étant à sa porte, il lui faut adopter la politique du pire. Porté par une histoire où l’empreinte chrétienne tend à s’estomper dans les récupérations païennes de plus en plus décomplexées, il n’est pas interdit aux baptisés de regarder la croix du Christ avant de la brandir. La regarder pour y puiser la paix de ceux qui savent qu’elle garantit l’avenir, qu’elle protège et qu’elle seule sauve. La regarder, pour laisser s’écouler depuis le cœur du Crucifié jusqu’aux nôtres, les paroles de vie qui commandent l’amour.

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