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[REPORTAGE] Paris célèbre avec ferveur les carmélites de Compiègne

CANONISATION CARMELITES COMPIEGNE

Procession en mémoire des Carmélites de Compiègne, 13 septembre 2025, Paris.

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Mathilde de Robien - publié le 13/09/25
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À l’issue de la messe d’action de grâce célébrée à Notre-Dame de Paris pour la canonisation des 16 martyres de Compiègne ce samedi 13 septembre, un chemin de croix s’est élancé depuis le parvis de la cathédrale, parcourant l’ultime trajet des carmélites depuis la prison de la Conciergerie jusqu’au cimetière de Picpus. Une procession empreinte d’une ferveur peu commune dans les rues de Paris.

C’est avec joie et ferveur que les Parisiens ont célébré la canonisation des 16 carmélites de Compiègne, guillotinées en haine de la foi le 17 juillet 1794 sous la Terreur. Béatifiées en mai 1906 par Pie X, elles ont été canonisées le 18 décembre 2024 par le pape François. Si leur canonisation a été fêtée le 8 mai à Compiègne, un bel hommage leur a été rendu ce samedi 13 septembre à Paris, lieu de leur sacrifice.

À midi, une messe solennelle d’action de grâce a été célébrée à Notre-Dame de Paris, présidée par Mgr Laurent Ulrich. Le nonce apostolique en France, Mgr Celestino Migliore, a lu le message de Léon XIV, envoyé pour l’occasion, louant la "fécondité mystérieuse" des martyres de Compiègne. Leurs noms ont ensuite résonné sous les voûtes de la cathédrale Notre-Dame, après le rappel du décret de canonisation. Dans son homélie, l’archevêque de Paris a évoqué le témoignage laissé par les religieuses, qui demeure d’une brûlante actualité en raison des guerres et des divisions qui secouent nos sociétés contemporaines : "Le monde d’aujourd’hui, comme celui d’hier, est en feu", a lancé Mgr Laurent Ulrich. "En Terre sainte, en Ukraine, et dans une cinquantaine d’autres foyers sur la planète. Sans oublier que notre pays traverse de graves divisions et perd souvent confiance dans son avenir. Nous retenons de nos sœurs qu’elles ont gardé une confiance inébranlable dans le Seigneur et qu’elles ont vécu cet attachement dans la joie." Un modèle d'unité, de courage et de foi qui puise sa source dans la promesse de Jésus : "Et lorsqu’on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d’avance pour savoir ce que vous direz, mais dites ce qui vous sera donné à cette heure-là." (Mc 13,11).

Une messe qui a rassemblé de nombreux fidèles, des communautés religieuses et plus particulièrement la grande famille carmélitaine, venue en nombre rendre hommage à leurs sœurs martyres. "Cette messe témoigne de la vie de l’Église. Thérèse d’Avila disait : "Je suis fille de l’Église", et là, au milieu de cette cathédrale pleine, vibrante de foi et de paix, de joie, je me suis sentie fille de l’Église", confie une religieuse du Carmel Notre-Dame de Surieu (Isère) à Aleteia. "Et puis avec mes 65 sœurs carmélites, c’était toute la dimension du Carmel qui était là, le Carmel est bien vivant !", se réjouit-elle. À ses côtés, une autre carmélite souligne le modèle d'unité et d'abandon offert par les religieuses martyres. "Elles ne se sont jamais quittées ! C'est la prière qu'on ne vole pas. Il peut arriver n'importe quoi, cette joie intérieure, elle est toujours là. Le Christ est là." Un exemple qui inspire encore les carmélites aujourd'hui. "Elles ont vécu humblement, pauvrement, à l'intérieur de leurs murs de clôture, comme nous ! Et c'est là qu'a été fécondé, inspiré ce feu intérieur qui les a menées à la décision de livrer leur vie pour la paix du pays", reprend la religieuse.

Sur le "chemin des charrettes"

CANONISATION CARMELITES COMPIEGNE
Procession en mémoire des Carmélites de Compiègne, 13 septembre 2025, Paris.

L’après-midi, un peu plus de 200 personnes a marché de Notre-Dame de Paris jusqu’à Picpus, mettant leurs pas dans ceux des carmélites. Un chemin de croix mené par le père Xavier Snoek, retraçant le "chemin des charrettes", de la Conciergerie où elles ont été emprisonnées du 13 au 17 juillet 1794 jusqu’au cimetière de Picpus où elles ont été jetées dans les fosses communes. La procession a fait halte devant l’église Saint-Paul-Saint-Louis, lieu où les carmélites ont reçu l’absolution, et les pèlerins ont été bénis. Une station particulièrement émouvante a été celle de la Place de la Nation. C’est là, sur la place appelée alors "Place du Trône renversé", que se dressait l’échafaud. Là que les carmélites, dans un silence inhabituel, se sont présentées à leur bourreau en chantant le Veni Creator et ont été guillotinées.

CANONISATION CARMELITES COMPIEGNE
Procession en mémoire des Carmélites de Compiègne, 13 septembre 2025, Paris.

Inspirées par ces religieuses hors du commun, des guides de Compiègne, du mouvement des Guides et Scouts d’Europe, se sont jointes à la procession. Les 16 carmélites sont les saintes patronnes de leur groupe et continuent à les inspirer aujourd’hui. "Elles sont un vrai modèle de force, de courage et de confiance en Dieu. Elles ont donné leur vie à Dieu ! Et nous qui sommes entre filles aux Guides, l’unité dont elles ont fait preuve nous inspire énormément", explique Maelwenn, cheftaine de 23 ans.

CANONISATION CARMELITES COMPIEGNE
Procession en mémoire des Carmélites de Compiègne, 13 septembre 2025, Paris.

D’autres participent au chemin de Croix en raison d’un lien familial qui les unit aux carmélites. C’est le cas de François-Xavier et sa famille, il est le neveu d’une carmélite de Compiègne, sœur Marie-Christine de l'Enfant-Jésus, décédée il y a une quinzaine d’années. "Je suis là par fidélité à ma tante carmélite. Une sœur de mon père était au couvent de la rue Saint Lazare, à Compiègne et nous allions souvent lui rendre visite. Je me souviens très bien du tableau de la montée des sœurs à l’échafaud qui était dans la chapelle du couvent", se remémore-t-il. Une manière aussi de vivre la communion des saints. "Je suis sûr que ma tante au Ciel est ravie de cette canonisation, parce qu’à plusieurs reprises, elle manifestait son espoir que la cause avance. Et c’est arrivé !"

Grande joie pour la famille carmélitaine

Procession en mémoire des Carmélites de Compiègne, 13 septembre 2025, Paris.

Une joie partagée par la famille carmélitaine, qui se compose de trois branches : les carmes, les carmélites et les séculiers. Ces derniers, attachés à la spiritualité du Carmel mais vivant dans le monde, sont discrets mais nombreux dans le cortège. Rebeca, Brésilienne, vient de fêter ses 28 ans. Elle travaille dans les jeux vidéo et fait partie de l’ordre séculier du Carmel. "Je me sens appelée à vivre la spiritualité du Carmel dans le monde. J’ai découvert récemment l’histoire des 16 carmélites et je suis là aujourd’hui pour leur rendre hommage."

CANONISATION CARMELITES COMPIEGNE
Procession en mémoire des Carmélites de Compiègne, 13 septembre 2025, Paris.

Une manière de vivre qu’a choisi aussi Peggy, dont la communauté est située à Avon (77), et qui suit la procession, son vélo à la main. "La canonisation, c’est un événement à célébrer en Église et avec la famille carmélitaine !", s’exclame-t-elle. "C’est une grande joie car toutes les 16 ont été canonisées en même temps, de la même manière qu’elles ont été à l’échafaud en même temps. Et maintenant, elles vont prier pour nous, et veiller sur la France."

En fin d’après-midi, le chemin de croix est arrivé à son terme à Picpus, lieu d’inhumation des Carmélites devant lequel les fidèles se sont recueillis. Ils ont également pu vénérer la relique de la Vierge des Martyres, la statuette de la Vierge que la Mère prieure avait réussi à emporter jusqu’au lieu de leur sacrifice et que les religieuses ont embrassée avant de monter sur l’échafaud.

Un témoignage de foi

Au-delà de la démarche de foi et d’action de grâce, c’est un sacré témoignage de foi que les pèlerins ont donné à voir aux touristes et aux Parisiens qui circulaient dans les rues de la capitale en ce samedi après-midi. Le cortège, certes pas très long, ne passe pas inaperçu. Une grande croix ouvre la marche, suivie de trois bannières à l’effigie des carmélites. De magnifiques chants et cantiques sont entonnés, ainsi que la prière du chapelet, sous le regard étonné parfois, mais surtout attentif de la foule. La procession interroge. L’occasion d’expliquer en quelques mots qui sont les carmélites de Compiègne.

"J’ai de la famille qui est chrétienne", confie Cédric, la trentaine. "Je trouve ça très bien qu’il y ait ce genre de manifestations, je pense que le monde d’aujourd’hui a besoin de foi, il devrait y en avoir plus souvent." Quant aux forces de l’ordre qui encadrent le cortège, elles avouent "souffler" après les manifestations plus agitées de ces derniers jours. L’une d’elles, à titre plus personnel, confie même profiter de ce "moment de recueillement". Des saintes patronnes tout indiquées pour les forces de l’ordre et les militaires ! N’ont-elles pas donné leur vie pour que la paix revienne dans leur pays à feu et à sang ?

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