Carême 2026
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Sans être adepte de l’ésotérisme numérologique, la tradition chrétienne attache aux chiffres et aux nombres un certain symbolisme qui n’a d’intérêt que s’il sert le mystère de la foi. Le trois est divin et trinitaire, le quatre est le chiffre de l’humanité, le sept est signe de plénitude, le douze évoque le peuple de Dieu, le quarante est autant le désert de l’Exode que la pénitence du Christ avant son baptême… Mais, qu'en est-il de soixante-dix, l’âge qu’atteint ce 14 septembre le pape Léon XIV ?
Mathématiquement, soixante-dix s'obtiennent en multipliant le sept et le dix, soit la plénitude avec la valeur mnémotechnique des doigts de la main, utilisée dans la Bible pour les commandements ou les plaies d’Égypte. De là, pour le dix, l’idée d’une grande quantité, et pour le nombre soixante-dix celui de l’accomplissement voire de l’infini, comme le suggère la réponse de Jésus à Pierre à propos du pardon : "Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois" (Mt 18, 22).
Un sabbat prolongé et rédempteur
Plus spécifiquement, le 7 est le chiffre de la semaine et rappelle l’exigence du sabbat, repos de Dieu devenu synonyme de repos de l’homme qui n’attend son salut que du Créateur. Soixante-dix est alors la durée requise pour un sabbat étendu qui permette un retour à l’Alliance. Dans le livre des Chroniques, ce temps est vu comme un rachat pour les fautes commises : "La terre sera dévastée et elle se reposera durant soixante-dix ans, jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repos tous les sabbats profanés." (2 Ch 36, 21).
L’âge est ainsi utilisé dans la littérature prophétique. Isaïe parle du "temps de la vie d’un roi" (Is 23, 15), heureusement le Pape n’en est pas un, au bout duquel advient la visite du Seigneur (Is 23, 17). Jérémie reprend ce nombre pour prédire la durée de l’Exil à Babylone (qui dura en réalité un peu moins de cinquante ans) : "Tout ce pays ne sera que ruines et désolation, et ces nations serviront le roi de Babylone pendant soixante-dix ans." (Jr 25, 11). De nouveau, la symbolique fait comprendre que le peuple hébreu doit expier son irrespect du sabbat, cette incapacité à laisser une place pour l’action de Dieu.
L’âge de l’impatience de la créature
Cependant, le prophète met aussi dans la bouche du Père cette parole de consolation : "Dès que les soixante-dix ans seront révolus pour Babylone, je vous visiterai, j’accomplirai pour vous ma parole de bonheur, en vous ramenant en ce lieu" (Jr 29, 10). Et Daniel de reprendre cette annonce dans une vision (Dn 9, 2). Le parcours prophétique s’achève avec Zacharie qui met cette supplication dans la bouche de l’ange du Seigneur : "Seigneur de l’univers, combien de temps refuseras-tu d’avoir compassion de Jérusalem et des villes de Juda auxquelles tu fais sentir ta colère depuis soixante-dix ans ?" (Za 1, 12).
L’âge de 70 ans serait-il celui de l’attente pressante de la visite du Seigneur ? Le psaume 89, dit aux laudes, paraît le suggérer en redoutant le poids des années : "Le nombre de nos années ? soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux ! Leur plus grand nombre n'est que peine et misère." (Ps 89, 10). Mais la fatigue de l’âge tourne le psalmiste vers Dieu, et sa prière se fait aussi belle que profonde : "Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse. Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ? Ravise-toi par égard pour tes serviteurs. Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l'ouvrage de nos mains ; oui, consolide l'ouvrage de nos mains." (Ps 89, 12-14.17).









