Curieusement, l’Évangéliste Matthieu est le seul à rapporter cette parabole évoquée par Jésus peu avant le début de sa Passion. Si l’histoire semble a priori simple, son interprétation s’avère – il faut le reconnaître – quelque peu plus complexe. Dix jeunes filles sont invitées à des noces et prennent chacune leur lampe à huile pour aller à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles, prévoyantes, ont pris soin d’emporter de l’huile pour recharger leur lampe, les autres, plus insouciantes, s’en sont passées et sont parties ainsi… Alors que l’époux était sur le point d’arriver au milieu de la nuit, les vierges insouciantes demandèrent à leurs compagnes de partager leur huile afin qu’elles puissent, elles aussi, recharger leur lampe et accueillir l’époux. Mais, ces dernières refusèrent en leur indiquant qu’il n’y en aurait pas assez pour dix, et d’aller elles-mêmes en acheter. Ce qu’elles firent, ainsi les cinq jeunes filles insouciantes arrivèrent dès lors trop tard à la noce et trouvèrent les portes fermées…
" Vous ne savez ni le jour ni l’heure"
L’apparente dureté de cette courte histoire rapportée par Matthieu a été souhaitée par Jésus afin de préparer ses disciples à anticiper la venue des temps derniers en les avertissant : "Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure" (Mt 25,13), ce qu’a parfaitement rendu l’artiste anglais William Blake par son illustration de cette parabole datant de 1822. Le peintre évoque la scène des cinq vierges bien alignées avec leur lampe allumée et le visage serein intimant aux cinq autres tourmentées et effrayées qu’il leur est temps de se préparer dans l’urgence. Une préparation de tous les instants également soulignée et rappelée par saint Paul : "Il est l’heure de vous réveiller de votre sommeil" (Rm 13,11).
La lampe qui éclaire
Nombreux sont également les commentateurs à insister sur la charge hautement symbolique de la lampe qui éclaire au milieu des ténèbres. Au IVe siècle ap. J.-C, Jean Chrysostome (son nom signifiant "Bouche d’or"), un des Pères de l’Église, propose pour sa part une interprétation subtile soulignant combien l’huile doit être associée à la miséricorde et à la sagesse : " (...) mais dans celle de ces vierges il déclare qu’il punit même celui qui manque de charité pour ses frères, et qui n’est point libéral envers les pauvres. Car ces vierges avaient toutes de l’huile, mais toutes n’en avaient pas avec cette abondance que Dieu demandait d’elles, et c’est ce qui en fait tomber cinq dans une condamnation si effroyable" (Homélie 78 25,1-30).
À l’image de l’huile de la lanterne, la sagesse pourra resplendir abondamment dans la nuit la plus profonde, ce que souligne également l’artiste anversois Hieronymus Francken le Jeune sur ce tableau évocateur peint vers 1616 séparant à droite les vierges vertueuses occupées sagement à leurs tâches, alors que les cinq autres sur la gauche s’abandonnent aux plaisirs du jeu et des arts au lieu de se préparer à la divine rencontre…
Cette riche parabole nous invite ainsi à rester éveillés, un éveil qui inspira également le grand Bach dans sa fameuse cantate dite du Veilleur (Wachet auf, ruft uns die Stimme BWV 140), et qui développe avec une rare profondeur la portée de cet enseignement.









