Depuis quelques années, les diocèses français enregistrent une hausse spectaculaire des demandes de baptême chez les jeunes. En 2025, la Conférence des évêques de France (CEF) a ainsi annoncé un total de 17.800 nouveaux baptisés, soit une hausse de 45% par rapport à l'année précédente. La majorité d’entre eux a entre 15 et 25 ans. Ce phénomène surprend par son ampleur et par le profil de ces jeunes souvent issus de familles peu pratiquantes, voire athées. Journaliste à Famille Chrétienne et lui-même accompagnateur de catéchumènes, Antoine Pasquier s’est emparé du sujet dans un essai-enquête à paraître ce 12 septembre chez Mame. À travers témoignages, rencontres et analyses, il dresse le portrait de cette génération en quête de foi et explore les défis immenses posés à l’Église : comment accueillir, accompagner et intégrer durablement ces nouveaux croyants dans une communauté où beaucoup font leurs premiers pas. "Un point commun émerge chez tous : la question de Dieu surgit très tôt dans leur vie, comme une graine intérieure qui finit par mûrir", explique l'auteur à Aleteia. Entretien.
Aleteia : Quel est le profil "type" des jeunes catéchumènes aujourd’hui ? Quels sont leurs points communs et leurs particularités ?
Antoine Pasquier : Deux grands profils se dessinent parmi les jeunes qui demandent le baptême. Le premier regroupe ceux qui viennent d’une culture chrétienne. Leurs grands-parents sont souvent pratiquants, mais leurs parents, bien que baptisés, ne le sont plus, voire se déclarent non croyants. Une fracture générationnelle s’est ainsi créée. Pour autant, les grands-parents, et en particulier les grands-mères, jouent un rôle déterminant. Ce sont eux qui évoquent la foi et transmettent une expérience vivante de la religion. Ces jeunes, en quête de réponses existentielles sur le sens de la vie ou sur la mort, trouvent rarement de quoi nourrir leurs interrogations auprès de leurs parents. La foi de leurs aînés les intrigue alors davantage. Le second profil est constitué de jeunes issus de familles athées, et ils sont nombreux. Chez eux, la démarche passe par un cheminement intellectuel. Ils explorent diverses pistes, cherchent des réponses dans différents univers spirituels et, au terme de ce processus, choisissent le catholicisme.
L’enjeu reste d’apprendre à repérer et accueillir ces nouveaux croyants, même si nous nous sentons parfois démunis face à leurs premiers pas dans la foi.
Ce qui frappe, dans les deux cas, est leur absence totale d’idées préconçues sur l’Église. Contrairement à leurs parents ou grands-parents, ils n’ont pas hérité d’images figées ou négatives. Leur regard est neuf, ce qui les rend plus ouverts et curieux. Aucun a priori, seulement une soif de découverte. Un point commun émerge chez tous : la question de Dieu surgit très tôt dans leur vie, comme une graine intérieure qui finit par mûrir. Cette graine est souvent nourrie par les grands-parents, parfois par leur disparition, puis par les amis qui deviennent compagnons de route spirituelle. Il n’est pas rare que plusieurs jeunes se présentent ensemble, portés par une dynamique collective. Leur démarche personnelle s’accompagne aussi de recherches sur Internet et les réseaux sociaux. Beaucoup arrivent déjà informés, certains ayant même acheté une Bible et commencé à la lire seuls, un réflexe étonnant et révélateur.
Quel rôle jouent véritablement les réseaux sociaux dans les conversions ?
Les réseaux sociaux ne constituent pas le déclencheur de ces parcours. Les jeunes ne se présentent pas aux portes de l'Eglise parce qu’ils ont vu une vidéo sur YouTube, TikTok ou Instagram. Leur cheminement commence bien avant, de manière intime et intérieure. Les contenus en ligne interviennent ensuite, comme une confirmation de leur intuition ou un appui dans leurs recherches.
L’Église en France est-elle à la hauteur du défi de ce déferlement de jeunes convertis ?
La vague de demandes est arrivée soudainement, après la pandémie de Covid. Dès 2020-2021, des groupes entiers de jeunes se sont présentés d’un coup. Il a fallu s’organiser en urgence, accueillir, trouver des ressources humaines et pédagogiques. À l’échelle nationale, la prise de conscience a mis du temps, mais depuis un an les choses évoluent réellement. Les évêques en parlent, des mesures sont prises dans les diocèses. L’Église a donc répondu au défi, même si le démarrage a nécessairement été lent.
L’enjeu reste d’apprendre à repérer et accueillir ces nouveaux croyants, même si nous nous sentons parfois démunis face à leurs premiers pas dans la foi.
Quelles évolutions pourrait-on envisager pour mieux accompagner ces jeunes, avant et après leur baptême ?
L’accompagnement des jeunes catéchumènes repose sur cinq piliers à développer. Le premier est l’enseignement, nécessaire pour leur donner des bases solides et nourrir leur intelligence dans la foi. Le second est l’initiation à la vie de prière : la tradition catholique comporte une grande richesse. Tous ne sont pas sensibles aux mêmes formes, d’où l’importance de leur faire découvrir la diversité des pratiques : la louange, l’oraison, la lectio divina, et bien d’autres encore. Vient ensuite la participation à la liturgie, un domaine qui les attire particulièrement et dans lequel ils s’investissent volontiers. Le quatrième pilier est l’initiation à la vie communautaire. Ces jeunes ont tendance à vivre leur foi de manière solitaire, dans une génération marquée par l’individualisme et le goût de la solitude. Leur faire découvrir la fraternité d’une communauté ecclésiale est donc essentiel. Enfin, le cinquième pilier est la charité : la prière sans action ne suffit pas. Ces cinq dimensions exigent beaucoup des accompagnateurs : il ne s’agit pas seulement d’enseigner, mais de vivre avec les jeunes ce qu’on leur transmet. Cela ne se réduit donc pas à quelques cours ponctuels le samedi, mais suppose une véritable présence et un engagement. Accueillir et intégrer ces catéchumènes doit se faire dès le début de leur parcours, et non après leur baptême. Une fois devenus néophytes, deux tendances se dessinent. Certaines communautés choisissent de prolonger l’accompagnement dans des groupes spécifiques, au risque de les confiner entre eux et de susciter un effet d'enfermement. D’autres préfèrent les laisser voler de leurs propres ailes et s’intégrer directement à la vie paroissiale. L’enjeu reste d’apprendre à repérer et accueillir ces nouveaux croyants, même si nous nous sentons parfois démunis face à leurs premiers pas dans la foi. Cela suppose un changement de mentalité, une forme de conversion de chacun, et des initiatives concrètes. Par exemple, à l’image des Églises évangéliques, la mise en place de groupes d’accueil à chaque porte d’église.
En tant qu’accompagnateur, quels parcours vous ont le plus marqué ?
Un souvenir fort est celui d’une jeune femme qui, faute de trouver un réel soutien lors de la messe dominicale, a remis en question son intégration dans l’Église catholique. Cette expérience m’a rappelé combien nous sommes responsables de leur accueil. En 2023, un adolescent m’a confié que le Christ avait changé sa vie. À la récréation, il lisait les Évangiles sur un banc, Bible ouverte devant ses camarades, sans craindre leur regard. Un geste inédit, d’une grande force. Un an plus tôt, en 2022, un autre garçon m’a demandé à recevoir le baptême par immersion. Nous n’avions aucun dispositif adapté pour cela, mais nous avons improvisé et organisé la célébration malgré les contraintes logistiques. Ce fut un moment bouleversant, porteur d’une grande joie pour toute la communauté.
Pratique :











