Le 14 septembre, se déroule à Rome une célébration œcuménique en hommage aux martyrs chrétiens du XXIe siècle. Cette célébration, unique dans le cadre du Jubilé, précise le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, manifeste l’œcuménisme du sang et de l’espérance portée par les témoins du Christ, protestants, orthodoxes et catholiques.
L’histoire de l’Église est faite de fils conducteurs et de références communes à travers les temps. Le jubilé de 2025, le premier du XXIe siècle, va ainsi renouer avec une pratique mise en place par Jean Paul II lors du jubilé de 2000, le dernier du second millénaire. Dans le Colisée de Rome, lieu où l’Église célèbre traditionnellement le martyr des chrétiens, Jean Paul II avait présidé une célébration œcuménique en hommage aux martyrs du XXe siècle, une période marquée notamment par les chrétiens tués par les nazis et les communistes.
Les soldats inconnus de la cause de Dieu
Dans sa lettre Tertio millennio adveniente, en préparation du jubilé de l’an 2000, le pape polonais avait insisté sur la place des martyrs et le rôle œcuménique joué par ceux-ci :
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"En notre siècle, les martyrs sont revenus ; souvent inconnus, ils sont comme des "soldats inconnus" de la grande cause de Dieu. Dans toute la mesure du possible, il faut éviter de perdre leur témoignage dans l'Église. Comme il a été suggéré lors du Consistoire, il faut que les Églises locales fassent tout leur possible pour ne pas laisser perdre la mémoire de ceux qui ont subi le martyre, en rassemblant à cette intention la documentation nécessaire. Et cela ne saurait manquer d'avoir un caractère œcuménique marqué. L'œcuménisme des saints, des martyrs, est peut-être celui qui convainc le plus. La voix de la communio sanctorum est plus forte que celle des fauteurs de division."
Cette expression "d’œcuménisme des saints, des martyrs" montrait l’unité qui se fait pour celui qui confesse le Christ, jusqu’à donner sa mort pour Lui. Dans la folie des régimes totalitaires, protestants, orthodoxes et catholiques furent assassinés par la même haine de la foi.
L’œcuménisme du sang
Le pape François reprit cette expression en la reformulant pour parler de "l’œcuménisme du sang". Il pensait notamment au Proche-Orient, à l’Irak et à la Syrie marqués par les attaques de l’État islamique, mais aussi à l’Afrique, où le djihad est tout autant présent. Pour conserver la mémoire des martyrs et faire vivre leur témoignage, le Dicastère pour la cause des saints fut doté d’une commission chargée tout spécialement de faire connaître les martyrs du XXIe siècle. Ce sont plus de 1700 chrétiens qui ont ainsi été recensés par la commission, et qui vont être honorés le 14 septembre lors d’une cérémonie œcuménique présidée par Léon XIV. Rien n’est laissé au hasard dans le choix des dates et des symboles. Le 14 septembre correspond à la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix, cette croix que les martyrs ont endurée et portée pour suivre le Christ. La cérémonie prévoit d'être célébrée dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, basilique jubilaire certes, mais surtout lieu de sépulture d’un martyr pilier de l’Église, Paul de Tarse. Elle va être l’unique célébration œcuménique du jubilé, preuve de la grande importance accordée à ces personnes et de la continuité de la conception du martyr comme un témoignage pour le Christ et pour l’unité des chrétiens.
L’Afrique, terre de sang
La répartition géographique de ces martyrs, fournie par le dicastère, permet de dresser une géographie du sang versé. 153 sont des Européens, tués soit en Europe (43) soit en mission ailleurs dans le monde (110). On pense notamment au nonce apostolique au Burundi, Mgr Michael Aidan Courtney, assassiné en décembre 2003 à cause de son travail en faveur de la paix. 304 martyrs sont originaires des Amériques, tués là-aussi sur leur continent ou ailleurs ; 277 chrétiens sont reconnus martyrs au Moyen-Orient et au Maghreb, 357 en Asie et en Océanie et 643 en Afrique noire. C’est la région du monde où les chrétiens sont le plus assassinés, avec des foyers virulents au Nigeria, au Congo, au Soudan.
Ces martyres ont plusieurs origines : luttes politiques internes aux pays, fractures ethniques, guerres extérieures, mais le martyre demeure le sismographe de l’état de santé social et civique de son pays. Une même haine de la foi d’un côté, un même amour du Christ de l’autre, jusqu’à donner sa vie. Raison pour laquelle, en souvenir de la célébration de 2000 au Colisée, Léon XIV fait-il organiser celle-ci durant le jubilé de l’espérance, pour rappeler que leurs morts ne sont pas la fin de leur vie. Léon XIV a lui-même été élu pape un 8 mai, jour non seulement de la commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui a causé de nombreux martyrs, mais aussi de la fête liturgique des martyrs d’Algérie, dont Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran. C’est bien sur ce don de la vie pour l’obtention d’un bien supérieur qu’insiste le pape pour rappeler, au cours de ce jubilé de l’espérance, que la mort ne l’emporte pas.












