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Les quatre papes de saint Carlo Acutis

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Messe de canonisation de Carlo Acutis.

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Will Conquer - publié le 10/09/25
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L’histoire de Carlo Acutis est inséparable de la vie des papes qu’il a connus et admirés, saint Jean Paul II et Benoît XVI, mais aussi de ses successeurs. Auteur de "Carlo Acutis, un geek au Paradis" (Première Partie, 2019), le père Will Conquer raconte comment sa sainteté fut reconnue et aimée par le pape François et Léon XIV.

Carlo Acutis avait accompli un pèlerinage pour rencontrer saint Jean Paul II, offert ses souffrances liées au cancer pour Benoît XVI, et été béatifié en 2020 sous le pontificat de François. C’est finalement au pape régnant, Sa Sainteté Léon XIV, qu’il est revenu de canoniser le premier saint millénial de l’Église, marquant ainsi le lien profond de ce jeune saint avec quatre papes successifs.

Saint Jean Paul IILe pape qui lui a donné la foi

The Vatican - February 1986 The Vatican - 1986 A day in the life of the Pope John Paul II in the intimicy of the Vatican: during a break from work, in the privacy of his bedroom, allows his gaze to wander over the roofs of the capital.
Le Vatican - 1986 Une journée dans la vie du pape Jean-Paul II dans l'intimité du Vatican : lors d'une pause, dans l'intimité de sa chambre, il laisse son regard errer sur les toits de la capitale.

Beaucoup connaissent l’histoire de Carlo Acutis, ce jeune Italien souvent présenté comme un "influenceur de Dieu" grâce à son utilisation des nouvelles technologies pour évangéliser. Ce que l’on sait moins, c’est le rôle fondamental joué par sa nourrice, Beata Anna Sperczyńska, dans l’éveil de sa foi. 

Les parents de Carlo étaient catholiques de culture, mais peu pratiquants. Pourtant, Carlo s’intéresse très tôt aux choses divines. À trois ans à peine, il refuse de passer devant une église sans s’arrêter pour saluer Jésus dans le tabernacle. Lors de promenades dans les parcs de Milan, il cueille des fleurs pour les offrir à la Vierge. Si Carlo avait une disposition naturelle au sacré, sa nourrice Beata, une jeune Polonaise engagée comme fille au pair, a joué un rôle décisif. "Beata fut l’une des premières à parler de Dieu à Carlo", raconte Antonia, sa mère. Elle lui transmet l’amour pour Jésus dans l’Eucharistie, l’emmène régulièrement à la messe, lui enseigne les bases de la foi, la charité envers les pauvres et les premières prières. Dans une interview à l’hebdomadaire catholique polonais Niedziela, Beata se souvient que la première prière apprise par Carlo — très vite et en polonais — fut celle à son ange gardien : Aniele Boży, stróżu mój. Au début, il mémorise les mots sans en saisir pleinement le sens, mais il pose bientôt des questions. Beata lui parle aussi de Marie, lui montrant une image de la Vierge noire de Częstochowa, à laquelle elle est dévouée, et lui transmet une grande piété mariale, notamment en lui apprenant le chapelet. Elle relate un moment émouvant : à trois ans, lors d’une fête d’anniversaire, Carlo la défend face à des enfants qui se moquent de son chapelet, affirmant que c’est "le plus beau collier du monde".

La foi de la Pologne

Au fil des années, Beata s’émerveille de la relation naturelle de Carlo avec Jésus, comme s’il Le connaissait depuis toujours. Élevée dans une famille catholique d’un petit village polonais, où la messe dominicale était le cœur de la semaine, Beata avait elle-même une intimité profonde avec le Seigneur. Par ses paroles et ses prières, elle transmet à Carlo cette foi héritée de son pays, marquée par les enseignements du pape Jean Paul II. Son exemple aide Carlo à progresser vers la sainteté. Ce n’est donc pas sans l’aide de Beata, qu’il est devenu beato.

Carlo Acutis a ainsi reçu la foi de la Pologne, et plus encore, le désir de renouveler l’amour pour Jésus-Eucharistie inspiré par le saint pape Jean Paul II. L’encyclique Ecclesia de Eucharistia du 17 avril 2003 marque un renouveau de la dévotion eucharistique et inspire le grand projet d’exposition sur les miracles eucharistiques de Carlo. La mort de Jean Paul II, le 2 avril 2005 à 21 h 37 au Vatican, à l’âge de 84 ans après 26 ans et demi de pontificat, touche profondément Carlo. De cette mort souffrante, il apprendra l’art de donner sa vie jusqu’au dernier souffle.

Benoît XVIle pape pour lequel il a offert ses souffrances

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Benoît XVI.

Lorsque la fumée blanche s’élève de la chapelle Sixtine en avril 2005, Carlo Acutis, âgé de 13 ans, suit avec attention l’élection du cardinal Joseph Ratzinger comme pape Benoît XVI. Selon sa mère, Carlo est "fasciné" par lui. L’année suivante, Carlo est diagnostiqué d’une leucémie. Avant de succomber au cancer en octobre 2006, il offre ses souffrances pour Benoît XVI : "J’offre toutes les souffrances que je devrai endurer au Seigneur pour le Pape et pour l’Église, afin de ne pas passer par le purgatoire et d’aller directement au paradis."

Le processus de canonisation commence durant le pontificat de Benoît XVI. Le 12 octobre 2012, ouverture officielle de la cause de béatification de Carlo Acutis, reconnu comme "serviteur de Dieu". Le 15 février 2013, c’est l’ouverture solennelle de la phase diocésaine à Milan. Mais Carlo, qui avait offert sa vie en silence à l’hôpital pédiatrique San Gerardo de Monza, en Italie, reste alors largement inconnu du monde.

FrançoisLe pape qui l’a fait connaître

Le pape François est élu le 13 mars 2013, inauguré le 19 mars et installé comme évêque de Rome le 7 avril. Deux mois plus tard, le 13 mai 2013, fête de Notre-Dame de Fatima, le Saint-Siège donne son nihil obstat pour lancer la cause de béatification de Carlo Acutis et lui donne dès lors une dimension universelle. Contrairement à Jean Paul II et Benoît XVI, qui n’ont pas connu Carlo de son vivant, François l’a fait connaître au monde. Il déclare ses vertus héroïques en 2018 et reconnaît les miracles nécessaires à sa béatification et à sa canonisation. 

C’est à ce moment que, personnellement, je redécouvre Carlo. François en fait un modèle lors des Journées mondiales de la jeunesse à Panama en janvier 2019. Présent comme interprète en français, je réalise que, parmi les patrons de la jeunesse, ce jeune serviteur de Dieu est méconnu. Avec Grégory Turpin et Pierre Chausse des Éditions Première Partie, nous décidons de rentrer en France pour porter son message. Le pape François est le seul des quatre Papes intégré dans l’exposition sur les miracles eucharistiques de Carlo. En 1996, lorsque le pape François était évêque auxiliaire à Buenos Aires, un miracle eucharistique notoire eut lieu en l’église Santa Maria, où une substance rouge est apparue sur des hosties consacrées. C’est lui qui demanda lui-même à ce qu’il soit photographié et qui examina ce fait. Chaque fois qu’il célébrait, le pape François se rappelait ces événements qui ont marqué le début de son épiscopat.

Modèle pour la jeunesse

Devenu pape, François cite souvent Carlo comme modèle pour la jeunesse à l’ère numérique. Dans l’exhortation apostolique Christus vivit, il écrit que la vie de Carlo témoigne contre les tentations de "l’auto-absorption, l’isolement et le plaisir vide" dans le monde digital. "Son témoignage montre aux jeunes d’aujourd’hui que le vrai bonheur se trouve en mettant Dieu à la première place et en Le servant dans nos frères et sœurs, surtout les plus petits", déclare François le lendemain de la béatification en 2020. Cette béatification improbable entre deux vagues de la pandémie, nous rappelle le pape François priant seul sur la place Saint-Pierre. Alors que tout le monde est paralysé, les images de la béatification, et celle de la vénération de son corps, vont circuler à travers le monde et faire connaître celui qui, dès lors, devient un phénomène mondial.

François devait présider la canonisation de Carlo le 27 avril 2025 lors d’un événement jubilaire pour 80.000 adolescents à Rome. Au lieu de cela, cette messe est devenue l’une des Novendiales — les neuf jours de deuil suivant la mort d’un pape — dans le cadre révisé du Jubilé des adolescents. Carlo reste ainsi fidèle à sa devise : Non io ma Dio (Pas moi, mais Dieu). Alors que des jeunes du monde entier venaient le célébrer, Carlo a préféré tourner le regard des jeunes vers l’amour de l’Église, et prier pour le repos de l’âme du défunt pape. Ce n’est pas chose ordinaire de voir tant de jeunes à des funérailles pontificales ; tous sont là, car depuis des mois, Carlo les a invités. Les célébrités et les têtes couronnées se précipitent place Saint-Pierre, mais au lieu de têtes tristes d’un jour de funérailles, ce sont des jeunes emplis d’espérance qu’ils rencontrent sous le soleil de Rome, des familles avec des enfants, des dévots ordinaires. François ne laisse pas une église orpheline, il laisse des chrétiens pleins d’espoir de voir la sainteté sur le point d’entrer dans le nouveau millénaire. Carlo leur a fait faux bond, c’est pour mieux les aider à rebondir et repartir au monde, et préparer là où ils seront, la célébration de sa canonisation.

Léon XIVLe pape qui l’a canonisé

Annoncée par François, la canonisation est célébrée par Léon XIV le 7 septembre 2025. Carlo aurait pu être le dernier saint canonisé par François, limité en quelque sorte à un pontificat où il a franchi presque toutes les étapes (après la phase diocésaine sous Benoît XVI). Mais la Providence en a décidé autrement. Carlo Acutis devient le trait d’union entre François et Léon XIV, comme l’encyclique Lumen Fidei l’était entre Benoît XVI et François : un trait d’union, un signe de continuité et de succession apostolique. 

C’est aussi l’occasion pour les évêques de demain d’être aux côtés du nouveau pape et des nouveaux saints. Quatre évêques français participent à Rome à la formation des près de 200 nouveaux évêques nommés depuis un an : Mgr Étienne Guillet (Saint-Denis), Mgr Franck Javary (Châlons-en-Champagne), Mgr François Gourdon (Saint-Dié) et Mgr Éric Bidot (Tulle). Ils étaient présents place Saint-Pierre ce dimanche pour les canonisations de Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis. "Les saints Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis sont une invitation adressée à nous tous, surtout aux jeunes, à ne pas gâcher la vie, mais à l’orienter vers le haut et à en faire un chef-d’œuvre", a déclaré le pape Léon XIV à la foule. Le jeune pontife, avec les évêques de demain, a célébré une canonisation historique. Vêtu de sa dalmatique pontificale, il a reçu l’offrande des mains de la famille Acutis — Andrea, Antonia et leurs enfants nés après la mort de Carlo, fruits de son intercession. Dans cette offrande se matérialise ce qu’Antonia répète souvent : "J’ai donné mon fils à l’Église." Et l’Église, grâce à ses papes, l’a reçu dans le cortège des saints.

Un saint de l’Église

Carlo nous apprend que la sainteté s’inscrit dans l’histoire de l’Église, et que nul n’est saint sans elle. Antonia, la maman de Carlo était une descendante de sainte Giulia Salzano, canonisée par Benoît XVI, elle-même descendante de saint Alphonse de Liguori. Avec Carlo, nous comprenons cette sainteté cum Ecclesia, avec l’Église. "Critiquer l’Église, c’est se critiquer soi-même." Carlo Acutis a su aimer et être aimé par chaque pape. Il les a écoutés, a offert sa vie pour eux, a été reconnu et célébré par eux. Que la jeunesse qui se lève aujourd’hui le suive dans cet amour filial pour le Saint-Père. Oremus pro Pontefice nostre Leone !

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