Dans la plupart des caricatures de couple, la critique réciproque est souvent mise en avant. Chouchou et Loulou s’étripent régulièrement dans Un gars, une fille pour des détails du quotidien, comme le rangement de la maison ou les choix alimentaires, illustrant avec humour leurs petites disputes. Dans Scènes de ménages, les sketches mettant en scène Raymond et Huguette reposent, eux aussi, largement sur des vannes acerbes et des reproches constants, incarnant cette dynamique de la critique mutuelle. Si cette critique chronique fait rire à l’écran, dans la vraie vie c’est l’une des choses les plus insidieuses dans un couple.
La critique, un shoot de dopamine pour le cerveau
"Chez certains couples, il y a comme un accord tacite : puisqu’on s’aime et qu’on est ensemble, j’ai le feu vert pour exiger de toi ce que je veux que tu fasses. Les critiques chroniques y ont leur place", constate avec amertume Florentine d'Aulnois Wang, psychothérapeute, conférencière et fondatrice de L'Espace du Couple. En effet, c’est souvent un triste constat que fait la spécialiste : la personne dont on est amoureux ou amoureuse est souvent celle avec qui on se permet le plus de sorties de route relationnelles. On se permet de lui dire des choses qu’on ne dirait pas à d’autres.
"La critique est un détour de notre cœur pour parler de nos besoins."
Quand la connexion est bonne, cela peut glisser et ne pas avoir d'impact. En revanche, dès que quelque chose ne va pas, la moindre remarque est difficile à digérer. Si Florentine d'Aulnois Wang note que "la critique est un détour de notre cœur pour parler de nos besoins", elle estime que celle-ci est surtout fortement ancrée dans la culture. "On croit que la critique aide l’autre à avancer. On critique les enfants pour qu’ils fassent des progrès à l’école, plus tard, on fait de même avec son conjoint. On baigne dans une culture de la critique", note-t-elle estimant que la critique est un poison lent du quotidien.
Se rencontrer dans la communication
"Chaque pique active une zone du cerveau liée à la récompense. C’est un shoot de dopamine. On râle, on lâche une remarque… C’est un cercle vicieux", précise Florentine d'Aulnois Wang. Si celui qui critique se sent plus vivant et plus fort, celui qui reçoit ces critiques se met en position de défense et s’éloigne. Le couple rentre dans une phase où les deux se sentent moins amoureux et moins aimés. "Il vaut mieux protéger l’espace du couple de ça, et rentrer plutôt dans une collaboration aimante qui permet de faire de belles choses", conseille la psychothérapeute.
Mais comment remédier à cette situation ? Certains diront que tout est dans la communication. Mais pour la spécialiste, communiquer ne suffit pas : "Beaucoup de couples surcommuniquent et se font des nuits entières de paraboles qui ne mènent nulle part. L’idée, ce n’est pas seulement de communiquer mais de se rencontrer dans la communication".
Il faut comprendre quel est le besoin qui se cache derrière la critique. Dire "tu ne me prends jamais dans les bras", ne poussera pas l’autre à le faire, contrairement à : "j’aime tellement être dans tes bras!" "La critique part d’un besoin, mais la forme qu’on lui donne va déterminer si on va obtenir ce que l’on souhaite", note Florentine d'Aulnois Wang, qui conseille de se mettre des garde-fous dès les premiers mois de la relation amoureuse. "Il faut attraper les critiques au vol, mettre les limites, dire : "On ne rentre pas dans ce jeu. De quoi as-tu besoin ?".












