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Canada : l’archevêque de Montréal dénonce la restriction des prières publiques

Basilique Notre-Dame de Montréal.

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Cécile Séveirac - publié le 09/09/25
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Le gouvernement québécois prépare un projet de loi visant à interdire les prières dans l’espace public. Pour Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, cette mesure constitue une "atteinte à la liberté religieuse". Si le projet concerne toutes les religions, il intervient dans un contexte marqué par des manifestations pro-palestiniennes qui se sont récemment terminées par des prières de rue devant la basilique de Montréal.

Le gouvernement québécois s’apprête à encadrer les pratiques religieuses dans l’espace public. Le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a confirmé qu’un projet de loi visant à interdire les prières de rue serait déposé à l’Assemblée nationale d’ici l’automne. L’objectif affiché est de faire adopter la mesure avant la fin de 2025, comme l’avait annoncé le Premier ministre en décembre 2024.

Une initiative dénoncée par l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, dans une tribune publiée par le journal La Presse le 2 septembre, qui y voit une "atteinte à la liberté religieuse". Selon lui, les principaux textes de protection des droits – de la Déclaration universelle des droits de l’Homme à la Charte québécoise et à la Charte canadienne – reconnaissent que "la liberté de manifester sa foi, seul ou en communauté, en privé comme en public" doit être garantie. "La liberté religieuse n’est pas confinée aux lieux de culte", insiste-t-il, estimant qu’imposer la prière uniquement dans la sphère privée "réduirait l’espace de liberté de toute la société".

Dans son texte intitulé "Et si l’on interdisait… de penser?", l’archevêque s’interroge : "Comment distinguer une prière d’un moment de silence ou de recueillement? Comment légiférer sur une intention, un murmure, une pensée intérieure? Et surtout, qui déciderait de ce qui est prière et de ce qui ne l’est pas?" Une telle interdiction, affirme-t-il, "ne pourrait s’appliquer qu’au prix de l’arbitraire et nourrir la méfiance et les préjugés".

Prières de rue musulmanes

Il met également le doigt sur la question fatidique pour les catholiques : quid des processions ? "La Marche du Pardon, la Fête-Dieu, le Chemin de Croix, la Marche des Rameaux ou encore la Marche de la Paix", énumère ainsi l'évêque, pourraient être interdites. "Ces évènements, qui se déroulent dans l’ordre et la dignité, sont autant de lieux de rencontre et de dialogue. Interdire la prière en public reviendrait à compromettre leur existence même."

Si ce projet de loi concerne toutes les religions, il part cependant d'un phénomène récent constaté dans les rues de Montréal : des manifestations propalestiniennes, destinées à attirer l'attention sur la guerre à Gaza. Organisées principalement par "Montreal4Palestine", elles se sont transformées à plusieurs reprises, à l'issue, en prières de rue... Devant la basilique de Montréal. Un acte délibéré perçu par de nombreux Canadiens comme une provocation voire une intimidation, entraînant des tensions dans la rue par des contre-manifestations. "S'exprimer sur la souffrance qui a lieu d'un côté ou de l'autre, sur le drame de la guerre, est une chose, mais la question est "comment le faire dans le respect ?", a réagi fin août Mgr Lépine sur la radio canadienne QUB, appelant à ce que le conflit israélo-palestinien "ne s'importe pas ici au Canada".

Cette situation met en lumière les tensions entre la liberté d'expression religieuse et les principes de laïcité et de neutralité de l'État. Plusieurs observateurs ont notamment fait valoir que ce projet de loi, au lieu de cibler l'affirmation grandissante de l'islam dans l'espace public, pousse au bannissement de toute prière en public, y compris les manifestations spirituelles chrétiennes millénaires.

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