C'est la fin du gouvernement Bayrou. Après avoir sollicité un vote de confiance des députés sur la question de l'effort budgétaire à tenir pour résorber la dette française, le Premier ministre n'a pas réussi à obtenir la majorité à l'Assemblée nationale. 364 députés ont voté contre la confiance au gouvernement et 194 pour. Cette issue presque inéluctable n'avait pas découragé François Bayrou, qui avait maintenu son discours pendant plusieurs semaines sans reculer.
"C'est une épreuve de vérité que j'ai voulue, a convenu François Bayrou lors de son discours devant les députés ce lundi 8 septembre. J’ai voulu ce rendez-vous et les plus nombreux, les plus sensés ont pensé cela déraisonnable. Je pense le contraire : le plus grand risque était de ne pas en prendre, de faire durer cette situation sans prendre de décisions jusqu’à l’irréparable. Nous ne traitons pas d’une question politique mais historique", a déclaré le Premier ministre sur un ton solennel.
Dans un hémicycle bruyant, François Bayrou s'est retrouvé fortement chahuté, régulièrement interrompu par les députés des oppositions. Imperturbable, ce dernier a continué d'énumérer les nombreuses raisons de s'inquiéter, face à une dette devenue incontrôlable. "Le pronostic vital de notre pays est engagé et dépend de la maîtrise de notre endettement", a martelé François Bayrou, ajoutant que "la France n’a pas connu de budget en équilibre depuis 51 ans." Cette "insupportable hémorragie" sacrifie en priorité la jeunesse, a encore déclaré François Bayrou avant de faire appel "à la conscience personnelle de chacun des députés de la nation".
Appels à la dissolution
Sans surprise, La France Insoumise et le Rassemblement national ont refusé de donner leur confiance à François Bayrou. Les oppositions avaient déjà annoncé, le 25 août, leur intention de faire tomber le gouvernement. Marine Le Pen, à la tête du Rassemblement National (RN) a déploré "le spectacle piteux d'un effondrement pour le pays". "Aujourd'hui, ne se joue pas le sort d'un homme politique. Ce moment marque la fin de l'agonie d'un gouvernement fantôme. À l’évidence, le pays n'est pas gouverné, est-il seulement administré ? À quoi bon maintenir un gouvernement qui ne gouverne pas ? Les Français ne s'y trompent pas, ils sont 75% à vouloir la démission de ce gouvernement", a martelé la présidente du RN, dont le procès en appel de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national aura lieu du 13 janvier au 12 février 2026. "Votre rôle de prophète de pacotille n'amuse plus personne", réprimande quant à elle Mathilde Panot pour la France Insoumise (LFI). "Aujourd'hui est un soulagement", a-t-elle encore déclaré en appelant au "passage à la VIe République".
Du côté du Parti Socialiste (PS), Boris Vallaud s'est montré particulièrement virulent à l'égard du Premier ministre : "Votre vote de confiance n’est pas un acte de courage mais une dérobade. (...) Votre faux sacrifice en dissimule un vrai. Ce n’est pas qu’une erreur funeste, mais une faute morale", a tancé le président du parti, tout en appelant Emmanuel Macron à nommer la gauche à Matignon : "Nous sommes prêts, qu’il vienne nous chercher."
Démission de François Bayrou
Chef de file des Républicains (LR), Laurent Wauquiez a voté la confiance, "sans enthousiasme", laissant à ses députés la liberté de voter selon leur conscience. "Pourquoi avez-vous autant de mal à convaincre ?", a questionné le président des LR. Saluant le "courage" du premier ministre "de dire la vérité sur nos finances", Laurent Wauquiez a souligné le risque de voir la France Insoumise bénéficier du chaos en cas de renversement du gouvernement : "Il n’y a qu’une personne qui cherche à récupérer ce chaos à son avantage : Jean-Luc Mélenchon. L’extrême gauche est le premier danger pour la République française. Nous serons le premier barrage face à cette menace." Le chef de file du groupe a cependant fustigé à plusieurs reprises les méthodes du gouvernement, réclamant de "vraies" économies qui ne reposent pas systématiquement sur "la France qui travaille".
"Ce débat doit porter sur l'ensemble de l'œuvre macroniste", a martelé Éric Ciotti, président du groupe Union des droites à l'Assemblée. "La France n'a plus le luxe d'attendre, les Français veulent une rupture !", s'est-il exclamé. "Nous ne voterons pas la confiance au président Macron (...) La seule issue à la crise de régime provoquée par Macron est le retour au peuple", en appelant à la dissolution et à "la fin du macronisme qui a tant détruit la France".
Après seulement neuf mois d'exercice, François Bayrou devrait remettre sa démission au président de la République mardi matin, à 8 heures, selon France Inter. Emmanuel Macron a indiqué ce lundi soir "prendre acte" de la chute de Bayrou. Il nommera son successeur "dans les tout prochains jours".









