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À mon frère prêtre qui a violé l’innocence

abus sexuels
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Benoist de Sinety - publié le 07/09/25
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Aux prêtres qui ont commis des crimes sexuels, le père Benoist de Sinety demande d’accepter de réparer leur faute en assumant dans les larmes la vérité de leurs actes, de comprendre que la miséricorde n’efface pas la blessure.

À toi mon frère, ces quelques mots. Certains me reprocheront de t’appeler « frère » alors que désormais voici que les journaux révèlent que ce que tu as commis, ce sont des crimes qu’on ne peut pas qualifier autrement que par ce terme tellement pertinent : dégueulasse. Si on t’avait dit, quand tu avais dix ans, que tu dépasserais les 90, tu ne l’aurais pas cru. J’imagine que maintenant tu dois le regretter. Maintenant que tout est nu, sale, laid, aux yeux de tous.

"Tu as béni…"

Tu as pendant plus de soixante ans célébré la messe, donné l’absolution, baptisé, marié, enterré, béni. Béni... En écrivant ces quatre lettres, je suis pris d’une émotion que je n’imaginais pas éprouver un jour. Tu as béni chaque jour des enfants dont tu te repaissais chaque nuit. Tu m’as béni aussi, enfant, adolescent, tu as béni ma famille, ceux qui me sont les plus chers. Tu m’as même confié à de nombreuses reprises, lorsque jeune prêtre, je voyais en toi un aîné respectable et respecté, combien ceux d’entre nous qui agissaient ainsi devaient nous être insupportables. 

Et voici que désormais, tu reconnais toi-même en être. Tout en te justifiant par des faiblesses, des élans accidentels qu’il faudrait désormais, vu la vieillesse de ta vie, non pas excuser mais au moins essayer de comprendre. Que tu aies pu agir à ces moments-là comme un détraqué, je pourrais l’admettre si des psychiatres en attestent. Mais cela n’enlèvera rien ni à ta responsabilité, ni à celle de ceux qui t’ont couvert ou en tout cas laissé faire.

La révélation de la profondeur du mal

Que tu restes mon frère, que ton humanité demeure, je le constate et n’y peux rien. Ainsi sommes-nous voués, chacun, quelles que soient les ténèbres de nos existences, à ne jamais cesser d’être aimés par notre Créateur, comme un enfant demeure celui de ses parents en dépit de ses manques et de ses fautes. Si je t’appelle mon frère, ce n’est pas pour couvrir l’étendue du mal que tu as fait ni pour donner raison à ceux qui nous ont éduqué dans l’hérésie enfantine d’un pardon qui efface le péché. La miséricorde n’est pas la disparition du mal, pas plus que l’absolution n’est une ardoise magique. C’est sans doute de cela dont il faudra sans doute aussi s’expliquer au cœur d’une humanité qui cesse de croire en Dieu parce qu’on lui a présenté trop longtemps le visage d’un magicien qui ferait disparaître la faute par le seul fait de son pardon. Au lieu de nous faire contempler ce que la miséricorde révèle du pouvoir de l’amour : « Moi non plus, je ne te condamne pas ! »

La parole faite chair ne nie ni le crime ni la responsabilité.

La parole faite chair ne nie ni le crime ni la responsabilité. Elle affirme dans la nuit du pécheur, la lumière d’un amour qui sait et qui est là. Elle confirme qu’il faut regarder cette lumière non pour en être aveuglé, mais pour en recevoir la révélation de la profondeur du mal qui parfois saisit notre cœur, et croire qu’il y a, en cette lumière, la capacité d’avancer non en niant ce que l’on est mais en l’assumant, et d’abord devant les hommes.

Ce silence assourdissant 

Rien ne saurait nous arracher à l’amour de Dieu. Mais cela nous oblige, comme toi et moi le savons, à reconnaître en vérité les fautes que nous commettons, surtout lorsqu’elles blessent l’humanité et qu’elles violent l’innocence.

Nous n’en pouvons plus de ces frères qui violent ou qui agressent et qui demeurent assis sur leurs trônes en prétendant que c’est le passé et que c’est bien triste, mais qu’on n’y peut plus rien. Nous n’en pouvons plus de les voir protégés plus que ne le serait une femme abandonnée par son mari et qui trouverait consolation dans les bras d’un autre, plus que ne le sont aussi des homosexuels auxquels on répète qu’ils souffrent d’un péché irrémissible. Nous n’en pouvons plus d’entendre ce silence assourdissant de ceux qui espéraient trouver dans l’Église le chemin qui les conduise au Père et qui la quittent en y ayant subi des paternités indignes. De les voir s’éloigner souvent sans bruit, d’un tombeau vidé de sa présence par de faux témoins qui en gardent l’entrée.

"N’amenuise pas ta responsabilité"

Mon frère, je te le demande, même si les faits sont prescrits, n’amenuise pas ta responsabilité. Assume ta condition. Tu crois en la miséricorde ? Alors obtiens-la en demandant aux hommes une peine, ne parlant que dans les larmes d’un repentir sincère. Et si les lois prescrivent, ne pense pas un instant que cela n’amoindrisse ni ta faute ni la douleur causée. Amende-toi, répare autant qu’il est possible sans chercher à causer, pleurnicher et prouver. Accepte ce que tu es. C’est ainsi que le Seigneur te regarde sans dégoût, lui, et sans désamour. Crois-le et vis tes derniers jours dans la crainte de contredire cet amour. Toute ta vie, tu as prêché le Ciel. Donne à tes victimes d’en retrouver le goût en reconnaissant pour ta part, en vérité, combien tu es indigne. Ainsi, je prie pour toi, tu pourras espérer vraiment en voir la porte ouverte.

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