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[HOMÉLIE] Dans la foi, la confiance précède la compréhension

JESUS-APOSTLES-TISSOT

Recommandation aux apôtres, par James Tissot, Brooklyn Museum.

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Maxence Bertrand - publié le 06/09/25
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Curé de la paroisse d’Oullins, dans le diocèse de Lyon, don Maxence Bertrand commente les lectures du 23e dimanche du temps ordinaire. La vie chrétienne s’enracine dans ce double mouvement : l’absolu de la confiance au Christ et la patience du discernement.

Dans le livre de l’Exode (24,7), lorsque Moïse lit au peuple toutes les paroles de l’Alliance, Israël répond : "Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons et nous écouterons." L’ordre des verbes semble paradoxal. Nous trouverions plus cohérent de répondre : "Nous écouterons et ensuite nous ferons." Mais Israël proclame : na‘asé ve-nishma — "nous ferons et nous écouterons". Cette inversion étonnante a marqué l’histoire d’Israël. Elle exprime en vérité la dynamique profonde de la foi : la confiance précède la compréhension, la réponse de la foi ouvre à une écoute nouvelle.

D’abord, dire oui

C’est aussi le chemin que Jésus nous propose dans l’Évangile de ce jour. Il appelle ses disciples à une radicalité sans compromis : le préférer à toute relation familiale, porter sa croix et marcher à sa suite. Le Christ s’inscrit dans le sillage de la foi d’Israël et il l’accomplit. Comme au Sinaï, il nous invite à dire d’abord "oui", à poser l’acte de confiance qui engage le cœur, à tourner vers lui nos regards. Voilà le "nous ferons" : le choix de préférer le Christ à tout, comme la Vierge Marie à Nazareth — "Que tout m’advienne selon ta Parole" ; comme les apôtres laissant leurs filets sur le bord du lac de Galilée pour marcher à sa suite.

Mais la foi ne s’arrête pas à ce premier "oui". Elle demande aussi l’écoute, le discernement, la construction patiente. Jésus le dit lui-même : la vie chrétienne est comme une tour qu’il faut bâtir avec sagesse, comme un combat à préparer avec soin. C’est le temps du "nous écouterons", qui engage toutes nos capacités humaines — penser, réfléchir, discerner —, mais soudainement ouvertes à plus grand que nous par l’acte de foi premièrement posé. Alors il devient possible de chercher à comprendre la volonté de Dieu et de nous laisser éclairer par lui. La première lecture de ce dimanche, tirée du livre de la Sagesse (9,13-18), vient éclairer cette dimension : "Quels hommes peuvent connaître les intentions de Dieu ?… C’est avec peine que nous comprenons ce qui est sur la terre."

L’acte de foi et l’écoute intérieure

Le saint Curé d’Ars disait : "Ce qui nous empêche d’être des saints, nous autres prêtres, c’est le manque de réflexion. On ne rentre pas en soi-même ; on ne sait pas ce qu’on fait. C’est la réflexion, l’oraison, l’union à Dieu qu’il nous faut." Le témoignage des saints nous exhorte en même temps à l’audace de l’acte de foi et au travail de la prière et de l’écoute intérieure. 

Ainsi, la vie chrétienne s’enracine dans ce double mouvement : l’absolu de la confiance et la patience du discernement. Un absolu sans discernement risque bien souvent d’endurcir notre cœur, mais un discernement qui ne conduit pas à marcher vraiment derrière le Christ peut vite nous faire sombrer dans la tiédeur, sous prétexte de motifs raisonnables. Saint Paul, dans sa lettre à Philémon, nous en donne un exemple concret : il invite à accueillir Onésime, non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé. Sa certitude est née de la foi mais demande à être mûrie par Philémon dans un discernement éclairé et libre.

Une double fidélité

Notre vie chrétienne et nos communautés sont au service de cette double fidélité : préférer le Christ et le manifester par notre obéissance de la foi, notre fidélité à la messe dominicale et discerner ensemble la manière dont notre attachement au Christ doit peu à peu éclairer et donner au goût au monde, puisque nous avons la vocation d’être par le Christ, "la lumière du monde et le sel de la terre".  

Alors, comme Israël au Sinaï, comme Marie à Nazareth, comme les disciples sur le bord du lac de Galilée, demandons la grâce de répondre aujourd’hui : "Seigneur, tout ce que tu as dit, nous le ferons et nous écouterons."

Lectures du 23e dimanche du temps ordinaire :

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