Très tôt, Arnaud Guirouvet a eu l’envie de créer. "Même dans la cour du lycée, je rêvais de monter ma propre entreprise", confie-t-il à Aleteia. Ce chef d'entreprise lyonnais a remporté en mai le prix Philibert-Vrau de l'économie du bien commun, décerné par la Fondation des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens. À 51 ans, tout semble lui sourire : marié, père de six enfants, il est aujourd'hui le président de Gloveboxes Group, un groupe composé de trois entreprises industrielles spécialisées dans la production de "boîtes à gants" : des dispositifs munis de gants intégrés qui permettent à un opérateur de manipuler des objets derrière une vitre, sans contact direct.
Après avoir terminé ses études d'ingénieur à Rouen, Arnaud Guirouvet ne perd pas de temps et lance sa première société dans l'analyse de données pour le secteur pharmaceutique. Un premier grand pas pour lui... et un premier échec. "Nous n'avons pas eu assez de clients", résume le chef d'entreprise. Qu’à cela ne tienne, il se dit qu’il réessaiera plus tard. En attendant, il rejoint un grand groupe dans lequel il restera huit ans. Il n'a que 26 ans lorsqu'il est confronté à l'une des décisions les plus difficiles à prendre de sa jeune carrière : "Je suis allé au Portugal pour prendre en main une filiale du groupe, qui était en train de couler", se souvient-il. Le voilà contraint de licencier une vingtaine de personnes. "C'était humainement très difficile. Je me suis promis que je ferai tout pour les réintégrer une fois la situation sous contrôle." Chose dite, chose faite : Arnaud Guirouvet parvient à réintégrer 75% des effectifs licenciés dans les deux années qui suivent.

Cette persévérance porte ses fruits avec Moongy, sa deuxième société, fondée en 2005 et forte aujourd’hui de plus de 8.000 salariés dans le secteur des services et de l’innovation. En 2018, il reprend Jacomex, une vieille entreprise industrielle fondée en 1945 en difficulté, comptant alors 32 salariés et un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros. Elle fait aujourd'hui travailler 170 salariés et réalise un chiffre d'affaires de 27 millions d'euros.
La Doctrine sociale de l'Église, boussole de l'entrepreneur chrétien
Mais pour Arnaud Guirouvet, la réussite ne se mesure pas seulement en chiffre d’affaires ou en croissance : "Ma plus grande réussite, c’est ma famille et mon couple", déclare-t-il. L'alignement entre sa vie de famille et sa vie d'entreprise est pour lui essentiel. "On ne peut pas être une personne au travail et une autre à la maison. La cohérence se ressent dans la façon dont on prend les décisions au quotidien", estime encore le chef d'entreprise qui insiste sur l’importance d’allier rigueur et bienveillance : "On prend de bonnes décisions quand on dit la vérité à ses équipes. Pour bien les diriger, il faut les écouter et les aimer. Amour et autorité, l’un sans l’autre, ça ne fonctionne pas".
La Pensée Sociale Chrétienne donne non pas des principes non pas vagues ou théoriques, mais au contraire concrets et résolument modernes.
Sa manière d’entreprendre est nourrie par la Doctrine sociale de l'Église catholique. Développée depuis la fin du XIXe siècle, elle propose une vision de l’économie et de la société centrée sur l’homme et s’articule autour de six grands principes : la dignité de chaque personne, la recherche du bien commun, la solidarité, la subsidiarité, ainsi que la juste destination des biens et le soin de la création. Véritable boussole, elle invite à conjuguer performance et respect de l’humain dans toutes les décisions, qu’elles soient économiques, sociales ou politiques. Ces principes amènent Arnaud Guirouvet à soutenir fournisseurs et filiales en difficulté et à responsabiliser ses collaborateurs à travers le principe de subsidiarité, qui consiste à donner à chacun la capacité d’agir et de prendre des décisions à son niveau. "Ma foi irrigue mon quotidien et m’apporte un véritable apaisement dans les décisions que je suis amené à prendre. La Pensée Sociale Chrétienne donne non pas des principes non pas vagues ou théoriques, mais au contraire concrets et résolument modernes", résume Arnaud Guirouvet.
Cette cohérence entre convictions et action ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise : elle irrigue aussi son engagement associatif, notamment avec Fratello et l’École Pierre. Observer la fragilité des personnes en grande précarité lui rappelle sa responsabilité envers ses salariés : "Voir la fragilité des personnes sans abri et leur absence de peur du lendemain m’aide énormément. Cela me rappelle que je dois prendre soin de mes équipes." Quant aux étudiants créatifs de l’École Pierre, "ils nourrissent mon regard sur l’innovation et m’aident à conserver un esprit ouvert dans la gestion de mes entreprises."
Pour les jeunes entrepreneurs, son message est clair et pragmatique : "Si vous vous sentez appelés à entreprendre, il faut y aller. Ensuite, il faut toujours se souvenir que la performance est nécessaire pour former ses équipes, recruter et innover… mais le soin des collaborateurs est tout aussi essentiel. Les deux sont possibles !"











