Carême 2026
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C’est, comme presque toujours, avec beaucoup de sobriété que le Vatican a rendu compte de la visite du président de la Pologne. Quelques heures après l’entretien de Karol Nawrocki avec le pape Léon XIV et avec le cardinal Parolin et Mgr Gallagher, le Saint-Siège a mentionné dans un très bref communiqué quelques sujets de sa conversation avec les principaux responsables de la diplomatie pontificale : les deux parties ont abordé “la situation sociale et politique du pays, en se référant en particulier aux valeurs sur lesquelles se fonde la société polonaise et la nécessité de construire un consensus face aux défis auxquels elle doit répondre”.
Il est également indiqué que des “thématiques de caractère international” ont été abordées, avec “une attention spéciale au conflit en Ukraine et à la sécurité en Europe”. Des termes très pesés, faisant référence au rôle spécifique du président de la République en Pologne, sur deux niveaux.
Les relations avec l’Église, pierre d’achoppement entre les deux têtes de l’exécutif
Sur le plan intérieur, le président, soutenu par la droite, doit défendre la Constitution dans un contexte de cohabitation difficile avec le gouvernement de Donald Tusk, soutenu par une coalition de partis issus de la gauche et du centre. Les relations avec l’Église constituent une pierre d’achoppement entre les deux têtes de l’exécutif. Le président a fait de la défense de l’identité catholique de la Pologne l’un des axes structurants de sa campagne présidentielle, alors que le gouvernement compte promouvoir une forme de sécularisation calquée sur le modèle de l’Europe occidentale, notamment en réduisant le temps dévolu à l’enseignement de la religion à l’école.
Sur le plan extérieur, la question centrale est celle de la guerre en Ukraine, et donc, indirectement, du rapport de force avec la Russie. La Pologne se trouve dans une position centrale tant sur l’accueil des réfugiés ukrainiens que sur l’assistance militaire à l’Ukraine. Karol Nawrocki s’est entretenu à ce sujet avec Donald Trump à la Maison Blanche le 3 septembre. Le président des États-Unis, à rebours de son souhait souvent exprimé d’un désengagement de l’Europe, l’a assuré du maintien voire du renforcement de la présence militaire américaine en Pologne, qui compte actuellement 10.000 hommes. Donald Trump lui a également demandé de transmettre son salut au “pape américain” Léon XIV, a confié Karol Nawrocki aux journalistes.
Invitation au pape à visiter la Pologne
Le président polonais a annoncé avoir invité le pape en Pologne en 2027, à l’occasion de l’anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Gietrzwałd. “Bien sûr, je laisse la décision au Pape. Cette invitation est ouverte. Chaque fois que le Pape le souhaitera, la Pologne l’accueillera toujours”, a expliqué le président, qui a précisé devant la presse qu’il avait parlé avec le Pape des “valeurs chrétiennes qui fondent la Pologne depuis plus de mille ans”. Il a assuré avoir senti chez Léon XIV - natif de Chicago, une ville marquée par une forte diaspora polonaise - une bonne compréhension des défis de la Pologne.
Arrivé au Vatican jeudi après-midi, le président Nawrocki avait franchi la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre, puis il a prié sur la tombe de saint Jean Paul II. Le chef de l’État et son épouse ont passé du temps avec une petite fille polonaise hospitalisée au Bambino Gesù pour un grave cancer, priant et dialoguant avec ses parents et sa famille.

Le père Stanislaw Tasiemski, religieux dominicain et nouveau président de la KAI, l’agence catholique polonaise, explique que “le Saint-Siège a toujours joué un rôle important dans l’histoire de la Pologne” et qu’il était donc naturel que le président Nawrocki lui consacre l’un de ses premiers déplacements internationaux.
Il voit dans le communiqué du Saint-Siège un “encouragement” à affirmer une identité chrétienne sur une scène politique très polarisée, avec la question de la place de la religion à l’école qui suscite de grandes tensions entre l’Église et le gouvernement. “Le gouvernement force une éducation sans les valeurs, sans les racines, sans l’Évangile… une sorte de petite révolution culturelle, même si la situation n’est pas comparable avec la Chine”, explique le père Tasiemski.
Un président qui “ne cache pas sa foi”
Dans ce contexte délicat en Pologne, le positionnement explicitement catholique du président Nawrocki en choque certains… mais en rassure beaucoup d’autres. “Le président ne cache pas sa foi, et sa présence au tombeau de Jean Paul II était significative. Les mentalités évoluent, mais Jean Paul II reste une grande autorité morale, centrale pour une grande majorité de la population”, explique le père Tasiemski. “Quand les Polonais ont traversé des difficultés, ils ont toujours été capables de retrouver les sources de leur identité, c’est-à-dire leur foi, qui construit aussi leur liberté”, assure le religieux dominicain.

Dans le pays de Jean Paul II, marqué depuis 2020 par un puissant mouvement de sécularisation qui a notamment tari les entrées dans les séminaires et dans les communautés religieuses, l'Église demeure un point de référence structurant dans la vie de la société, que l’on se positionne pour ou contre, dedans ou à distance.








