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"We’re in business to save our home planet", telle est la mission que se donne l’entreprise Patagonia dès 1973, une société californienne de vêtements et équipements de plein air. Son fondateur Yvon Chouinard, né en 1938 dans le Maine, passionné d’escalade et de pêche, révolutionne l’alpinisme américain en fabriquant des pitons réutilisables, des mousquetons plus solides, des piolets modernes. Il veut réconcilier entreprise et écologie. Sa philosophie consiste à acheter moins mais mieux. Ainsi Patagonia produit des vêtements durables et techniques en coton bio, polyester recyclé, laine responsable… et valorise la réparation, la réutilisation et le recyclage via le programme Worn Wear. Cerise sur le gâteau depuis 1985, 1% du chiffre d’affaires de Patagonia est reversé à des ONG qui protègent la planète (1% for the Planet).
L’écologie parfaite n’existe pas
En 2011, une campagne de Patagonia dans le New York Times fait grand bruit : "Don’t Buy This Jacket." Ce slogan est associé à une veste… de la marque de Patagonia elle-même ! Le but ? Faire réfléchir les consommateurs sur le fait que même une entreprise respectueuse de l’environnement émet du CO₂ et produit des déchets qui ont un impact sur la planète. Une telle communication présente incontestablement l’avantage de la transparence : même si l’on privilégie un développement durable, on prend conscience que la préservation parfaite de l’environnement est un idéal inaccessible. D’abord, nous sommes confrontés à la finitude de l’homme et de la planète. Ensuite, dans le monde professionnel, nous devons reconnaître que toute production, toute consommation, entraîne des effets négatifs. Cette prise de conscience rend humble et désacralise une écologie absolutisée qui se fonde sur un discours alarmiste pour imposer des normes largement inapplicables au détriment du réalisme et des besoins humains.
De l’éthique personnelle au bien commun planétaire
L’indifférence écologique n’en reste pas moins destructrice. Si la philosophie médiévale désignait déjà la personne humaine comme "ce qui est le plus parfait dans la nature" ("id quod est perfectissimum in tota natura"), Michel Serres, dans Le Contrat naturel (1990), montre que cette perfection ne peut plus s’établir au détriment de la nature : les progrès technologiques, l’industrialisation massive, nous obligent à reconnaître que Dame Nature n’est plus la mère indulgente, infiniment nourricière dont on peut abuser, mais une "sœur" que nous devons considérer de façon responsable.
Nous assistons ainsi à un élargissement de la sphère éthique : au départ individuelle, économique, sociale et même politique, elle intègre désormais la planète Terre : notre maison commune est devenue une "quasi-personne". "Au contrat exclusivement social, ajouter la passation d’un contrat naturel de symbiose et de réciprocité où notre rapport aux choses laisserait maîtrise et possession pour l’écoute admirative, la réciprocité, la contemplation et le respect", dit Michel Serres. Même si la notion d’un contrat naturel pose de sérieux problèmes philosophiques (Luc Ferry souligne à juste titre que l’on ne peut accorder à la nature un statut de sujet qui appartient en propre à l’homme) on peut retenir qu’une relation purement utilitaire telle que privilégiée durant l’ère industrielle, n’est plus envisageable aujourd’hui.
L’écologie encourage une nouvelle sensibilité éthique
L’éthique explore comment agir humainement et dans quel but, comment discerner le bien et le mal, comment trouver et pratiquer les critères qui permettent à chacun de s’accomplir, personnellement, en groupe et finalement dans la société entière. Les progrès scientifiques auraient pu nous faire croire que notre bonheur trouverait refuge dans le savoir-faire, sans autre effort que celui de la recherche et de l’innovation technique. Ce à quoi une entreprise comme Patagonia nous invite, c’est refuser cet aveuglement, sortir de la consommation mécanique manipulée par un marketing qui veut vendre à tout prix, pour que chacun devienne plus libre et responsable en réfléchissant avant de consommer.
Par un juste retour des choses, l’écologie ne remplace pas l’éthique, mais lui redonne toute sa place : celle qui consiste à rendre les citoyens acteurs de leur vie et pas seulement consommateurs aveugles. La sobriété, une valeur chère à Yvon Chouinard, que les Anciens appelaient tempérance, serait-elle la voie royale de la responsabilité respectueuse de notre maison commune ?











