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Gouvernement Bayrou : fausse rentrée, vraie sortie ?

4 min de lecture
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Crédit : Aleteia

La rentrée politique de ce mois de septembre 2025 annonce déjà une sortie. Pour l’écrivain Henri Quantin, c’est une leçon de vie : nulle rentrée n’est définitive, chacun peut être remplacé à tout moment.

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"Rentrée à haut risque." Les articles politiques ont des allures de copies d’élèves faites à partir de copier-coller. Quelques-uns tentent l’originalité pour parler d’une "rentrée de tous les dangers" ou d’une "rentrée en apnée". S’ils concernent avant tout François Bayrou, ces titres sont aisément réutilisables dans d’autres domaines. Après l’août, foi d’animal, les rentrées se multiplient : littéraire, sociale, politique, scolaire. On se demande parfois pourquoi on fête le nouvel an le 1er janvier et non le 1er septembre. L’exercice journalistique a quelque chose de mécanique, qui fait douter que la presse ait pu évoquer par le passé une rentrée "à bas risque" ou "sans aucun danger". Quand toute actualité est "brûlante", il n’existe de rentrée que décisive.

Des rôles de théâtre ?

La situation politique actuelle a toutefois une particularité, en ce qu’elle offre toutes les apparences d’une rentrée immédiatement suivie d’une sortie. Fausse rentrée, comme il y a des fausses sorties au théâtre ? Que peut-il se passer dans la tête d’un ministre de l’Éducation nationale qui présente son projet pour la nouvelle année scolaire le 28 août, tout en étant à peu près sûr de ne plus être là le 8 septembre ? S’il est lecteur de Montaigne, il peut toujours songer à cette précieuse leçon : "La plupart de nos vacations sont farcesques." 

La leçon de détachement prend bien sûr sa source dans une méditation sur la fragilité de l’existence.

En français moderne, cela donne : la plupart de nos occupations sont des rôles de théâtre. Autrement dit, il ne s’agit jamais que de jouer avec le plus de conviction possible, en sachant bien qu’on peut être remplacé à tout moment. Cela rend sans doute la situation inconfortable, mais cela permet de ne pas absolutiser son poste et de gagner en liberté. C’est sans doute ce que suggérait Montaigne, élu à la tête de la ville de Bordeaux, en disant que "le maire et Montaigne ont toujours été deux, d’une séparation bien claire".

Toute rentrée prépare la sortie

La leçon de détachement prend bien sûr sa source dans une méditation sur la fragilité de l’existence. Nul besoin d’une grande lucidité pour savoir qu’on peut mourir à chaque instant, y compris lorsqu’on vient de recevoir une responsabilité nouvelle, peut-être même celle qu’on attendait depuis des années. Aussi Montaigne rappelait-il une maxime d’Horace, à laquelle il offrait une belle traduction : "Imagine-toi que chaque jour qui luit est pour toi le dernier : tu recevras avec gratitude l’heure que tu n’espéreras plus." En somme, toute rentrée prépare la sortie et toute minute sur scène est un don inespéré.

Ultimement, toutefois, l’éventualité, inconfortable mais libératrice, d’être remplacé à tout moment se fonde non seulement sur la certitude qu’on peut mourir le jour même, mais plus encore sur la perspective de se présenter devant Dieu dans l’heure. "Bayrou a huit jours pour convaincre", susurre l’ultimatum politique. "Ce soir on te redemande ta vie", répond le Christ. Il ne s’agit plus alors de réussir sa sortie, mais de sortir par le haut…, par le Très-Haut.