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Gaza : pour le Vatican, la neutralité n’est pas le silence

5 min de lecture
GAZA-AFP

Crédit : Eyad BABA / AFP

Gaza, 30 août 2025.

Le président israélien Isaac Herzog sera reçu jeudi 4 septembre par le pape Léon XIV. Depuis le début de la guerre à Gaza, le Vatican reste fidèle à sa ligne, celle d’une neutralité active, décrypte le géopoliticien Jean-Baptiste Noé. Pas de soutien à une cause plus que l’autre, mais le respect des personnes et la recherche de la paix au centre de la diplomatie.

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Être neutre ne signifie pas être désintéressé. C’est notamment la position du Saint-Siège sur l’épineux et délicat sujet de la guerre à Gaza. La diplomatie vaticane demeure fidèle à sa ligne, celle de la neutralité, ce qui ne signifie pas rester silencieux ou indifférent, bien au contraire. Léon XIV a ainsi réaffirmé à plusieurs reprises la position du Saint-Siège : cessez-le-feu, libération des otages détenus par le Hamas, respect du droit humanitaire. Les chrétiens restent à Gaza, et leur curé avec eux, en dépit des demandes d’évacuation, et le patriarche de Jérusalem s’est rendu à Gaza ainsi qu’en Cisjordanie, pour apporter soutien et réconfort aux chrétiens et aux autres civils qui subissent la guerre. La neutralité consiste à ne s’aligner sur aucun camp, à ne soutenir aucune cause plus qu’une autre, mais à demander le respect du droit international et le maintien de la dignité des personnes, notamment par l’aide humanitaire. 

Pas de punition collective

Le Vatican est opposé à toute punition collective, à Gaza et ailleurs. On ne peut pas bombarder un peuple pour s’en prendre à ses dirigeants ni s’en prendre au tout parce que l’on est en conflit avec une partie. Il condamne également les déplacements forcés de population ainsi que les attaques contre les espaces protégés, comme les écoles, les hôpitaux, les lieux de culte. Cette neutralité active lui permet de conserver des canaux de discussion avec tous les acteurs. On le voit dans le cas de la guerre en Ukraine, où l’envoyé spécial de François a pu rencontrer des dignitaires russes et ukrainiens. Il en va de même pour Gaza : le Vatican tente de dialoguer tant avec les Palestiniens qu’avec les Israéliens. Certains pourront lui reprocher de la naïveté, voire de la compromission, mais c’est bien là l’essence de la diplomatie, qui consiste à parler avec tout le monde. 

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La guerre n’est pas qu’une question de conjoncture, de batailles et de rivalités, mais qu’elle engage toute l’humanité.

Le Vatican insiste très souvent sur les principes, notamment moraux et philosophiques. Le but est de montrer que la guerre n’est pas qu’une question de conjoncture, de batailles et de rivalités, mais qu’elle engage toute l’humanité, aujourd'hui et pour demain. Dans la guerre, c’est aussi une vision de l’homme qui est engagée, et une compréhension de la place de l’homme dans la société. Il n’est donc pas possible de faire n’importe quoi, non seulement par rapport aux conflits d’aujourd'hui, mais aussi pour ne pas obérer l’avenir et pour permettre la réconciliation future, indispensable pour bâtir une paix de long terme.

La force du dialogue

Pour l’État de l’Église, le dialogue est une force qui nécessite du courage. Tout à sa volonté de bâtir des ponts et non pas des murs, le Saint-Siège veille à créer des forums de discussion, avec les autres églises chrétiennes, notamment les orthodoxes, et les autres confessions, notamment musulmanes. 

Là aussi, il est facile de souligner le risque d’un œcuménisme et d’un dialogue interreligieux naïfs, mais, comme le soulignait le cardinal Jean-Louis Tauran, "nous sommes condamnés au dialogue". Il n’y a pas d’autre alternative et, contrairement à une opinion trop répandue, le dialogue n’est pas la marque d’une faiblesse, mais l’arme des forts. Il faut du courage pour accepter d’entendre les arguments des autres, du courage pour avancer les siens de façon raisonnée, en évitant les caricatures et en acceptant la contradiction. Le Vatican ne se lasse pas de démontrer que les religions ne sont pas des sources de guerre et que la voie de Dieu est la seule façon de parvenir à la paix. 

La guerre n’est pas une fatalité

Dans cette voie étroite, la violence et la guerre ont souvent gagné, surtout au Proche-Orient. Mais le Saint-Siège est convaincu qu’une paix est toujours possible et que la guerre n’est pas une fatalité. Depuis les guerres des années 1970, plusieurs accords de paix ont abouti entre Israël et ses voisins : Égypte, Jordanie, Arabie saoudite. Quand des guerres ont lieu, comme en Irak et en Syrie, elles demeurent localisées dans les pays concernés. En Syrie, malgré les attaques, les arrestations abusives et les doutes sur le gouvernement actuel, des ferments d’espérance sont présents, comme l’a souligné récemment l’évêque de Damas lors d’une réunion à Rimini

Envisager l’avenir avec espérance, malgré les guerres, les morts et les désolations. Telle est la voie étroite suivie par la diplomatie vaticane, à Gaza et ailleurs. Pour montrer que, quoi qu’il arrive, le mal ne l’emportera pas.