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Lorsque le magazine Time a publié fin août sa liste 2025 des personnalités les plus influentes dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA), un nom a surpris bien au-delà des cercles catholiques : celui du pape Léon XIV. La liste du Time distingue quatre catégories : “leaders”, “innovateurs”, “façonneurs” et “penseurs”. C’est dans ce dernier groupe, aux côtés des grands scientifiques de Google et d’OpenAI, que figure le souverain pontife.
Né Robert Francis Prevost et élu en mai dernier, Léon XIV a choisi son nom en référence directe au pape Léon XIII, qui guida l’Église à l’époque de la révolution industrielle. En 1891, Léon XIII publiait l’encyclique Rerum Novarum, texte fondateur de la doctrine sociale de l’Église, défendant la dignité des travailleurs face aux dérives d’un capitalisme naissant. À son tour, Léon XIV entend affronter les bouleversements éthiques et économiques du numérique. Dans son premier grand discours après son élection, il a décrit l’intelligence artificielle comme une véritable “nouvelle révolution industrielle”, en avertissant : son développement ne doit jamais se faire au détriment de “la dignité humaine, de la justice et du travail”.
Héritage de Léon XIII
Au XIXe siècle, les usines et les chemins de fer transformaient l’économie au prix d’innombrables souffrances humaines. Léon XIII affirmait alors que le travail ne pouvait être réduit à une fonction interchangeable, mais constituait une dimension essentielle de l’épanouissement de la personne.
Aujourd’hui, Léon XIV trace un parallèle clair : l’IA, malgré ses promesses, menace elle aussi de déshumaniser si elle n’est pas encadrée. En juin, le Vatican a accueilli une rencontre internationale consacrée à l’intelligence artificielle, à l’éthique et à la gouvernance. Le Pape a salué lors de son discours au Jubilé des pouvoirs publics en juin 2025, les avancées de l’IA en matière de santé et de recherche, tout en exprimant une inquiétude profonde sur ses usages possibles. Il a notamment mis en garde contre le risque de voir les algorithmes fausser la quête de vérité ou alimenter conflits et violences. L’intelligence artificielle, a ainsi rappelé Léon XIV est "sans comparaison possible avec celle de l’homme et de la femme, qui est au contraire créative, dynamique, générative, capable d’unir passé, présent et avenir dans une recherche vivante et féconde de sens, avec toutes les implications éthiques et existentielles qui en découlent".
Le travail au centre
La dignité du travail demeure au cœur du message de l’Église. Face à l’automatisation, les enjeux de formation, de salaire juste et de partage équitable des bénéfices ne relèvent pas seulement de choix politiques : ce sont, selon le Pape, de véritables impératifs moraux. Le Catéchisme le rappelle : “Le travail est pour l’homme, et non l’homme pour le travail” (CEC 2428). Par extension, aucune machine — aussi performante soit-elle — ne devrait dégrader la valeur de la personne.
En inscrivant Léon XIV sur sa liste des figures de l’intelligence artificielle, Time a souligné ce que représente sa voix : un contrepoids inattendu face au discours dominant des géants de la tech. Là où beaucoup mesurent le progrès à l’aune du profit ou de la puissance, le pape invite à un autre critère : la capacité de la société numérique à protéger la dignité de chaque personne.









