L'horreur absolue. Une femme a été brûlée vive le weekend du 30 août par une foule musulmane pour avoir prétendument blasphémé contre le prophète Mahomet, figure la plus sacrée de l'islam, dans l'État du Niger, au centre du Nigeria, a annoncé la police lundi.
Selon le porte-parole de la police de l'État du Niger, Wasiu Abiodun, la femme "a été brûlée vive" samedi lors d'une "attaque collective", après avoir tenu des propos jugés blasphématoires dans la communauté de Kasuwan-Garba, district de Mariga. Amaye, la victime, était vendeuse de nourriture originaire de l'État de Katsina, dans le nord-ouest du pays. Sa religion est pour le moment inconnue, bien que l'Etat du Niger soit à majorité musulmane. "La police condamne tout acte de justice populaire et exhorte la population à rester calme", a ajouté M. Abiodun, précisant que les recherches se poursuivaient pour retrouver les agresseurs.
Le blasphème est passible de la peine de mort en vertu de la charia islamique, appliquée parallèlement au droit commun dans douze États à majorité musulmane. Dans la pratique, de nombreuses personnes accusées sont tuées par des foules en colère avant même d'être jugées.
Persécutions et accusations sans preuve
Au Nigeria, la population d'environ 220 millions d'habitants est à peu près également répartie entre musulmans et chrétiens. Mais l'islamisme s'y est durablement installé. Dès 2000, 12 États à majorité musulmane ont déclaré appliquer la charia, opposant donc au système juridique civil (la Constitution du Nigeria reconnaît ainsi la liberté de pensée, de conscience et de religion) une loi religieuse extrêmement violente que les populations appliquent elles-mêmes, et qui s'abat sur les deux communautés.
On recense ainsi des victimes chrétiennes et musulmanes accusées de blasphème, parfois injustement. En juin 2023, c'est Usman Buda, un boucher de Sokoto (nord du pays), qui a été lapidé à mort pour blasphème présumé contre le prophète, un an après la mort de Deborah Samuel, une étudiante chrétienne tuée par des camarades musulmans pour des accusations similaires. Ces dernières années, deux religieux musulmans et un chanteur de gospel musulman ont également été condamnés à mort pour blasphème par les tribunaux de la charia de Kano, la plus grande ville du nord du Nigeria.
Ces problématiques s'ajoutent à une grave insécurité liée aux gangs criminels, aux rivalités ethniques et aux raids djihadistes. Le Nigeria est régulièrement le théâtre d'exactions majoritairement commises contre les chrétiens, consacrant ce pays comme le plus dangereux pour leur sécurité. Malgré les récentes promesses du gouvernement de s'attaquer au problème à la racine, rien ne bouge. Au contraire, la liberté religieuse est de plus en plus restreinte, dénonçait en juillet la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale.








