Pier Giorgio Frassati va être canonisé par le pape Léon XIV ce dimanche 7 septembre, à Rome. Mort à seulement 24 ans il y a un siècle, le jeune homme continue de fasciner les catholiques du monde entier par son authenticité et sa manière de vivre l’Évangile au quotidien. "Sa manière de vivre, celle d’un laïc catholique qui cherche à porter l’Évangile dans la réalité temporelle, le rend très actuel à toutes les époques", souligne auprès d’Aleteia Silvia Correale, postulatrice de sa cause.
Aleteia : Pourquoi Pier Giorgio Frassati est-il selon vous autant aimé par les jeunes catholiques ?
Silvia Correale : Parce que c’était un jeune homme très cohérent, qui vivait l’Évangile avec la radicalité propre à la jeunesse. En même temps, c’était un garçon normal : il aimait le sport, il entretenait de belles amitiés qu’il vivait dans la foi, il aimait la montagne, il était joyeux et il consacrait beaucoup de temps aux pauvres. Il était aussi engagé socialement. Sa manière de vivre, celle d’un laïc catholique qui cherche à porter l’Évangile dans la réalité temporelle, le rend très actuel à toutes les époques. Sa renommée de sainteté s’est répandue dans le monde entier, et il n’est donc pas étonnant qu’il ait été choisi comme co-patron des Journées Mondiales de la Jeunesse.

Quel miracle a conduit à sa béatification en 1990 ?
Le miracle reconnu s’est produit en Italie en 1933. Il s’agit de la guérison d’un homme atteint de la maladie de Pott. Le procès diocésain s’est tenu en 1989 et médecins, théologiens et évêques ont confirmé l’inexplicabilité de l’événement. Ainsi, le 20 mai 1990, sur la Place Saint-Pierre, Jean Paul II a proclamé bienheureux Pier Giorgio Frassati.
La cause de béatification a-t-elle rencontré des difficultés ?
Le procès sur la renommée de sainteté a été ouvert à Turin le 2 juillet 1932, sept ans après la mort de Frassati. En 1935, la documentation est arrivée à Rome. Par la suite, pour clarifier certains points, deux procès supplémentaires ont été organisés, un à Turin et un à Rome, en 1942. La cause a rencontré quelques difficultés car Pier Giorgio était un jeune laïc : il aimait la montagne, fréquentait un groupe d’amis, parfois des filles, ce qui à l’époque était vu avec suspicion. Des approfondissements ont donc été nécessaires, notamment pour entendre ces témoins. Tous ont confirmé sa pureté et sa chasteté.
Quel fut le second miracle ayant conduit à sa canonisation cette année ?
Le miracle s’est produit en 2017 aux États-Unis. Un séminariste, en jouant au basket, a ressenti une forte douleur au pied. Il ne pouvait plus marcher correctement et a été conduit à l’hôpital. Il s’agissait d’une rupture du tendon d’Achille. Des soins inappropriés ont aggravé la situation et les médecins ont indiqué la nécessité d’une intervention chirurgicale. Le séminariste a souffert plusieurs jours et a commencé une neuvaine à Pier Giorgio Frassati. Quelques jours plus tard, en priant devant le Saint-Sacrement, il sentit une chaleur au niveau de la blessure. Il est sorti en marchant normalement : une guérison inexplicable, car le tendon ne peut se reconstituer seul. L’opération n’a plus été nécessaire. Nous avons fait examiner le dossier par deux médecins italiens experts, tous deux d’accord pour juger le cas scientifiquement inexplicable. L’enquête diocésaine a été ouverte dans le diocèse où la guérison s’était produite, aux États-Unis, puis la phase romaine a suivi. Ensuite, le pape François a autorisé la publication du décret sur le miracle.
Je sais par un collaborateur du pape François qu’il avait une dévotion particulière pour Pier Giorgio Frassati.
Avez-vous recueilli d’autres témoignages touchants liés à Pier Giorgio Frassati ?
Oui, depuis que je suis postulatrice en 2010, j’ai étudié plusieurs cas importants, même si les signalements de grâces continuent de nous parvenir. Parmi les plus significatifs : un enfant aux États-Unis ayant subi un grave traumatisme crânien après un accident, et qui a guéri après avoir invoqué Pier Giorgio Frassati. Les médecins ne l’ont pas unanimement jugé inexplicable, mais c’était un cas important. Un autre cas concernait un adolescent atteint d’une tumeur à la langue, guéri de manière inexplicable. Donc oui, d’autres cas de guérisons importantes nous ont été signalés.
Avez-vous pu échanger avec le pape Léon XIV ou les précédents pontifes au sujet de Pier Giorgio Frassati ?
Non, mais je sais par un collaborateur du pape François qu’il avait une dévotion particulière pour Pier Giorgio. Au début de son pontificat, il a raconté que son père, avant d’émigrer d’Italie, s’était rendu sur la tombe de Frassati pour prier. Il était originaire du Piémont, comme Pier Giorgio, et déjà à l’époque, la dévotion des jeunes catholiques envers lui était très répandue. Il est également connu que Jean Paul II avait une grande dévotion pour lui. Quant au pape Léon XIV, nous écouterons bientôt ses paroles dans l’homélie de la canonisation.
On peut être normal, heureux, vivre toutes les réalités de la vie, et devenir saint.
Comment avez-vous vécu personnellement ce long chemin en tant que postulatrice ? Y a-t-il des moments que vous retenez avec gratitude ?
Pour moi, le moment le plus significatif comme postulatrice a été le passage de la Consultation médicale. C’est toujours la phase la plus délicate, car elle ne concerne que des évaluations scientifiques. Lorsque, en 2017, nous avons été informés du cas du séminariste, nous avons recueilli toute la documentation médicale et quand les experts ont confirmé l’inexplicabilité, pour moi, ce fut une immense joie. Tout ce parcours a également été très important pour moi car, alors que j’étais encore étudiante en droit canonique, j’étais présente à la béatification en mai 1990 sur la Place Saint-Pierre. J’ai donc toujours porté la cause de Pier Giorgio dans mon cœur.
Quel message l’Église transmet-elle à travers cette canonisation ?
Que l’on peut être normal, heureux, vivre toutes les réalités de la vie, et devenir saint. Comme le disait Pier Giorgio Frassati : il faut vivre pleinement, et non vivoter. Je pense que c’est cela, la sainteté.










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