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Cisjordanie : victoire pour une famille chrétienne face aux colons israéliens

La Palestinienne Alice Kisiya (à droite), dont les terres familiales ont été saisies par des colons israéliens armés qui prévoyaient de construire un nouvel avant-poste, affronte un colon dans la zone d'al-Makhrour en Cisjordanie occupée, près de Beit Jala, le 22 août 2024.

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Cécile Séveirac - publié le 02/09/25
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Après treize ans de lutte acharnée contre les colons israéliens et les obstacles administratifs, la famille chrétienne palestinienne Kisiya a remporté début juin une victoire judiciaire inespérée sur ses terres de la vallée d’Al-Makhrour, près de Bethléem.

C'est une victoire d'autant plus savoureuse qu'elle est rare : le 10 juin, une famille chrétienne palestinienne a obtenu gain de cause face à des colons israéliens qui occupaient ses terres dans la vallée d’Al-Makhrour à proximité de Bethléem, rapporte Terre sainte Magazine. La décision de justice rendue par la Cour Suprême israélienne consacre les droits de la famille Kisiya sur cinq parcelles illégalement occupées par des Israéliens.

Ce jugement met fin à treize années de lutte et d'acharnement. Leurs terres, rapporte Terre sainte, se trouvent en zone C de la Cisjordanie occupée, sous contrôle militaire israélien, qui leur refuse alors tout permis de construire. Dès 2017, le terrain est revendiqué par Himanuta, une filiale du KKL-JNF (le Fonds national juif israélien) impliquée dans l’achat de terres palestiniennes en Cisjordanie. "Ils ont affirmé l’avoir acheté en 1969 et que leur titre foncier provenait des archives de l’État. Nous avons consulté nous-mêmes ces archives, sans rien trouver. Leur document était un faux et nous l’avons prouvé", raconte à La Croix Alice Kisiya. La famille voit son restaurant détruit par des bulldozers à quatre reprises, et leur maison subit le même sort en 2019, poussant les Kisiya à vivre sous tente pendant cinq années. Puis, en juillet 2024, l’armée israélienne émet un "ordre de fermeture militaire" sur la zone, permettant aussitôt à des colons de s'installer sur les terres des Kisiya.

Malgré la décision de justice et l'ordre de quitter les lieux, les colons sont revenus sur place en août. "Le harcèlement est leur technique préférée", déclare encore Alice Kisiya. D'autres Israéliens se sont interposés, leur intimant de cesser : "Dieu nous autorise-t-il à voler ? N'avez-vous pas honte ? Si vous êtes Juifs, vous ne devez pas faire cela", ont-ils déclaré aux colons avant que la police n'arrive et ne les chasse d'elle-même. Dans une autre vidéo publiée en juin, Alice montre une image de la Sainte Vierge déchirée et une statue brisée par les colons lors de leur arrivée en 2024, dénonçant la haine des colons contre le christianisme et leur volonté "d'effacer toute l'histoire chrétienne" : "Cette haine et ce racisme sont allés trop loin et sont inacceptables. Les chrétiens occidentaux devraient prendre conscience de ce qu'ils défendent et financent. Il est de la responsabilité de tous les chrétiens du monde de protéger le berceau de Jésus-Christ de la menace des colons et des extrémistes racistes en Terre sainte."

Colonisation, expulsions et violences

Depuis le début de l'année 2025, la Cisjordanie occupée connaît une intensification des tensions et des violences. L'armée israélienne a lancé une vaste opération militaire, baptisée "Mur de fer", visant principalement Jénine, mais s'étendant également à d'autres localités palestiniennes telles que Tulkarem et Naplouse. Cette offensive a entraîné la destruction de quartiers entiers, le déplacement forcé de dizaines de milliers de Palestiniens, et la fermeture de camps de réfugiés comme celui de Jénine, vidé de ses habitants . Parallèlement, le plan E1, lancé en août 2025, prévoit la construction de milliers de logements dans une zone stratégique entre Jérusalem et la colonie de Maale Adumim, permettant ainsi de relier les deux zones urbaines juives. Pour les Palestiniens, la mise à exécution de ce plan conduirait à couper la Cisjordanie en deux, et à isoler Jérusalem-Est du reste du territoire palestinien, créant un obstacle majeur à la solution à deux États. 

Dans une déclaration conjointe publiée fin juillet 2025 après des attaques ciblées de colons contre le village chrétien de Taybeh, les chefs des Églises de Jérusalem ont exprimé leur "profonde inquiétude" quant à la situation. Dénonçant des actes réguliers "d’intimidation sans équivoque à l’encontre d’une communauté enracinée dans la terre du Christ", ils décrivent "un schéma alarmant de violences perpétrées par des colons contre des communautés de Cisjordanie, visant leurs foyers, leurs lieux saints et leur mode de vie".

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