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Régulation de Pronote et École Directe : un timide premier pas

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Mathilde de Robien - publié le 01/09/25
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Parmi les mesures annoncées par le gouvernement en vue de limiter la dépendance aux écrans des collégiens et des lycéens figure la régulation des Espaces numériques de travail (ENT). Les données (notes, messagerie, devoirs…) ne seront plus actualisées de 20 heures à 7 heures le lendemain.

"Je vais voir si les profs ont ajouté du travail sur École Directe." Une phrase que les parents ne devraient plus entendre après 20 heures. C’est en tout cas une promesse faite par Élisabeth Borne, ministre de l’Éducation nationale, le 27 août dernier. À la veille de la rentrée scolaire, la ministre a évoqué une série de mesures visant à lutter contre l’abus d’écrans, annonçant notamment la généralisation de la "pause numérique" ainsi que la régulation des Espaces numériques de travail (ENT) afin de favoriser le "droit à la déconnexion" des élèves. Les ENT, ces outils numériques qui permettent les échanges entre parents, enseignants et élèves et où sont consignés les notes et les devoirs, ne seront plus mis à jour de 20 heures à 7 heures la semaine et le week-end (du vendredi 20 heures au lundi 7 heures).

Élisabeth Borne s’était déjà emparée du sujet l’année dernière, à la suite du rapport rendu par la commission écrans. "Je souhaite mettre en œuvre la recommandation de la commission écrans (…) sur le droit à la déconnexion pour tous les outils numériques qui servent à assurer le lien entre les écoles, les établissements, les élèves et les familles", avait-elle déclaré en mai lors d’une visite dans un établissement scolaire de Bondy (Seine-Saint-Denis). "Donc c’est finalement de se déconnecter des espaces numériques de travail (ENT) et de Pronote, en veillant à ce que, sur une période qui à défaut serait 20 heures-7 heures, il n’y ait plus d’actualisation des infos sur les notes, sur les devoirs."

Dans un rapport remis à Emmanuel Macron en avril 2024, la commission écrans recommandait notamment de "fixer un cadre strict d’utilisation pour Pronote et les ENT", afin d’"organiser une coupure des mises à jour-notifications après 19 heures avec reprise à 7 heures 30 le lendemain". La commission estimait que certains usages des ENT impliquaient une incitation paradoxale à consulter ces outils numériques "à des heures indues alors même que, dans le même temps, il leur est demandé de modérer leurs usages des écrans".

Retour aux agendas

C'était également une proposition émise par l'association Éducation numérique raisonnée, un collectif visant à regagner l'attention des élèves par un usage raisonné du numérique. Si cette mesure "va dans le bon sens", estime Agnès Fabre, professeur de lettres et présidente de l’association, elle est néanmoins encore "un peu timide" : "on attend des mesures plus ambitieuses pour le bien de nos élèves !", confie-t-elle à Aleteia. À commencer par le retour aux agendas, parfois délaissés dans certains établissements. "Beaucoup de professeurs ne prennent plus le temps de dicter les devoirs pendant les cours, et beaucoup d'élèves ne font plus l'effort d'avoir un agenda", déplore Agnès Fabre.

On attend des mesures plus ambitieuses pour le bien de nos élèves !

Un enjeu de responsabilisation des élèves. "Le blocage des mises à jour évite que les enseignants ajoutent les devoirs à faire à une heure tardive, mais il faut accompagner cette mesure technique par un message pédagogique sur la nécessité de revenir aux agendas, pour responsabiliser à nouveau l'élève afin qu'il note lui-même en cours le travail à faire", estime la présidente de l'association.

D’autres paramétrages sont possibles

Si la régulation des horaires d’accès aux ENT est un premier pas, d’autres paramétrages sont possibles afin de limiter davantage l’usage abusif des écrans. "Il faut acter le principe selon lequel les enseignants n’ont pas le droit d’ajouter par voie numérique des devoirs à faire à la maison qui n’auraient pas été indiqués en classe", exhorte encore Agnès Fabre. "C’est un usage abusif qui crée de l’anxiété et une hyperconnexion chez les enfants, sans aucun intérêt pédagogique."

Dans certains établissements, l’affichage des notes est lui aussi régulé. Agnès Fabre plaide pour que les notes s’affichent après la remise de la copie à l’élève, et non avant. "C’est fondamental pour que l’enfant n’ait pas le choc brutal de la note et pour qu’elle ait du sens ! Une note n’a pas de sens, c’est le commentaire de l’enseignant qui est important", souligne-t-elle.

L’enseignante préconise aussi de mettre à jour l’affichage des moyennes non pas en temps réel, mais ponctuellement, à un rythme fixé par l’établissement, que ce soit hebdomadaire, mensuel ou trimestriel. "La mise à jour en temps réel crée une frénésie autour de la note et une hyperconnexion, là encore sans intérêt." Enfin, l’association recommande de n’autoriser les comptes personnels d’accès aux ENT seulement à partir de la classe de 4e. Avant l’entrée en 4ème, les devoirs maison nécessitant une connexion à internet devraient, selon l’association, être facultatifs, ponctuels, et effectués en présence d’un adulte à proximité.

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