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2 septembre 1903. Après huit heures de combat acharné, huit heures d'héroïsme où le sang se mêle au sable marocain brûlant, les légionnaires de la 22ème compagnie montée du 2ème Régiment Étranger d'Infanterie (REI) rendent les armes. Ils étaient 113, face à 3.000 Berbères du Maroc. Un contre trente. La bataille d'El Moungar devient leur Camerone à eux, une défaite glorieuse, témoignage impérissable d'honneur. La cinquantaine de blessés trouve une aide providentielle dans un drôle de personnage. Un moine tout de blanc vêtu qui se penche sur chacun, soigne autant qu'il peut et prodigue les derniers sacrements. Autrefois Saint-Cyrien puis cavalier, il connaît autant qu'il respecte le métier des armes. Charles de Foucauld devient l'ange gardien de ces légionnaires. C'est en la mémoire de ce lien unique qui les lie que le 2eme REI a choisi de consacrer sa nouvelle chapelle au saint ermite, inaugurée et consacrée ce 2 septembre 2025, jour de la commémoration d'El Moungar.
"C'est une belle signification de consacrer cette chapelle à ce grand saint, 122 ans après la bataille", résume à Aleteia le padre Philippe, aumônier du 2ème REI. Pour l'occasion, une messe a lieu dans la nouvelle chapelle, présidée par Mgr Antoine de Romanet, évêque aux armées. Cet évènement spirituel s'inscrit dans un plus large programme de festivités, puisque le 2e REI commémore El Moungar chaque année. Prise d'armes, remise de galons, défis sportifs, départs de légionnaires... "C'est une grâce que de pouvoir placer ce moment spirituel au centre des activités militaires", poursuit le padre Philippe. C'est donc une chapelle flambant neuve, d'une capacité de 120 places assises, que les légionnaires retrouvent. L'ancienne, trop petite, a été réutilisée pour en faire des bureaux. Un prétexte idéal pour en construire une nouvelle, plus spacieuse, au centre du régiment. Les travaux avaient débuté en 2021 : "Il y avait du boulot, car il s'agissait d'un vieux hangar, autrefois une écurie", précise le padre Philippe. "Il a fallu partir de zéro".
Des chapiteaux en forme de képis
Pour mener ce projet à bien, c'est Fleur Nabert, artiste sculpteur, qui a été chargée de diriger les travaux. "J'ai adhéré immédiatement à ce projet, je me suis passionnée. Quand je suis arrivée, j'ai pris une chaise et je suis restée deux heures seule au milieu des gravats de ce hangar", raconte-t-elle à Aleteia. Il fallait tout penser : de la nature du carrelage à l'habillage de la voûte avec la scénographie des drapeaux, en passant par la lumière des vitraux, le mobilier liturgique et celui de l'assemblée.
La chapelle a un double objectif : la mémoire des morts, et la force d'âme des vivants.
Pour réaliser un sanctuaire qui parle vraiment au cœur des légionnaires, Fleur Nabert les sonde, les inclut dans ses plans. "Je voulais que cette chapelle soit pour eux un vrai lieu de ressourcement, marqué par une profondeur spirituelle tout en portant leurs symboles", précise l'artiste. Les chapiteaux des colonnes de l'autel sont ainsi des képis, couvre-chef propre à la Légion étrangère. Sur le tabernacle figure encore un Sacré-Cœur enflammé : "L'emblème de la Légion est la grenade à sept flammes. Bien sûr je n'allais pas faire apparaître une grenade sur le tabernacle ! Mais j'ai décidé d'unir ce symbole au cœur du Christ, traversé de flammes", décrypte encore Fleur Nabert. Le crucifix suspendu dans le chœur est quant à lui composé de bois venant des cinq continents, en référence aux hommes de la Légion venus du monde entier, "unifiés autour d'une foi commune". La prière de saint Charles de Foucauld est inscrite dans une stèle, et plus loin, une autre est dédiée aux épouses et enfants de militaires partis en mission pour les inviter à prier ou déposer une bougie. "L'idée, c'était de leur donner courage et de les rendre fiers", déclare Fleur Nabert. Car comme tous les militaires, les légionnaires vivent avec cette étrange conscience permanente que leur vie peut être donnée pour quelque chose qui les dépasse. "La chapelle a un double objectif : la mémoire des morts, et la force d'âme des vivants".
Et il y a bien sûr cette lumière qui passe à travers les vitraux réalisés par l'artiste, un grand central et deux lancettes, qui illustrent, à partir d'une photographie, saint Charles de Foucauld avec les légionnaires à El Moungar. "C’est un mariage entre le thermoformage (vitrail sans plomb) et le jaune d’argent très ancien qui donne ce côté lumière du désert", détaille Fleur Nabert. "Je voulais restituer cette atmosphère. D’ailleurs, quand les légionnaires entraient dans la chapelle encore en travaux, ils enlevaient leur béret automatiquement, car cette lumière suffisait à faire comprendre qu’on était dans un lieu particulier."
Un lieu que le padre Philippe se réjouit de faire revivre. "Cette chapelle doit servir à une vie sacramentelle individuelle et familiale, pas uniquement régimentaire", tient-il à souligner. Et même si "les légionnaires ne sont pas des crapauds de sacristie", l'aumônier du 2e REI embrasse bien volontiers sa mission de gardien des âmes. "Mon rôle, c'est de leur montrer qu'ils sont aimés du bon Dieu, et qu'ils peuvent Le servir, même en portant les armes".










