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S’il est bien un animal qui semble détester les voyages en voiture, c’est bien mon chat ! Sans doute voterait-il sans réserve pour les édiles qui, depuis dix à vingt ans, cherchent à nous convaincre de délaisser nos carrosses pour adopter le transport en commun. Las, la fiabilité des horaires des chemins de fer et le coût prohibitif de leurs offres, auquel s’ajoute l’inconfort de devoir partir à heure fixe et la limitation récente et un peu irréelle du nombre de bagages, tout cela me pousse, été après été, à préférer la voiture et ces infinis tapis de goudrons que l’on déroule devant elle pour passer du nord au sud, de l’est vers l’ouest, des bureaux aux vacances.
Le drame intime du chat en voiture
Le félin se rétracte. Aussitôt les prémices de la sortie de ville, le voici qui minaude, s’échauffe la voix, racle la gorge, menace de suffoquer en tirant la langue, la gueule grande ouverte comme s’il demandait qu’on en finisse. Il appelle et, faute de réponse satisfaisante, s’énerve contre le sac où on l’a réduit. Il ne se calme qu’à l’approche de la main qui vient rencontrer sa truffe et là, d’un coup semble revivre. Il ronronne, félicité suprême, comme s’il était à la porte des cieux. Mais aussitôt que cesse le geste, revient la détresse et l’imminence du passage à trépas. Nul raisonnement, nulle démonstration savante, et bien sûr aucune menace ne savent y mettre terme. Il faudrait s’arrêter sur l’une de ces charmantes et bucoliques aires "vertes" pour y reposer quelques longues minutes, et ce toutes les vingt minutes — rythme où, toujours, semble se nouer le drame intime. Les ingénieurs ont bien pensé les choses : la proposition en effet revient de manière régulière aux yeux du conducteur. Mais s’arrêter ainsi, une fois accomplie la distance d’une petite quarantaine de kilomètres, est-ce bien raisonnable ? Surtout quand il faut en parcourir au moins dix fois plus... D’ailleurs cela ne réglerait rien puisque sitôt le moteur démarré, reprennent suppliques et gémissements ineffables.
Rien n’y fait. Rien ? À moins que, au hasard des radios écoutées, l’un d’elles propose quelques mélodies de Debussy. Aussitôt, aux premières notes, l’animal d’un coup, mute. Le souffle se fait plus régulier, la langue ne pend plus, pas un son, pas une plainte. Il se met en boule et ferme ses yeux, s’endormant : du "clair de lune", aux "nocturnes", en allant vers "la mer", voici que d’un coup le voyage se fait transport.
Les chaos de la rentrée
En cette rentrée agitée où chacun, pour des raisons diverses, se prend à rêver aux grands soirs qui pourraient si facilement se faire cauchemars, où les grands qui nous gouvernent se gonflent de l’ivresse de la puissance militaire et de l’argent facile, ne sommes-nous pas comme des chats ? Enfermés dans des univers clos dont nous ne mesurons ni la vitesse ni la fiabilité, nous sommes propulsés toujours plus loin, plus vite en ne nous souvenant pas d’avoir un jour donné notre accord pour cela. Ceux qui conduisent ainsi sont bien avares de gestes rassurants et préfèrent rester sourds aux soupirs inquiets ou aux cris de douleurs. "Ils ne comprennent pas, alors accélérons, ainsi nous arriverons plus vite !" Mais où parviendrons-nous ?
En Israël, un ministre promet d’ouvrir les "portes de l’enfer" pour un peuple tout entier ; en Ukraine, la guerre se précipite chaque jour un peu plus. Au Congo, les massacres s’enchaînent. En Europe, nos sociétés menacent de basculer dans un autoritarisme et une technocratie, faussement sécurisants. Le tableau serait désespérant s’il n’y avait la musique. La musique de l’amour de Dieu qui se répand dans les cœurs appelés cette année à jubiler d’une manière particulière. Comme l’ont fait en août des centaines de milliers de jeunes et comme tant d’autres, de tous âges, sont appelés à le faire aussi. À défaut de contrôler les lancées où nous sommes parfois précipités, gardons précieusement en nous la certitude de la présence de Dieu. Elle se fait mélodie qui épouse les étapes de nos vies et leurs chaos, sans supprimer la désolation, mais en y portant remède.









