"Je ne suis pas digne de prendre la parole devant vous aujourd’hui… je n’ai vraiment rien d’intéressant à vous dire sur cet évangile, si ce n’est quelques banalités…" : si je vous disais cela — ce qui n’est pas le cas ! — je ferais comme ceux qui font mine de se rabaisser devant les autres… afin que les autres les relèvent : s’abaisser exprès pour être relevé… c’est ce qu’on appelle la fausse humilité, dont nous avons tous déjà eu l’expérience autour de nous et parfois aussi en nous. Et on pourrait comprendre l’évangile de ce dimanche comme une étrange invitation à cette fausse humilité : "Quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé" (Lc 14, 10-11). Mais en vérité, c’est ici à une fausse "fausse humilité", c’est-à-dire à une vraie humilité, que nous sommes invités par le Christ.
S’abaisser devant Dieu et non devant les hommes
"Quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé" : ce n’est pas là de la fausse humilité, tout d’abord car il s’agit d’être relevé par Dieu et non par les hommes. Nous l’avons entendu dans la première lecture, du livre de Ben Sirac : "Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur" (Si 3, 18), devant le Seigneur et non devant les hommes. C’est ce que dit également l’évangile, à sa façon, de manière plus imagée : Jésus parle de repas de noces, de mariage, d’invités, de celui qui invite… autant d’images pour dire notre relation à Dieu.
Les noces sont en effet dans la Bible un symbole de la relation à Dieu ; celui qui invite désigne Dieu lui-même ; et l’invité qui, choisissant sa place, prend la première ou la dernière, renvoie à chacun de nous. C’est bien pour plaire à Dieu, qui sait ce qui nous rend heureux, et non pour se faire valoir devant les hommes, qu’il ne faut pas chercher la meilleure place.
Ne pas chercher, mais accepter les abaissements
"Quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé" : ce n’est pas là de la fausse humilité ensuite, car il ne s’agit pas de s’abaisser volontairement, mais plutôt d’accepter les abaissements, les humiliations, que la vie ne manque pas de nous "offrir" !
Si on choisit soi-même ses humiliations — comme celui qui se met ostensiblement à la dernière place —, il y a fort à parier qu’on choisisse ce qui pourra plus facilement nous élever aux yeux des autres. Mieux vaut accepter ce qu’on est, accepter ce qui nous arrive, sans trop rechercher les humiliations, ni se voiler sur ses limites. Comme le dit saint Augustin : "On ne te dit pas “sois quelque chose de moins que ce que tu es”, mais comprends bien ce que tu es"… sans exagérer ; c’est déjà assez.
Donner sans rien attendre en retour
"Quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé" : pour vivre cette vraie humilité, Jésus indique enfin un chemin : aimer sans rien attendre en retour, aimer sans attendre de reconnaissance. C’est ce qu’il expose dans la deuxième petite parabole : "Quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour" (Lc 14, 12). Donner sans rien attendre en retour : c’est probablement un des meilleurs chemins pour vivre la vraie humilité, en acceptant que les autres ne me doivent rien.
Donner sans rien attendre en retour, nous pouvons tous le vivre, où que nous soyons, dans une abbaye, une paroisse, ou une prison… : s’occuper de son voisin qui souffre, alors qu’auparavant il ne s’était jamais occupé de moi ; prêter à quelqu’un dont je ne suis pas sûr qu’il puisse me rendre ; continuer à aimer ceux qui ne nous manifestent plus d’amour. Donner sans attendre en retour, c’est reconnaître qu’on ne mérite pas de reconnaissance ou d’amour, qu’on ne mérite rien : c’est une vraie humilité.
L'exemple et la grâce du Christ
Tout cela est bien beau, mais bien difficile à vivre, apparemment impossible ; aussi Jésus ne se contente pas d’inviter extérieurement à une telle humilité, il en montre lui-même l’exemple, en donnant sa vie pour nous sur la Croix : sur la Croix, ce ne sont pas les hommes, c’est Dieu son Père qui le relève de son abaissement ; sur la Croix, Jésus ne cherche pas volontairement ce qui lui arrive, mais il l’accepte ; sur la Croix, il donne sa vie sans rien recevoir en retour.
Tout cela est bien beau, mais bien difficile à vivre, apparemment impossible ; aussi Jésus nous en donne aussi la force, la grâce, dans l’eucharistie. En communiant à l’eucharistie, nous allons justement être associés à cette Croix, pour pouvoir vivre la vraie humilité que Dieu nous demande : l’humilité qui nous fait chercher à plaire à Dieu et non aux hommes ; l’humilité qui nous fait non pas rechercher mais accepter les abaissements ; l’humilité qui nous mène à aimer sans rien attendre en retour ; l’humilité qui me permet de parler devant vous aujourd’hui… même si je n’ai vraiment rien d’intéressant à vous dire !
Lecture du 22e dimanche du temps ordinaire :

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