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Notre-Dame des Goélands, la beauté sacrifiée d’un été catholique

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Chapelle Notre-Dame des Goélands, Saint-Jean-de-Monts (Vendée).

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Pierre Téqui - publié le 29/08/25
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À Saint-Jean-de-Monts (Vendée), la chapelle Notre-Dame des Goélands témoignait au bord de la mer de l’audacieuse architecture sacrée des Trente Glorieuses. C’était un lieu de prière humble et beau pour un peuple en vacances. L’historien de l’art Pierre Téqui déplore sa destruction.

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Fin août, retour des plages. C’est le moment de refermer les valises, de reprendre le chemin du travail, de retrouver sa paroisse… si tant est qu’on l’ait quittée. Car peut-être avez-vous, cet été, persévéré dans l’assistance à la messe, même loin de chez vous. Car hors de ses repères familiers, il faut s’informer, chercher, parfois se perdre un peu. Trouver une église ouverte n’est pas toujours aisé, surtout au bord de l’eau. Et pourtant, ce besoin d’accompagnement spirituel des vacanciers, l’Église l’avait pressenti — et pris au sérieux — à une époque pas si lointaine : celle des Trente Glorieuses.

L’Église bâtisseuse

Entre 1945 et 1975, la France bâtit à toute allure. Il faut reconstruire ce que la guerre a détruit, loger une population en croissance, moderniser les villes, structurer les campagnes. Les urbanistes redessinent le territoire, les architectes inventent de nouvelles formes d’habitat, les stations balnéaires et de ski fleurissent, les zones pavillonnaires s’étendent. L’Église, elle aussi, bâtit. Elle suit les mobilités nouvelles, l’exode rural, l’essor de l’automobile, l’irruption des loisirs, la fragmentation des horaires et des rythmes. C’est une Église en mouvement, missionnaire, inventive, résolument moderne.

Dans son livre Le Temps des églises mobiles (InFolio), l’historien de l’architecture Pierre Lebrun retrace cette effervescence. Il montre comment les Trente Glorieuses ont donné lieu à une véritable révolution architecturale et pastorale. L’Église rompt alors avec l’historicisme dominant — ce goût de l’imitation gothique ou romane — et ose de nouvelles formes. On construit des églises-tentes, des églises-coques, des structures en voile de béton, des volumes suspendus, des chapelles intégrées dans les immeubles, au cœur des cités ou à flanc de montagne. C’est un âge d’or de l’expérimentation.

Le sacré au plus près du quotidien

Les exemples sont nombreux et saisissants. À Grenoble, le Centre œcuménique Saint-Marc (1968) incarne une architecture de dialogue : une seule structure accueille salles de réunion, aumônerie, chapelle catholique et temple protestant. À Élancourt-Maurepas, dans la banlieue de Saint-Quentin-en-Yvelines, le Centre des Sept-Mares, inauguré en 1974, rassemble dans un même ensemble cultuel et social tous les besoins d’un quartier nouveau. Ailleurs, c’est l’intériorité qui prime : l’église Saint-Luc de Grenoble (1968) se fait havre de silence ; la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Conseil à Paris (1962–1965), dissimulée derrière la rue Lapparent, offre un cloître, une chapelle monumentale, et des salles de rencontre. La chapelle Saint-Joseph des Épinettes, elle aussi parisienne, incarne cette volonté de ramener le sacré au plus près du tissu quotidien.

Mais l’Église ne se contente pas d’accompagner l’urbanisation. Elle suit aussi la mobilité : les routes, les gares, les aéroports. À la gare Montparnasse, on construit la chapelle Saint-Bernard pour les voyageurs. À Orly, une chapelle d’aéroport. Sur les routes, des prêtres motards, des messes sous les tentes, des églises ambulantes. Et bientôt, à Courchevel, une chapelle pour les skieurs : Notre-Dame de l’Assomption. À la mer aussi, on construit pour ceux qui partent. C’est l’époque où l’on imagine — avec audace et tendresse — des chapelles de plage. La plus belle s’appelait Notre-Dame des Goélands.

En plein air, une vraie chapelle

Édifiée au début des années soixante sur la côte vendéenne, cette chapelle d’été se composait d’un simple préau, ouvert sur les dunes, adossé à la pinède. Un autel, une dalle, quelques bancs, et le vent salé. On y célébrait la messe en plein air, sous le ciel, au son des vagues et du chant des oiseaux. 300 à 400 personnes s’y retrouvaient l’été : vacanciers, croyants réguliers ou occasionnels, enfants, familles. Les jeunes y participaient à des ateliers, la pastorale s’y vivait comme une halte joyeuse. C’était une chapelle saisonnière, certes, mais une vraie chapelle : consacrée, affectée au culte, conçue comme telle. Une église pour le temps des vacances.

Hélas, cette chapelle a été détruite. Vendue, déconstruite, sa dune rasée, ses arbres abattus. Le terrain est devenu constructible. L’argument invoqué ? Le coût d’entretien, la baisse de fréquentation, l’absence d’accessibilité. Le lieu, disaient certains, était devenu une "jungle", un repaire pour squatteurs. La paroisse a confirmé la décision. L’évêché, via la Ruche vendéenne, a lancé le bornage. Les riverains, pourtant donateurs du terrain dans les années cinquante, se sont sentis trahis. L’association Les Amis de la chapelle des Goélands a protesté, alerté les élus, lancé une pétition… en vain.

Ce que l’Église a su inventer

Ce lieu méritait mieux. Il était modeste, certes, mais portait une mémoire. Celle d’un moment singulier de l’histoire catholique, où l’Église française cherchait à accompagner la société jusque dans ses mutations les plus profondes. Celle d’un geste pastoral simple, mais fort : offrir à ceux qui allaient à la plage un lieu pour prier. Et pourquoi pas ? Dieu n’est-il pas aussi sur le sable, dans le vent, à l’ombre d’un pin ?

L’histoire de la chapelle des Goélands est celle d’une beauté sacrifiée — et d’une pédagogie à reprendre. Car nous ne savons pas encore assez regarder l’architecture religieuse du XXe siècle. Nous la méprisons, souvent. Nous la détruisons, parfois, faute de comprendre ce qu’elle portait. Il est temps de relire cette époque avec plus d’attention. Et de se demander ce que l’Église, alors, a su inventer : des lieux de prière pour un monde nouveau.

La mémoire d’un peuple

En cette fin d’été, que cette chapelle disparue nous serve de leçon. Il n’y a pas de petites églises. Il n’y a pas de sacré indigne de mémoire. Chaque chapelle raconte une foi, un moment, un peuple. Notre-Dame des Goélands parlait d’un peuple en vacances, d’une Église en dialogue avec la modernité, d’une architecture sans fard, humble et belle. Elle parlait d’un temps où l’on croyait que l’Évangile pouvait se vivre aussi pieds nus, à ciel ouvert.

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