separateurCreated with Sketch.

Jeanne Jugan, témoin d’espérance pour les vocations tardives

JEANNE JUGAN

Sainte Jeanne Jugan.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Aliénor Strentz - publié le 29/08/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Dans l’histoire de l’Église, certains destins révèlent de manière éclatante la mystérieuse action de la Providence divine. Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres fêtée le 30 août, est de ceux-là : toute sa vie témoigne de la manière dont Dieu guide, façonne et féconde une vocation, à travers les rencontres, les épreuves et parfois aussi une bien longue attente.

Campagne de Carême 2026

Ce contenu est gratuit, comme le sont tous nos articles. En ce temps de Carême, soutenez-nous par un don déductible de l'impôt sur le revenu.

Je fais un don

La Providence, selon le Catéchisme de l’Église catholique (paragraphes 302 à 308), est l’action continue par laquelle Dieu conduit avec sagesse et amour chaque créature vers sa fin ultime : l’union à Lui. Elle n’est pas un destin aveugle, mais une sollicitude paternelle qui respecte la liberté humaine et invite chacun à collaborer à l’œuvre divine. La vocation, ce projet unique que Dieu confie à chacun, s’inscrit dans ce dessein providentiel : elle est à la fois don et appel, qui se déploie dans le temps à travers les circonstances, les rencontres, les épreuves.

Issue d’un milieu modeste breton, fille de marin, Jeanne Jugan, née en 1792 à Cancale, est confrontée très jeune à la pauvreté et à la souffrance. Son enfance est marquée par les tragiques événements révolutionnaires : massacres de prêtres et autres religieux, profanation des églises et saccages de croix et crucifix. La petite Jeanne et sa mère prient souvent devant les vestiges de leur église paroissiale, tout en demandant à la Vierge Marie de leur ramener vivant leur père, leur mari. Hélas, le père de Jeanne, enrôlé de force dans la marine nationale, ne reviendra jamais.

Jeanne aurait pu sombrer dans le découragement, mais elle comprend sa nouvelle mission : être une aide et une consolatrice pour sa mère, veuve éplorée. De là est sûrement née sa vocation de consolatrice et protectrice des plus malheureux.

Plusieurs années plus tard, elle devient aide-cuisinière chez une vicomtesse. C’est à cette époque qu’elle est bouleversée par une mission donnée à Cancale en 1816 par des prêtres prêcheurs. Jésus lui parle au cœur : elle comprend qu’il la veut toute à Lui, dans la vocation religieuse. Elle garde secrètement ce rêve de devenir religieuse, mais pour l’instant, aucune communauté existante ne l’attire.

Une vie façonnée par la Providence

Infirmière dans un hôpital de Saint-Servan tenu par les Sœurs de la Sagesse, Jeanne ne peut se douter que Dieu la prépare déjà à sa future mission de supérieure et fondatrice d’une congrégation hospitalière. Suite à une maladie qui l’empêche de poursuivre son travail, Jeanne vit pendant quinze années avec Mlle Lecoq, sœur d’un prêtre. Elle mène une vie monacale rompue simplement par l’assistance aux pauvres et l’instruction religieuse prodiguée à des enfants de la paroisse. Durant ces années, Jeanne constate avec douleur le nombre important d’indigents dans les rues de Saint-Servan, et comment s’y engendrent trop souvent la misère et le vice.

À la mort de Mlle Lecoq, Jeanne Jugan devient domestique, mais son désir de se consacrer toute à Dieu dans le service des pauvres prend le dessus. Elle s’ouvre à une amie, Françoise Aubert, avec laquelle elle décide de s’installer, dans le but de s’aider mutuellement à payer le loyer et à secourir des plus malheureux qu’elles. 

La suite de l’histoire est celle de l’humble naissance puis de l’incroyable extension d’une congrégation désormais connue dans le monde entier sous le nom des Petites Sœurs des Pauvres. Le geste fondateur – accueillir une vieille femme infirme dans son humble logis – marque le début d’une aventure qui dépasse Jeanne Jugan. Dès lors, les soutiens providentiels, les rencontres décisives, mais aussi les obstacles, vont jalonner son parcours. Mais toujours, la Providence veillera sur l’humble fille de Dieu et sur son œuvre. 

L’épreuve, lieu de maturation

Vers 1840, trois jeunes ouvrières servannaises rejoignent bientôt Jeanne Jugan et s'attellent avec un incroyable dévouement au service des plus pauvres, d’abord dans une pauvre mansarde, puis dans des asiles de plus en plus grands, à mesure de l’accroissement de l’œuvre. Jeanne devient "quêteuse" : son parapluie sous l’aisselle, son panier à un bras, elle se rend de maison en maison, sur tous les chemins et par tous les temps, remerciant toujours du fond du cœur chaque donateur.

Reconnaissante envers une Providence divine si bonne, Jeanne n’en reste pas moins affligée de n’être toujours pas religieuse. Elle se confie à son confesseur : "Mon Père, j’approche de mes 50 ans. 25 ans bientôt que je pense au couvent, et me voilà toujours dans le siècle." Le prêtre, avec tendresse, la rassure : son couvent n’est autre que la maison dans laquelle elle accueille avant tant d’amour les pauvres indigentes. De fait, Jeanne, en religion Sœur Marie de la Croix, ne sera admise à la profession perpétuelle que le 8 décembre 1854, après moult péripéties.

Outre la longue attente de la vie religieuse, Jeanne vit une autre épreuve. D’abord reconnue comme fondatrice et supérieure des Servantes des Pauvres, elle est bientôt spoliée de son œuvre par un prêtre dévoré par l’ambition. Reléguée dans l’ombre pendant de longues années, elle choisit l’abandon confiant à la Providence, refusant l’amertume ou la révolte.

C’est précisément dans l’épreuve que se révèle la fécondité de la Providence. Loin d’être un simple "hasard heureux", la divine Providence se manifeste comme une présence qui accompagne, purifie et fait grandir. Jeanne Jugan, dans la nuit de l’effacement, devient un modèle d’espérance : sa fidélité silencieuse, son humilité, son amour des pauvres témoignent que Dieu écrit droit avec les lignes courbes de l’histoire humaine. Son œuvre, née dans la pauvreté et la fragilité, traverse les siècles et rayonne aujourd’hui sur tous les continents.

Témoin d’espérance pour les vocations tardives

À travers Jeanne Jugan, l’Église révèle la beauté d’une vocation qui s’accomplit au fil des années et de la patience. Sa vie rappelle que la Providence n’est jamais pressée : elle façonne patiemment les cœurs, même lorsque l’attente semble interminable et que les portes paraissent closes. Jeanne n’a pas fondé son œuvre ni embrassé la vie religieuse dans la jeunesse de l’élan, mais dans la maturité de l’abandon et de la confiance. Elle devient ainsi une compagne de route pour tous ceux qui doutent, hésitent ou se croient "trop vieux" pour répondre à l’appel du Seigneur. Son exemple murmure à chacun : il n’est jamais trop tard pour se donner, jamais trop tard pour aimer, jamais trop tard pour laisser la Providence accomplir, à travers notre oui, de grandes choses.


Aliénor Strentz est fondatrice du blog "Chrétiens heureux" et Missionnaire de l’Immaculée Père Kolbe. Elle est aussi docteur en ethnomusicologie et formatrice pour adultes.

Pratique

 Jeanne Jugan, Mgr Francis Trochu, Editions Via Romana, 2009.
Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)