"Je ne connais rien de plus touchant que ces montagnes rudes et sévères. Elles ont la grandeur des choses simples, la majesté des lignes dépouillées, et sous leur âpreté vit un peuple d’une obstinée liberté", écrivait Robert Louis Stevenson dans son célèbre Voyage avec un âne dans les Cévennes (1879). C'est à l'extrême ouest de ces belles Cévennes que se situe la Haute Vallée de l’Orb, où Alessandro Molinari et Kalliopi Maria Papanikolaou poursuivent en cette fin du mois d'août leurs vendanges. "Je suis plutôt content de la récolte", confie à Aleteia Alessandro Molinari.
Ce couple de vignerons s'est installé en 2019 à Lamalou-les-Bains (Hérault) pour y cultiver des vignes, avec un petit supplément d'âme toutefois : mises à disposition par l’association Les Compagnons du Sens, les revenus générés par leur exploitation doivent permettre de faire revivre le sanctuaire Notre-Dame de Nize. Cet ancien prieuré situé à Lunas au bord de la rivière Nize comprend chapelle, clocher, ermitage, esplanade et une source dite de la "Fontaine des Yeux". Peu connue, cette dernière est réputée dans la région pour soigner les affections des yeux : les pèlerins et curieux y viennent pour y tremper un mouchoir qu'ils passent ensuite sur leurs paupières, avant de le laisser sur place, comme s'ils laissaient derrière eux le mal. Difficile de dater avec précision l'origine de cette tradition. Le culte chrétien a vraisemblablement remplacé un culte païen existant déjà au temps des Celtes. Inscrit à l’inventaire complémentaire des Monuments Historiques en 2001, ce site est construit sur un sanctuaire pré-roman dont il est fait mention pour la première fois en 1136 dans une bulle papale.

Cette étape sur la route de Compostelle est un lieu de dévotion populaire. Mais il nécessite aujourd'hui, pour favoriser son rayonnement, un certain nombre de travaux. Si une première phase a déjà eu lieu en 2021, c'est au tour de l'église d'être rénovée : les travaux doivent débuter en octobre, pour un montant de 600.000 euros.
Ce projet a donc un double objectif, économique et spirituel, explique à Aleteia Frère Marie-Pâques, président des Compagnons du sens : "La création de ce domaine viticole rattaché au prieuré doit d'abord permettre le développement économique des hauts cantons de la vallée de l'Orb, qui est un terroir de très grande qualité mais méconnu". Avec ses coteaux plantés entre 200 et 650 mètres d'altitude, les vignes bénéficient d'un climat méditerranéen tempéré et d'une très grande diversité de sols permettant de produire des vins essentiellement blancs, dits "rafraîchissants". "Ce sont les vins les plus à la mode. Ils sont plutôt marqués par une acidité soutenue, à l'inverse des vins lourds et sucrés", détaille à Aleteia Cédric Guy, vigneron et membre des Compagnons du Sens. En mettant à disposition des vignes, l'association espère ainsi contribuer à la vitalité de l'économie locale, mais aussi encourager l'installation de jeunes vignerons. "La moyenne minimale des vignerons dans la région est d'une cinquantaine d'années. La région souffre d'un manque de renouveau générationnel et a échoué à attirer du sang neuf", décrypte Cédric Guy.
15.000 bouteilles
Alessandro, trentenaire, ne cache pas son amour pour la vigne. Cet Italien venu de Vérone est arrivé en France en 2019 pour faire ses premières vendanges. "Cela devait être juste une expérience comme ça. Je ne suis jamais reparti !", rit le vigneron. Après plusieurs expériences dans la Vallée du Rhône puis en Champagne, c'est dans le Languedoc qu'il pose ses valises. "J'avais besoin de soleil", glisse-t-il. Surtout, "j'ai senti le potentiel de cette région, beaucoup moins connue que d’autres régions viticoles de France, mais ça vaut le coup", assure-t-il.
Cette année, cinq hectares et demi vont être vendangés, essentiellement des cépages de chardonnay. "On a débuté le 13 août. Le jus est plutôt de bonne qualité, malgré des conditions climatiques difficiles entre fortes pluies et vagues de chaleurs", précise Alessandro qui pense produire environ 15.000 bouteilles, dont il reversera 10% du montant à Notre-Dame de Nize (une bouteille coûtant entre 12 et 17 euros). Dès 2018, l'association des Compagnons du Sens avait lancé grâce au partenariat avec trois autres domaines, des "Cuvées Prieuré de Nize" comprenant trois vins nommés "Paix" (vin rouge), "Joie" (vin blanc) et "Espérance"(vin rosé). Le domaine d'Alessandro contribue donc pour la première année au lancement de la marque Notre-Dame de Nize. "J’étais attiré par l’idée de communauté que proposaient les Compagnons du Sens. Le faire de faire partie d'un projet global qui dynamise le territoire au niveau viticole, patrimonial, spirituel... m'a tout de suite parlé", confie le vigneron.

Le frère Marie-Pâques est confiant dans l'avenir du domaine viticole de Notre-Dame de Nize. "Je pense que nous avons tous les atouts pour faire rayonner ce sanctuaire, mais aussi plus largement un territoire avec un savoir-faire rural ancestral et un patrimoine riche", affirme-t-il, espérant qu'un jour Notre-Dame de Nize puisse devenir un "petit Lourdes". Si les analyses de l’eau réalisées par le laboratoire Pierre Fabre d’Avène n’ont pas permis de mettre en évidence les vertus curatives de cette eau dite miraculeuse, le frère rappelle que la Vierge guérit avant tout "les yeux du cœur et les yeux de la foi". "Lorsque l'aveugle est guéri par le Christ, il retrouve la vue certes, mais aussi la foi" illustre le frère Marie-Pâques. "De la même façon, la sainte Vierge nous aide à choisir le vrai chemin qui guérit de l'ignorance et nous mène à Dieu".










