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Léon XIV face à la dissuasion nucléaire

Photo prise en 1971, montrant une explosion nucléaire dans l'atoll de Mururoa.

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Jean-Baptiste Noé - publié le 28/08/25
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Léon XIV réaffirme son appel au désarmement nucléaire et à la fin de la dissuasion. Un appel constant des papes depuis Pie XII, observe le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, mais qui se heurte à la prolifération croissante des armes nucléaires dans le monde.

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À Nagasaki, les cloches ont de nouveau sonné. Quatre-vingts ans après l’attaque nucléaire qui a soufflé la ville et la cathédrale, une cloche a été réinstallée dans la tour nord. La cathédrale fut reconstruite en 1959, mais avec une seule cloche, la seconde n’ayant pas été retrouvée. C’est grâce à une levée de fonds aux États-Unis, ouverte en 2023, que la somme d’argent nécessaire a pu être collectée pour fondre une seconde cloche. Le 9 août dernier, à 11h02, les deux cloches ont de nouveau retenti, pour la première fois depuis 80 ans et la terrible explosion. 

L’Église s’oppose à la dissuasion, mais les armes augmentent

Depuis lors, les papes n’ont cessé de réitérer leur opposition à l’usage de l’arme nucléaire ainsi qu’à la dissuasion fondée sur le principe de l’anéantissement mutuel. Léon XIV s’inscrit pleinement dans cette tradition pontificale qui demande à déposer les armes, surtout les armes nucléaires. En visite officielle à l’exposition universelle Osaka 2025, le cardinal Pietro Parolin a réaffirmé cette idée, martelée ensuite par Léon XIV dans un message du 5 août : "Les armes nucléaires offensent notre humanité commune." Le Saint-Père a demandé à "rejeter l’illusion d’une sécurité fondée sur la destruction mutuelle assurée". 

Une condamnation de la dissuasion nucléaire en contradiction avec le chemin suivi depuis une vingtaine d’années par les puissances nucléaires qui voit une très forte croissance de leur équipement. Mais si, durant la Guerre froide, c’étaient essentiellement les États-Unis et l’URSS, ainsi que la France et le Royaume-Uni, qui développaient des ogives, depuis le début du XXIe siècle, c’est en Asie que la croissance est la plus forte. Russie et États-Unis possèdent près de 80% du stock mondial d’armes nucléaires, ce qui explique les réticences des Européens et des Américains à autoriser l’Ukraine à frapper la Russie dans la profondeur, de crainte d’une escalade nucléarisée du conflit.

La prolifération contemporaine

La plupart des traités de non-prolifération sont en suspens ou bien ne sont plus suivis. La Russie a ainsi suspendu sa participation au traité New Start, qui devait être révisé en 2026, et a refusé de ratifier, en 2023, le Traité d’interdiction complète des essais, qui n’est jamais entré en vigueur. À cette suspension des traités qui faisaient office de garde-fous, s’ajoute la croissance asiatique. La Chine augmente sa production d’ogives et de sites de lancement, la Corée du Nord a développé son arsenal, estimé aujourd'hui à 50 ogives, l’Iran souhaite toujours développer l’arme nucléaire, même si les interventions militaires du printemps dernier ont réduit ses capacités. Quant à l’Inde et au Pakistan, ils accroissent eux aussi leurs stocks et seraient aujourd'hui en possession de près de 180 ogives chacun. La prolifération contemporaine ne passe pas seulement par l’entrée de nouveaux acteurs dans le club nucléaire ; elle se manifeste surtout par l’élargissement qualitatif et quantitatif des arsenaux existants, dans un contexte de traités fragilisés. Les pays dotés sont de moins en moins transparents sur leurs stocks, sur leurs plateformes de lancement, sur leur doctrine d’emploi. 

Les appels au désarmement de l’Église catholique restent sans effet en dehors du monde chrétien, l’arme nucléaire étant perçue comme une assurance-vie pour se protéger de ses voisins et comme un levier de puissance pour être écoutée sur la scène mondiale.  

Changement de doctrine

Cette augmentation du stock s’accompagne d’un changement de doctrine dans l’usage de l’arme. La diffusion de missiles à double capacité brouille la lisibilité de l’arme. L’usage de plateformes de lancement mobiles rend plus difficile la détection ; l’idée que l’arme puisse être utilisée de façon préventive, et non pas en réponse à une attaque, rend plus incertaine la dissuasion.  

191 pays ont à ce jour ratifié le traité de non-prolifération, alors même que la prolifération se poursuit en toute impunité. Ce qui crée un sentiment de frustration parmi les pays non-dotés qui ont l’impression de se faire avoir en refusant d’eux-mêmes d’accéder à l’arme alors que ceux qui l’ont accroissent leurs stocks. En cas d’usage de l’arme, les pays non-dotés seraient ainsi en cruelle infériorité et soumis au bon vouloir de la protection d’un État plus puissant. 

L’arme nucléaire n’est pas la normalité

Quatre-vingts ans après Hiroshima et Nagasaki, l’arme nucléaire est toujours vue comme un levier de puissance et un bouclier de sécurité. Est-ce que les appels au désarmement sont pour autant un échec ? Non, car, même s’il n’y a pas de désarmement, ils ont permis d’éviter une prolifération plus grande et ils servent surtout à ne pas banaliser la prolifération et l’usage. L’arme nucléaire demeure une arme à part, et le combat moral pour le désarmement continue de la nimber dans une forme de tabou dont on ne parle qu’avec prudence. Le rôle des papes est là : rappeler que l’arme nucléaire n’est pas la normalité, que son emploi est une mauvaise chose et qu’une société idéale est une société sans arme nucléaire. Même si la cité idéale ne sera jamais en application sur Terre.

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