L'Église catholique au Nicaragua continue d'être persécutée, mais cette persécution pourrait bientôt s'opérer dans le silence le plus complet. Les données relatives aux attaques subies par les paroisses et diocèses semblent de plus en plus difficiles à récolter par peur des représailles, alerte ainsi le dernier rapport publié le 27 août par l'avocate nicaraguayenne Martha Patrica Molina.
L'Église catholique au Nicaragua semble prête à être réduite au silence. C'est ce que dénonce Martha Patrica Molina, avocate nicaraguayenne, à l'occasion de la sortie de la septième édition de son rapport sur la persécution des chrétiens au Nicaragua ce 27 août. Celui-ci indique une diminution des signalements d'attaques contre l'Église catholique par rapport aux années précédentes. Mais ce qui s'apparente comme une bonne nouvelle pourrait bien être un leurre, alerte le rapport, qui attribue en fait cette diminution à l'installation progressive d'une culture du silence. "Les chefs religieux restent silencieux par crainte de représailles", déclarent ainsi les auteurs.
Ainsi, en 2024, 32 actes hostiles de la dictature Ortega-Murillo contre l'Église catholique ont été enregistrés dans le pays, contre 183 en 2024 et 321 en 2023. Un chiffre dérisoire qui semble donc biaisé, estime le rapport. "Cette baisse est due au fait que le clergé et les chefs religieux ne signalent pas les incidents en raison de la menace latente posée par l'armée et la police, et par peur que s'ils signalent, ils soient exilés ou que leurs familles subissent des représailles", a ainsi expliqué Martha Patricia Molina lors de la présentation l'étude, selon le media Confidencial.
Au total, 1.010 attaques ont été documentées contre l’Église catholique entre avril 2018 (année de l'arrivée au pouvoir de Daniel Ortega) et juillet 2025; 16.564 processions et activités religieuses ont été interdites par la police durant la même période. Ces interdictions arbitraires s'accompagnent d'expulsions régulières et sans motif sérieux. Ainsi, 302 religieux ont été exilés. L’Église s'est vue confisquer de nombreuses propriétés (36 au total), la plupart du temps pour des raisons administratives obscures, sans véritable preuve d'une quelconque entorse à la loi. Parmi elles, des universités, terres agricoles, écoles, et centres pastoraux.
Le Vatican suit avec attention
Ces attaques sont parfois particulièrement effrayantes par leur violence : certains prêtres se sont fait menacer de mort en raison de leurs homélies par des hommes masqués, chargés de susciter la terreur. Le diocèse de Matagalpa a ainsi signalé qu'un groupe d'individus cagoulés a intercepté un prêtre, lui a braqué un AK-47 sur la tête et a menacé de le tuer. "Nous allons vous tuer, car vos homélies sont du poison", ont-ils déclaré au père Vicente Martínez, curé de Santa Lucía, à Ciudad Darío. Plusieurs paroisses ont également fait l'objet de violentes attaques menant à des dégradations des édifices. Selon Martha Patricia Molina que toutes ces informations "parviennent au Vatican", qui suit de près la situation au Nicaragua. L'avocate a annoncé qu'"une copie physique du rapport parviendra au pape Léon XIV en septembre prochain", d'après le média Confidencial;
Dans un pays pourtant majoritairement chrétien, "l'Église est un caillou dans la chaussure" de Daniel Ortega, déclarait ainsi en janvier 2024 l’avocate exilée Martha Patricia Molina à Aleteia. Le président Daniel Ortega et sa femme Rosario Murillo, issus du mouvement sandiniste, ont lancé depuis 2018 une surenchère autoritaire, effaçant progressivement toute liberté de culte. En janvier 2025, un rapport du Centre européen pour le droit et la justice épinglait cette répression, alertant sur une stratégie gouvernementale cherchant à "éradiquer l’influence spirituelle des Églises chrétiennes au profit d’une idéologie politique prônant le culte du régime sandiniste".












