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Streamer humilié jusqu’à la mort : le drame Raphaël Graven, miroir d’une société en perte de repères

Raphaël Graven alias "Jean Pormanove".

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Cécile Séveirac - avec AFP - publié le 27/08/25
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Après la diffusion en direct du décès du streamer Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, sur la plateforme australienne Kick, le parquet de Paris a ouvert mardi 26 août une enquête pour "fourniture de plateforme en ligne illicite". Ce drame relance le débat sur la régulation des contenus violents et le respect de la dignité humaine à l’ère numérique.

Le parquet de Paris a ouvert mardi 26 août une enquête après la diffusion de la mort en direct du streamer Jean Pormanove par la plateforme australienne Kick. Le gouvernement a annoncé son intention d'attaquer l'entreprise pour "manquement".

La nouvelle investigation a été ouverte "du chef de fourniture en bande organisée de plateforme en ligne illicite", pour déterminer notamment si Kick a diffusé "en connaissance de cause" des "vidéos d'atteintes volontaires à l'intégrité de la personne", a précisé la procureure de Paris Laure Beccuau, dans un communiqué.

Raphaël Graven, 46 ans, connu sous le pseudo Jean Pormanove, est décédé près de Nice (sud-est) lors d'une diffusion le 18 août après plus de 12 jours de direct. Suivie par près de 200.000 personnes, la chaîne montrait le streamer depuis des mois se faire martyriser, insulter, frapper, menacer ou encore tirer dessus sans protection avec des projectiles de paintball. Une autopsie menée le 21 août a écarté dans un premier temps toute intervention d'un tiers dans son décès.

Déchaînement de violence

Les enquêteurs veulent également chercher à déterminer si la plateforme australienne respecte la réglementation européenne sur les services numériques (DSA), qui impose aux plateformes et hébergeurs d'agir lorsque leur sont signalés des contenus potentiellement illicites. Ses responsables encourent une peine de 10 ans de prison et 1 million d'euros d'amende.

Les participants et leurs avocats ont néanmoins qualifié cette humiliation quotidienne de "fiction scénarisée" par "de très bons amis". Ces contenus diffusés sur la plateforme rapportaient plusieurs milliers d'euros par mois aux streamers impliqués, via des abonnements ou des dons versés en direct : lors de la mort de Raphaël Graven, une cagnotte de 36.000 euros avait ainsi été collectée, a indiqué mardi la ministre déléguée au Numérique Clara Chappaz.

Le cas de Jean Pormanove n'était pourtant pas tout à fait inconnu. Mediapart avait notamment publié un article en décembre 2024 qui dénonçait les actes de violences subis par le streamer, sans pour autant provoquer la saisine de l'Arcom par les autorités. L'instance de contrôle avait elle-même expliqué dimanche 24 août qu'elle n'avait pas pu intervenir dans la mesure où Kick était établi à Melbourne, en Australie. "Une nouvelle phase dans la régulation du numérique est aujourd'hui nécessaire, pour qu'on ne puisse plus, collectivement, passer à côté d'une telle situation", a plaidé son président Martin Ajdari.

La loi du plus fort

Une situation qui interroge surtout sur l'étrange retour en arrière opéré par une société avide de "progrès". Regarder un homme mourir à petit feu en direct, derrière son écran, dans un déchaînement sans fin de sévices, pose la question essentielle du respect de la dignité humaine. "Du pain et des jeux" : le temps où le peuple se délectait des exécutions sommaires, dans les arènes au temps de l'Empire romain, sur les places publiques au Moyen Âge ou à la Révolution, n'est semble-t-il pas si éloigné. Au-delà de la violence endurée par Raphaël Graven, qui aurait déjà dû suffire à alerter avant qu'il ne soit trop tard, l'appétit malsain pour ce genre de contenus laisse songeur, témoin d'un sadisme à peine déguisé. Et surtout, du manque cruel de Dieu. La doctrine sociale de l'Église le rappelle : l'homme n'est pas "quelque chose", mais une personne créée à l’image de Dieu, c’est-à-dire à l’image des trois personnes de la Sainte Trinité, le Père, le Fils, et l’Esprit Saint, unies dans l’amour.

La personne a donc un prix inestimable, d’où la nécessité absolue du respect de sa dignité, d’origine divine, transcendante. C'est pourquoi l'Église catholique plaide pour cette dignité humaine, du commencement jusqu'à sa fin naturelle. Dans Dignitas infinitas, déclaration doctrinale publiée par le Vatican le 8 avril 2024, elle avait justement alerté sur la "face sombre" du progrès des technologies numériques, soulignant que "le monde numérique est aussi un espace de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence". Elle avait mentionné spécifiquement le "cyber bizutage", et appelé à une grande vigilance quant à l'utilisation d'Internet.

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