Le retour de l’antisémitisme en France ravive la mémoire de l’engagement des catholiques en faveur des juifs persécutés. Les avons-nous oubliés ? se demande notre chroniqueur Jean-Étienne Rime.
En notre siècle de mémoires, aurait-on imaginé de revoir surgir cet antisémitisme affiché ? Aurions-nous prévu cette ségrégation croissante, la peur de s’afficher, des attentats, des exactions ignobles ? Et pourtant, voici l’actualité qui nous est offerte presque chaque jour où les atteintes aux religions sont croissantes. Notre Église catholique, les chrétiens en général sont aussi visés et nous devons nous mobiliser, agir et réagir face à ces actes barbares. C’est un vrai sujet tous les chrétiens, nous l’avons déjà abordé et nous y reviendrons.
Des comportements courageux
En ce qui concerne la "question juive", il faut faire appel à l’histoire récente. Voici moins d’un siècle, la vague de l’Allemagne nazie déferlait sur la France, et les prêtres, les religieux, les catholiques en général se sont manifestés par des comportements courageux, exemplaires. Impossible de citer toutes les personnalités ou les anonymes qui ont tendu la main, caché des familles, pris la parole pour dénoncer les crimes. Évoquons tout de même quelques personnalités parmi tant d’autres qui ont agi hier et comptent aujourd’hui dans notre culture et notre conscience.
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Mgr Angelo Roncalli, futur Jean XXIII, fournissait des faux certificats de baptême aux juifs lorsqu’il était nonce en Turquie. Le père Marie-Benoît, moine capucin né à Angers, réussit à sauver environ 4.500 juifs ; il compte parmi les justes parmi les nations. Pie XII, bien que faussement décrié avec la pièce le Vicaire dont inexactitudes et incohérences sont aujourd’hui reconnues, a été salué pour son action déterminante par Golda Meir : "Pendant la décennie de terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du Pape s’est élevée pour condamner les persécuteurs et invoquer leur pitié envers les victimes." Il mérite d’être proclamé Juste parmi les nations a déclaré le Grand Rabbin de New-York, David Dalin.
Vivants dans nos mémoires
Parmi les évêques français, l’archevêque de Toulouse Mgr Jules Saliège publie, au risque de sa vie, une condamnation vive et courageuse qui a contribué à sauver des enfants : il ordonne la lecture publique le 23 août 1942 dans son diocèse d'une lettre pastorale restée célèbre disant que "les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes… Tout n'est pas permis contre eux… Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d'autres. Un chrétien ne peut l'oublier." On ne les compte plus, ces évêques, prêtres, laïcs engagés qui se sont levés pour sauver des vies, des hommes, des femmes, des enfants dont le seul crime était d’appartenir à une confession condamnée par la folie meurtrière des nazis.
Comme ils ont été courageux, comme ils ont porté leur croix avec force, dignité ! Ils sont vivants dans nos mémoires, des modèles pour les siècles. Les avons-nous oubliés ?
Né juifs, baptisés catholiques
Souvenons-nous aussi de ces juifs qui se sont convertis et ont témoigné avec force et hauteur, jusqu’à donner leur vie comme Édith Stein, sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, carmélite dont saint Jean Paul II saluait l’importance à Cologne le jour de sa béatification : "Inclinons-nous profondément devant ce témoignage de vie et de mort livré par Édith Stein, cette remarquable fille d'Israël, qui fut en même temps fille du Carmel et sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, une personnalité qui réunit pathétiquement, au cours de sa vie si riche, les drames de notre siècle." Canonisée en 1998, elle est aujourd’hui copatronne de l’Europe avec sainte Brigitte de Suède. Rappelons aussi l’engagement et le témoignage toujours vivant du cardinal Jean-Marie Lustiger dont la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris permet à nouveau de lire la plaque le commémorant : "Je suis né juif. J’ai reçu le nom de mon grand-père paternel, Aron. Devenu chrétien par la foi et le baptême, je suis demeuré juif comme le demeuraient les Apôtres. J’ai pour saints patrons Aron le Grand Prêtre, saint Jean l’Apôtre, sainte Marie pleine de grâce." Qu’en conclure ? La mémoire dicte nos engagements d’aujourd’hui.












