Les détenus chrétiens et hindous au Pakistan subissent violences, discriminations et conditions de détention inhumaines, dénonce un rapport de la Commission nationale Justice et Paix publié le 15 août. Le document alerte sur une surreprésentation des minorités dans les prisons et appelle à une réforme urgente du système pénitentiaire.
Les prisonniers issus des minorités religieuses au Pakistan, principalement chrétiens et hindous, subissent des abus et discriminations aggravés par leur foi, selon un rapport intitulé Espérance derrière les barreaux, publié par la Commission nationale Justice et Paix (CNJP) de la Conférence épiscopale pakistanaise le 15 août 2025. Ce document, fruit de trois années de recherche, dénonce "le traitement inhumain infligé aux détenus chrétiens" et les conditions de détention particulièrement difficiles pour les minorités. L'étude, menée entre mai 2023 et mars 2025, se base sur le témoignage de dix prisonniers, dont huit chrétiens, un hindou et un ahmadi.
128 prisons sont en activité au Pakistan. Leur capacité est d'environ 66.000 détenus, mais le rapport fait état d'une surpopulation carcérale avec plus de 102.000 détenus incarcérés. Les chiffres concernant la part de non-musulmans restent flous. Le département pénitentiaire du Pendjab recense ainsi 1.180 détenus non musulmans dans plusieurs établissements, mais, selon un ancien prisonnier, la seule prison de Kot Lakhpat à Lahore hébergerait à elle seule plus de 500 chrétiens. Les minorités, qui représentent 5 % de la population pakistanaise, seraient largement surreprésentées en détention, laissant entrevoir "une possible distorsion systémique du système judiciaire", souligne le rapport.
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Le texte rappelle aussi les préoccupations exprimées par l’ONU lors de la révision du respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (octobre 2024) : surpopulation, manque d’eau potable, soins insuffisants. "Ces problèmes touchent de manière disproportionnée les détenus issus de communautés minoritaires", insiste la NCJP.
Urgence d'une réforme du système pénitentiaire
Le rapport pointe également l'injustice dans la remise de peines. Il souligne ainsi que les prisonniers musulmans bénéficient de remises de peine lorsqu’ils accomplissent certains actes religieux comme la mémorisation du Coran ou la bonne pratique du jeûne du Ramadan. Au Pendjab, en 2022, 2023 et 2024, 1.653 prisonniers musulmans auraient bénéficié de remises de peine pour des motifs religieux. Si en théorie de telles remises de peine sont prévues par les prisons pour les chrétiens ou les hindous (mémorisation de la Bible, ou de la Geeta), dans les faits, aucun prisonnier n'a pu recevoir de remise de peine. Une rupture d'égalité de traitement que fustige la CNJP.
Les témoignages recueillis font état de discriminations, de harcèlement verbal et parfois physique de la part d’autres détenus ou du personnel pénitentiaire, allant jusqu’à l’attribution de tâches dégradantes aux prisonniers identifiés comme chrétiens ou hindous. "Les prisonniers sont contraints de dormir à même le sol, dans des espaces insalubres, infestés de vermine, et manquent d’ustensiles pour manger", témoigne ainsi Zakria John, injustement accusée d'avoir pris par à un lynchage de deux musulmans. "Nous avons été détenus dans une ancienne salle de patients tuberculeux, sans accès à l’hygiène, sans produits de première nécessité, et avec une nourriture insuffisante", assure-t-elle encore.
1,6% de chrétiens
Face à cette situation, la Commission appelle le gouvernement fédéral et les provinces à instaurer des mécanismes contre la discrimination en prison, à garantir l’assistance juridique et l’accès à l’éducation pour les minorités, ainsi qu’à offrir des espaces de culte. Elle réclame enfin une réforme en profondeur du système pénitentiaire pakistanais.
Les chrétiens représentent la deuxième minorité religieuse du Pakistan après les hindous, soit 1,6% de la population sur les 97% de musulmans — en majorité sunnites —. Considérés comme des citoyens de seconde-zone, isolés de la société et discriminés juridiquement et économiquement, ils vivent dans une grande pauvreté et subissent de plein fouet l'application de la loi "anti-blasphème" qui conduit régulièrement à la condamnation d'innocents.












