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“La rue m’a appris l’humilité” : Andrew, bénévole au Secours catholique

Andrew N'guyen avec Nicolas, sans-abri à Toulouse.

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Cécile Séveirac - publié le 24/08/25
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À 68 ans, Andrew N’Guyen refuse le confort et l’immobilisme : il a choisi de partager pendant plus de 8 mois la vie des sans-abri pour comprendre leur détresse de l’intérieur. Ancien infirmier et aujourd’hui coordinateur au Secours catholique à Toulouse, il se dépense sans compter pour recréer du lien et redonner espoir à ceux qui n’en ont plus.

Andrew N'Guyen a 68 ans, mais son énergie bouillonnante donne raison au général Douglas MacArthur. "La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, (...) une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort." Ce confort, Andrew ne l'aime pas. Il s'efforce même de le mépriser. Au point de l'envoyer valser pendant huit mois afin d'aller dormir de lui-même dans la rue, comme les 350.000 personnes qui vivent sans-domicile en France. "Je voulais comprendre ce que vivent ceux qu'on appelle les "SDF", et expérimenter cet isolement dans ma chair", explique-t-il à Aleteia.

Coordinateur du pôle errance du Secours catholique à Toulouse, où il dirige une équipe de 125 bénévoles, ce retraité s'est toujours mis au service des autres en étant d'abord infirmier. Bénévole depuis plus de huit ans, il ne compte pas ses heures : ses journées débutent à 5h30, et se terminent souvent passé minuit. Ce rythme qu'une grande majorité trouverait éreintant ne décourage pourtant pas Andrew. "Je ne peux pas faire autrement. La misère est partout et elle est grande, j'ai le temps de me démener pour eux alors je le fais", dit-il simplement.

C'est cette envie de servir qui le pousse, en 2016, à faire un choix radical, presque fou : quitter sa vie bordelaise pour rejoindre les rues de Toulouse. Pendant presque un an, Andrew se glisse dans la peau d'un sans-abri, muni d'un unique sac-à-dos : il endure les nuits dehors, le vol de ses affaires, la violence aussi bien physique que psychologique qui règne dans le monde de la rue. "J'ai pris une claque. La rue m'a appris l'humilité", témoigne-t-il. "Je me suis rendu compte de la futilité du monde dans lequel je vivais. La course à la construction de sa maison, de sa piscine, l’achat de deux voitures… tout ça ne sert à rien lorsqu'on sait que d’autres personnes vivent dans des conditions dramatiques", lâche Andrew.

Créer du lien

Au Secours Catholique, Andrew s'efforce de "redonner aux SDF le pouvoir d'agir". "Nous sommes là pour créer du lien, pas uniquement distribuer du café ou des sandwichs", souligne-t-il. "J'essaie d'instaurer avec les sans-abri une relation de confiance. De leur proposer autre chose que la picole ou la drogue... C'est trivial dit comme ça, mais on veut leur donner les moyens de poursuivre quelque chose qui les dépasse. Tout le monde devrait avoir le droit à ça". Les aider à trouver du travail, un toit... Et la foi. Chaque semaine, Andrew anime des temps spirituels avec des sans-abri, qui demandent souvent le baptême : Andrew est le parrain de sept d'entre eux !

Rien ne nous est dû.

"Ma foi catholique est un héritage et un refuge", confie-t-il ainsi. Arrivé en France avec ses parents, après la guerre du Vietnam, il puise sa volonté de don dans son histoire, faite d'exil et d'intégration. "Nous avons été accueillis et on nous a tendu la main. Je me suis toujours juré que je rendrai tout ce qui m'a été donné". Si la tâche est lourde, parfois décourageante, Andrew se réfugie dans une église. "Je vais m'agenouiller et prier un peu. Quand je me sens surchargé, dépassé par l'ampleur de la misère et de la détresse qui m'entourent, coupable de dormir au chaud... Je vais confier tout ça à Dieu. Et parfois, des idées, des solutions me viennent, et je sais que ça vient de Lui." Cette misère, rappelle Andrew, peut toucher n'importe qui. "Tout le monde peut sombrer, personne n'est intouchable. Dernièrement j'ai vu un docteur, ou encore un professeur, dormir dans leur voiture. Les primo-arrivants dans la rue sont quotidiens. Rien ne nous est dû."

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