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L’île des prêtres oubliés, martyrs de la Terreur

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Pèlerinage à l'ïle Madame.

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Elisabeth Bonnefoi - publié le 21/08/25
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C’est probablement le plus grand cimetière de prêtres au monde. Ce 22 août, des pèlerins doivent se rendre à marée basse sur l’île Madame en Charente-Maritime pour se recueillir à l’endroit où 254 prêtres furent ensevelis pendant la Terreur.

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L’île Madame compte bien plus de prêtres que d’habitants à l’année. Située dans l’estuaire de la Charente, au large de Rochefort, l’île Madame est une île quasiment déserte, entourée de carrelets pour la pêche. Une ferme aquacole avec une famille de jeunes agriculteurs, un camping et une dizaine de résidences secondaires, c’est tout. Rattachée au continent par la Passe-aux-Bœufs, l’île est accessible uniquement à marée basse.

Rattachée au continent par la Passe-aux-Bœufs, l’île est accessible uniquement à marée basse.

Aller sur l’île Madame est une expérience de détachement. Il faut compter une demi-heure de traversée à pied pour découvrir ce havre de paix. À peine arrivé, le voyageur aperçoit dans un champ, à même le sol, une immense croix de galets blancs. Pendant plus d’un demi-siècle, le martyr des 254 prêtres réfractaires morts en 1794 sur cette île avait disparu de la mémoire locale. En 1863, un prêtre surprend un paysan agenouillé dans un champ et apprend qu’il vénère de véritables saints.

Il a fallu attendre 1910 pour que ce champ, où l’on a trouvé des corps étendus en croix face contre terre comme un jour d’ordination, devienne un lieu de recueillement. Chaque année, au mois d’août, le diocèse de La Rochelle organise un pèlerinage avec une procession suivie d’une messe. Chaque pèlerin apporte son galet à la croix, symbole d’abandon à Dieu.

Il y a 30 ans, le 1er octobre 1995, soit 200 ans après leur mort, le pape Jean Paul II a béatifié 64 prêtres déportés de l’estuaire de la Charente, dont on a trouvé le témoignage de l’acceptation de leur martyre. Certains sont enterrés à l’île d’Aix, d’autres ici comme le vicaire général du diocèse de La Rochelle, le curé de Marsac (Creuse), un moine cistercien de l’abbaye de Sept-Fons (diocèse de Moulins), un chanoine de Saint-Brieuc ou un frère des Écoles chrétiennes de Nancy.

L’enfer des pontons de Rochefort

Retour sur cette page méconnue de l’histoire de l’Église en France. La Constitution civile du clergé (1790) oblige les prêtres à prêter serment à la République, ceux qui refusent sont des prêtres réfractaires. Ils doivent dire leur messe dans la clandestinité. Ils sont d’abord arrêtés, emprisonnés, puis conduits par milliers, à Rochefort, à Nantes et à Bordeaux où ils attendent sur les pontons d’être déportés. À Rochefort, au printemps 1794, 829 prêtres réfractaires sont entassés dans deux navires-prisons en partance pour la Guyane. Seulement, la flotte anglaise bloque l’accès à l’océan, les navires ne quitteront jamais l’estuaire de Rochefort. Les malades mourront ici sur l’île Madame qui leur offrit un hôpital d’infortune.

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Vierge des prêtres martyrs.

L’île Madame avait été renommée "île Citoyenne" pendant la Révolution, les prêtres la rebaptisèrent entre eux « île Notre-Dame ». Dans le sanctuaire de Port-des-Barques face à l’île Madame, dans l’église Saint-Martin de l’île d’Aix et dans celle de Saint-Martin-de-Ré sur l’île de Ré, on lit désormais le nom des centaines de prêtres déportés martyrs de l’estuaire de la Charente et celui de leurs 35 diocèses d’origine. Requiescant in pace.

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