"Un jour la troupe campa… " dit la chanson, qui ne précise pas ce qui paraît évident : les scouts dormirent ce jour-là, malgré la pluie, sous la tente. Une pratique que l’été rend propice, dans le cadre du scoutisme, donc, ou lors de randonnées par exemple. Ce qui pourrait paraître anodin, s’assoupir sous une toile, désormais très évoluée, a cependant une forte puissance évocatrice pour le lecteur de la Bible. Voici un petit parcours pour ne plus planter ou démonter la tente de la même manière.
Si cet habitat précaire qu’est la tente est si présent dans l’Écriture, c’est bien sûr parce qu’il fait partie de la culture du peuple hébreu et de leurs voisins. Sur ces terres chaudes, la tente permet de protéger du soleil lorsque l’on n’occupe pas sa maison. Très prosaïquement, Abraham est ainsi "assis à l’entrée de la tente [à] l’heure la plus chaude du jour" quand il voit "trois hommes" qui se tiennent debout près de lui et devant lesquels il se prosterne. Cet épisode (cf. Gn 18), connu sous le nom d’"hospitalité d’Abraham" et représenté sur la fameuse icône de Roublev, a été lu par la tradition chrétienne comme une préfiguration : la Trinité vient visiter son peuple.
Dieu au milieu de son peuple
Il en est de même de la fameuse "tente de la Rencontre" qui protège l’arche d’Alliance tout au long de l’Exode : Dieu y habite, Dieu et l’homme s’y côtoient. Ce sanctuaire mobile, très précisément commandé par le Seigneur (cf. Ex 26) accompagne le peuple hébreu dans sur sa route et le Créateur, dans sa délicatesse, accepte de vivre au milieu des créatures qu’il ne délaisse pas dans leurs pérégrinations (cf. Ex 33). Cette demeure de Dieu devient ensuite le Temple, malgré les réticences du premier concerné (cf. 2 Sa 7), "le Seigneur, qui annonce qu’il fera lui-même une maison" à son peuple. Tel est effectivement le risque : que la créature mette la main sur le Créateur en le fixant dans un lieu, qu’il oublie que rien ne vient de lui mais qu’il reçoit tout. Et la tente a cet avantage qu’elle est légère et chancelante, obligeant celui qui dort sous sa protection à abandonner sa prétention à la toute-puissance.
Le même enseignement est donné dans le Nouveau Testament au moment de la Transfiguration (cf. Mt 17, 1-13 ; Mc 9, 2-13 ; Lc 9, 28-36). Pierre, qui perçoit qu’il est "bon d’être ici", en présence du Ressuscité préfiguré dans sa blancheur, voudrait arrêter le temps en dressant trois tentes, pour Jésus, Moïse et Élie. Le premier des apôtres n’a pas encore compris que le Fils de Dieu lui-même réalise en son corps les prophéties de l’Ancienne Alliance. Comme le dit Jean en son prologue, si l’on traduit littéralement, "le Verbe s’est fait chair, et il a dressé sa tente parmi nous" (Jn 1, 14). Voilà le mystère de l’Incarnation, de Dieu qui vient définitivement et pleinement partager la condition chancelante, comme la toile, de tous les hommes.
Où voulons-nous dresser pour toujours notre tente ?
Plus encore, le Christ, par la Résurrection, a planté une tente auprès du Père, dans le Ciel, pour tous ceux qui voudront bien le suivre. Comme lieu d’habitation, la tente de Dieu n’est en effet rien d’autre que le Paradis lui-même. Ainsi le chef scout demande-t-il, dans cette belle prière, de "conduire [s] a patrouille d’étape en étape, jusqu’à […] Dieu, dans le camp de repos et de joie où [il a] dressé [sa] tente et la nôtre pour l’éternité." Mais "qui séjournera sous ta tente", s’interroge le psalmiste ? Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur" (Ps 14, 1-2). Mais où voulons-nous pour toujours monter la tente de notre existence ?










