La République démocratique du Congo (RDC) est enfermée dans une spirale de violence qui paraît sans fin. Les causes en sont multiples. Dans les régions de l’est du pays s’affrontent différents groupes armés, dont certains sont soutenus par le Rwanda. Volonté d’autonomie pour certains, de contrôle des ressources minières pour d’autres, vengeances ethniques sans fin, les massacres se suivent et avec eux leurs lots de morts.
L’attaque contre l’église de Komanda
Le massacre de Komanda, au nord-est de la RDC, s’est déroulé dans la nuit du 27 juillet. Une trentaine de personnes ont été assassinées par le mouvement ADF (Forces Démocratiques Alliées), rattaché à l’État islamique. Le choix du lieu de l’attaque et les personnes visées ne doivent rien au hasard. Ces personnes faisaient partie du mouvement de la Croisade eucharistique. Elles étaient venues à Komanda pour célébrer le 25e anniversaire de l’implantation de ce mouvement dans la région. Après une journée de fête et de commémorations, plusieurs participants ont dormi dans une salle paroissiale, située non loin de l’église. C’est là, dans la nuit, que les milices armées de l’ADF ont lancé leur attaque et massacré les chrétiens. Cette guerre religieuse vise à terroriser les chrétiens et à prendre le contrôle de la région alors que les ADF reculent ailleurs, dans l’est du pays. L’attaque de Komanda s’inscrit en effet dans un mouvement militaire plus large où les ADF sont repoussées par les forces militaires ougandaises.
L’ADF et la tectonique des violences
Les Forces démocratiques alliées ont été fondées en 2021 par d’anciens rebelles ougandais. À l’origine, elles semaient la terreur en Ouganda, mais sont désormais en repli sous l’effet de l’action de l’armée ougandaise. De ce fait, loin de disparaître, elles ont déplacé leur champ d’action en RDC, dans la région de l’Iturie, malgré le déploiement des armées ougandaises et congolaises. En juillet, ce sont une trentaine d’attaques qui ont été recensées dans cette région, ce qui témoigne de la relative inefficacité de la lutte contre les ADF. Leur ralliement à l’État islamique est idéologique, mais aussi pragmatique : cela leur permet de disposer d’une dimension mondiale, d’un soutien logistique et de financements.
Le massacre des civils de Komanda est purement gratuit : la plupart des personnes assassinées ne sont pas de cette région et venaient uniquement pour le jubilé. Il vise à semer la terreur, à paniquer les populations civiles, à montrer la détermination des ADF et leur capacité à frapper sur le territoire congolais. Rien ne fut choisi au hasard : les catholiques visés, le moment, le lieu, pour transformer en jour de deuil ce qui était un moment de joie. Ce massacre, après tous les autres, témoigne aussi de l’incapacité du gouvernement congolais à assurer la sécurité de ses marges et notamment de l’Iturie. Elle fragilise le pouvoir de Kinshasa, alors même que la RDC est tiraillée par de nombreuses forces centrifuges.
2025 : une année sanglante
Depuis le début de l’année, les meurtres et les massacres ne cessent de s’accumuler en Iturie, au Kivu et dans l’est de la RDC, où déjà près de 8 millions de personnes ont été déplacées. En février, les mêmes ADF avaient déjà commis un massacre dans le village de Mayba, où près de 70 chrétiens avaient été décapités à la machette. Le même mois, et sans rapport avec les attaques ADF, c’est le village de Djugu qui était attaqué par des groupes armés, avec là aussi des tueries, des incendies, des viols. À quoi s’ajoutent les nombreuses attaques du M23, un mouvement sécessionniste qui ne cesse de harceler les villages et d’attaquer les civils.
Au-delà de ces massacres en série, le plus désespérant est l’impuissance des autorités locales et internationales à y mettre un terme, comme si une fatalité de la guerre et des crimes s’était abattue. Aucune issue n’est pour l’instant en vue, même si des accords sont en cours de négociation entre la RDC et le Rwanda. Les civils espèrent que ces négociations vont permettre de faire cesser le contentieux existant entre Kigali et Kinshasa et que la RDC puisse ensuite retrouver une marge de manœuvre pour mettre un terme aux exactions des groupes armés et ainsi assurer la sécurité des populations civiles. En attendant, le sang continue de couler à Komanda et ailleurs.










