Le cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie – qui exerce une juridiction sur les associations internationales de fidèles – a accepté le 31 juillet 2025 la démission du modérateur général de la Communauté de l’Emmanuel, Michel-Bernard de Vregille. Cette décision a été officialisée une semaine plus tard car cette communauté, qui avait annoncé en mars dernier faire prochainement l’objet d’une visite apostolique. Interrogé par I.Media, le Vatican n’a pas souhaité communiquer sur cette décision, en laissant la pleine responsabilité à la Communauté de l’Emmanuel.
Ce n’est que le 7 août 2025 que la Communauté de l’Emmanuel a officialisé la démission avec effet immédiat, le 31 juillet dernier, de son modérateur général, Michel-Bernard de Vregille. Ce biologiste de 64 ans, marié et père de six enfants, occupait cette responsabilité depuis 2018, et avait été réélu en 2023 pour un second mandat qui aurait dû s’achever en 2028.
Les abus causés par des membres et certains aveuglements qui ont pu nuire à notre efficacité pour entendre les personnes victimes ont été pour moi la source d’une profonde tristesse.
Dans une lettre adressée aux plus de 12.000 membres de la communauté, Michel-Bernard de Vregille indique que ce début de ce second mandat a été "particulièrement éprouvant". "Les abus causés par des membres et certains aveuglements qui ont pu nuire à notre efficacité pour entendre les personnes victimes ont été pour moi la source d’une profonde tristesse", reconnaît-il.
Son courrier ne cite aucun nom, mais la révélation d’abus sexuels sur des femmes majeures commis par le père Bernard Peyrous, ancien recteur du sanctuaire de Paray-Le-Monial de 2009 à 2014 et figure théologique de référence, a profondément secoué la Communauté de l’Emmanuel.
Un ancien prêtre désormais renvoyé de l’état clérical, Benoît Moulay, a par ailleurs été accusé de viols par deux femmes, au Mans et à Rennes. En octobre 2024, la Communauté de l’Emmanuel a annoncé avoir conclu un accord financier avec ces deux femmes, sans en préciser le montant.
Une visite apostolique déclenchée en mars 2025
Le 6 mars 2025, Michel-Bernard de Vregille avait annoncé le déclenchement d’une visite apostolique au sein de cette association publique de fidèles reconnue par le Saint-Siège depuis 1992, afin de réviser sa gouvernance et ses "modes de fonctionnement", dans un contexte de croissance du mouvement dans des "réalités internationales très différentes".
Le modérateur général de la Communauté de l’Emmanuel expliquait alors que cette visite apostolique devait faire suite au séminaire organisé en juillet 2024 sur le thème de la gouvernance, qui avait laissé émerger des "tensions" et des "différences d’appréciation entre membres des conseils dans l’analyse et sur les améliorations qui pourraient être envisagées".
"Le conseil international et moi-même avons écrit au cardinal Jean-Marc Aveline, assistant ecclésiastique de la communauté, pour demander l’aide et le conseil de l’Église", précisait-il dans ce courrier, en indiquant que des échanges avaient également eu lieu avec le cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la vie, dont dépend la Communauté de l’Emmanuel en tant qu’association publique de fidèles.
Le cardinal américain "a estimé qu’une visite apostolique constituait la voie la plus adaptée pour répondre à la demande d’aide extérieure formulée par le modérateur général et le conseil international", annonçait Michel-Bernard de Vregille.
Cette visite apostolique n’a pour le moment pas été mise en œuvre. Ce retard est probablement lié au changement de pontificat et à la charge de camerlingue exercée par le cardinal Farrell, qui a dû assurer la conduite du gouvernement de l’Église et du Vatican entre le décès du pape François, le 21 avril dernier, et l’élection du pape Léon XIV, le 8 mai dernier.
Une gouvernement intérimaire pour un an
Le quotidien La Croix, citant des sources internes, indique que "les instances de gouvernement restent stables" et que cette démission du modérateur général est décorrélée de la visite apostolique en tant que telle. Un chargé de gouvernement intérimaire doit être élu par la communauté ce 9 août, mais son profil ne sera rendu public qu’après validation par le Vatican. La personnalité choisie devra ensuite convoquer le collège chargé d’élire le nouveau modérateur général de la communauté de l’Emmanuel dans un délai d’un an.
La Communauté de l’Emmanuel compte actuellement plus de 12.000 membres – parmi lesquels 225 personnes consacrées -, présents notamment en France, en Belgique et au Rwanda. Elle compte 275 prêtres et une centaine de séminaristes, et 10 évêques sont issus de ses rangs. À Rome, elle a notamment en charge depuis 2016 le couvent et l’église de la Trinité-des-Monts.
L’un des fondateurs de la Communauté de l’Emmanuel, Pierre Goursat (1914-1991), a vu récemment l’héroïcité de ses vertus reconnue par le dicastère pour les Causes des saints. L’identification formelle d’un miracle attribué à son intercession pourrait donc ouvrir la voie à sa béatification.









