Les images ont fait le tour des médias et enflammé les réseaux sociaux : un homme se penche sur la tombe du soldat inconnu à Paris, sous l'Arc de Triomphe, afin d'allumer sa cigarette. Interpellé le lendemain, mardi 5 août, le suspect de nationalité marocaine et déjà bien connu des services de police a reconnu les faits en garde à vue. Pourquoi ce fait divers suscite-t-il une telle indignation ? La Flamme de la Nation, autrefois appelée Flamme sous l’Arc de Triomphe, brûle en permanence depuis le 11 novembre 1923, sur la "tombe du soldat inconnu", qui abrite le corps d’un soldat non identifié, tombé pendant la Première Guerre mondiale, choisi pour représenter tous ceux qui sont morts pour la France sans sépulture connue. Chaque soir à 18 h 30, sans exception depuis 1923, la Flamme de la Nation est ravivée lors d’une cérémonie solennelle. Un geste loin d'être anodin, rappelle à Aleteia le général de corps d'armée Christophe de Saint Chamas, gouverneur des Invalides, qui est depuis mars 2022 le président de l'association "La Flamme sous l'Arc de Triomphe, Flamme de la Nation" : "Le ravivage de la flamme est un geste profondément incarné : il nous relie à notre histoire, à notre culture, à notre terre".
Aleteia : La Tombe du soldat inconnu a été profanée le 4 août par un geste d’apparente désinvolture. Que vous inspire un tel acte et que révèle-t-il de notre époque ?
Général Christophe de Saint Chamas : Était-ce de l’ignorance ou une provocation délibérée ? Je ne sais pas. Mais ce geste me sidère. Ce qui me frappe, c’est le décalage culturel profond que révèle cet acte. Il semblerait que la personne mise en cause soit d’origine marocaine. Or, on oublie trop souvent que de très nombreux Nord-Africains ont donné leur vie pour la France. Ce geste témoigne donc à la fois d’une ignorance tragique, d’un effacement des repères, ainsi que d’une perte des codes les plus élémentaires du respect. Il faut donc rappeler ce que symbolise cette flamme, la flamme de la Nation : il s'agit d'un hommage rendu, à l’origine, aux soldats morts pendant la Première Guerre mondiale, et qui est devenu, par extension, un hommage à tous nos morts pour la France. Aujourd’hui, ce geste de ravivage signifie à la fois notre reconnaissance envers ceux qui sont tombés, notre respect pour nos blessés, et notre soutien à nos soldats d’aujourd’hui, qui ont signé le même contrat d’engagement que leurs aînés. Ce n’est pas qu’un rituel militaire : des civils aussi peuvent aujourd’hui y participer, en tant que bénévoles. C’est un acte de fidélité collective.
Le ravivage de la flamme est l’un des rares moments où l’on s’exprime sans mots.
Que représente, au fond, cette tombe pour la Nation ? Pourquoi cet hommage à un soldat “inconnu” a-t-il tant de poids encore aujourd’hui ?
Parce qu’il incarne tous les autres. Ce soldat inconnu, c’est celui qui est tombé pour la patrie sans que son nom soit connu, mais dont le sacrifice englobe celui de tous les autres. Honorer sa mémoire, c’est honorer l’héroïsme de tous ceux qui nous ont précédé : ceux de 14-18, mais aussi ceux de la Seconde Guerre mondiale, d'Indochine, d'Algérie, des OPEX, de toutes les générations du feu. Le ravivage de la flamme est un geste profondément incarné : il nous relie à notre histoire, à notre culture, à notre terre. Mais c’est aussi un geste de silence et de recueillement. L’un des rares moments où l’on s’exprime sans mots. Le silence de l’Arc de Triomphe est éloquent : il dit le respect, la reconnaissance, la fidélité. Et la fidélité n’est pas une émotion passagère, c’est une attitude quotidienne. Raviver la flamme chaque soir, c’est redire chaque jour notre fidélité à ceux qui ont donné leur vie pour la terre sur laquelle nous vivons.
Dans une société qui semble parfois oublier ses morts et mépriser son passé, quel message cette flamme éternelle peut-elle encore porter ?
Un message essentiel justement : nous avons des racines. La France ne s’est pas faite en un jour : elle a une histoire, une culture, un héritage centenaires, millénaires même, et qui se sont construits sur des siècles et dans le sang versé par le courage et les sacrifices. La flamme nous le rappelle. C’est cela qu’il faut redire, et redire surtout aux jeunes générations. Et au-delà du symbole, cette flamme pose une question de fond : soutenons-nous nos soldats aujourd’hui ? Pas seulement le 11 novembre ou le 14 juillet, mais tous les jours, par exemple en soutenant le Bleuet de France ou simplement en parlant avec respect de ceux qui servent sous nos drapeaux. C’est un devoir de mémoire, mais aussi un devoir de fidélité vivante.

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