Campagne de Carême 2026
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"Je suis pèlerin de saint Martin… et je n’ai pas prévu de faire d’autres chemins", confie Christophe, 69 ans. Depuis dix ans, avec son épouse Virginie, il parcourt les sentiers tracés par ce saint dont ils ignoraient presque tout autrefois, hormis un geste légendaire : le partage du manteau avec un pauvre à Amiens. Un geste devenu pour eux une voie à suivre.
Tout a commencé par la découverte d’une fresque dans l’église Saint-Martin du Cellier, dans le département de Loire-Atlantique, suivie d’une exposition consacrée à cet évêque de Tours. De cette première rencontre visuelle est née une véritable passion spirituelle. Christophe s’est alors mis à lire, à comprendre, à méditer. "Ce n’était pas un théologien. C’était aussi un homme de prière qui a écrit sa vie sur une base simple : l'Évangile en actes", explique le retraité, touché par la vie de ce saint. Peu à peu, il découvre l’existence de la Via Sancti Martini, grande randonnée labellisée "Itinéraire Culturel d’Europe" inaugurée il y a vingt ans. Ce chemin de 2.500 km, qui s’étire de l’Est vers l’Ouest, retrace les voyages de ce saint infatigable voyageur, traversant cultures, peuples et cœurs. Christophe, qui rêvait d’arpenter les chemins de Compostelle à la retraite, a choisi de commencer par celles de saint Martin. Depuis, il ne veut plus entendre parler d’aucun autre itinéraire.
En couple sur la route du partage
Pour Virginie, en revanche, cette aventure n’était pas aussi évidente au départ. "Ce n’était pas mon truc, les grandes itinérances", confie-t-elle. Mais, voyant son mari partir seul, elle a décidé de marcher à ses côtés, non sans une certaine appréhension. "J’ai dû apprendre à lâcher prise… J’étais angoissée à l’idée de l’incertitude des lieux où nous dormirions, et je craignais de ne pas pouvoir le suivre, car il marche plus vite que moi ! Mais au fil du chemin, j’ai découvert que tout s’arrange. Il y a comme une présence de Dieu qui nous accompagne."
La vie est un peu l’archétype du chemin : en couple, il faut sans cesse s’ajuster à l’autre, faire des concessions, apprendre à pardonner.
Cheminer ensemble a également renforcé leur couple. "La vie est un peu l’archétype du chemin : en couple, il faut sans cesse s’ajuster à l’autre, faire des concessions, apprendre à pardonner. La marche nous fortifie dans cet ajustement qu’on doit faire dans notre mariage", témoigne Virginie. La marche permet aussi de faire le vide, de se recentrer. "On prie plus facilement. On récite les laudes, les psaumes…", ajoute Christophe.
Depuis dix ans, ils alternent ainsi petites et grandes randonnées. Cet été, en juillet, ils ont marché entre Bergame et Pavie en direction de Szombathely, dans les pas de saint Martin qui était retourné en Hongrie, son lieu de naissance, pour proposer le baptême à ses parents. "Nous avons parcouru 300 km en traversant des paysages magnifiques de Brescia et Padoue, mais aussi des zones urbaines denses. Ce n’est pas toujours la carte postale… Mais cela fait partie du chemin. On ne contemple pas seulement la Création, mais aussi ce que l’homme est capable de créer comme les magnifiques églises ou fresques que nous avons découvertes à Vérone.", détaille Christophe.
Sur le pas d’un saint sur la route comme dans la vie
Si les paysages sur la route sont sublimes, les rencontres le sont tout autant. "Les gens se confient facilement sur le chemin. Ils savent qu’ils ne nous reverront probablement jamais. Cela permet de parler en vérité", note Virginie. C’est ainsi qu’un jour, ils ont fait la connaissance d’un couple ayant perdu leur enfant. Pour les remercier de leur accueil, Christophe et Virginie ont décidé de faire dire une messe pour lui. "C’est notre donativo (une contribution volontaire, un don, que les pèlerins laissent souvent aux auberges, refuges, ou associations qui les accueillent sur les chemins de pèlerinage NDLR) à nous, un don qui a du sens."

Le couple, qui a six enfants et treize petits-enfants, souhaite transmettre cette passion du chemin, non pas seulement comme un effort physique, mais comme un acte de foi et de fraternité. Christophe, ancien professionnel du patrimoine culturel, est aujourd’hui vice-président de Via Sancti Martini France, rattachée au réseau européen éponyme. L’association œuvre à faire connaître ces chemins et à aider les marcheurs à s’engager dans un esprit de partage. "Nous collaborons avec diocèses, paroisses, collectivités et associations pour valoriser le patrimoine martinien", ajoute Christophe, précisant qu’en marchant sur ces sentiers, on progresse aussi dans sa foi chrétienne. Et de préciser : "Saint Martin était un évangélisateur. Il nous invite à faire de même, par de petites actions : expliquer une fresque à un pèlerin, parler de Dieu aux prisonniers, être bénévole auprès des plus démunis, accompagner des jeunes en demande de baptême…"
De Nantes à Tours, de Padoue à la France, Christophe et Virginie ont déjà parcouru près de 3.000 kilomètres. Et ils ne comptent pas s’arrêter là. De nombreux chemins les attendent encore !









