Hélène et Alexandre, jeune couple de 28 et 29 ans, viennent de passer deux ans et demi au Village de François près de Toulouse. Le village de François ? Un lieu de vie partagée pas comme les autres, dans l’ancienne abbaye Sainte-Marie du Désert, située à 35 km au nord-ouest de Toulouse. C'est là que cohabitent des familles et des personnes en situation de précarité, toutes générations confondues, dans un cadre superbe, avec une activité économique sur place et des chantiers d’insertion (maraîchage, poules pondeuses, menuiserie, hôtellerie, etc…), comme dans un vrai village. Comment ce jeune couple, qui a déjà deux petites filles, est arrivé dans ce projet à la fois humain et novateur ? "Assez naturellement", expliquent-ils en chœur à Aleteia en poursuivant : "Et avec une grande envie de vivre en couple un projet tourné vers les autres".
C’est pour leurs études qu’Hélène et Alexandre s’installent à Toulouse en 2020. Elle comme ingénieure agronome, et lui pour une thèse universitaire en mécanique des fluides. Croyants et pratiquants tous le deux, à l’époque déjà fiancés, les deux étudiants entendent chacun par un biais différent (groupe de louange et foyer dominicain), qu’un projet novateur est en train d’éclore près de Toulouse : un lieu de vie partagée dans l'ancienne abbaye Sainte-Marie du Désert, vendue par des moines vieillissants. Il faut des bras pour les travaux d’aménagements, Hélène et Alexandre se retrouvent ainsi à aider lors d’un week-end consacré au chantier en 2021. "Tout de suite, on s’est dit qu’on aimerait bien faire partie des familles qui s’installent sur place, tant le cadre est beau et porteur. Mais l’équipe nous a suggéré d’attendre un peu, et de vivre nos premières années de mariage à Toulouse, dans notre cadre quotidien." Les deux amoureux s'exécutent, mais Hélène, fraîchement diplômée, trouve comme premier emploi un travail sur le chantier d'insertion du village de François, lançant la création d’une ferme. Elle fait ainsi les allers et retours chaque jour pour y travailler.
La vie de village
Ils voient donc le projet éclore, prendre vie et se développer, et pour eux, l’envie de s’y installer à leur tour ne tarit pas. Cette fois, c’est la bonne, en 2023, suite au départ d’une des familles, ils emménagent dans un très bel appartement rénové "avec une vue incroyable". Sur place, ce sont aujourd'hui entre 60 et 80 personnes qui y vivent, "soit en appartement privé, soit en colocation" et tous partagent l’expérience d’une vie de village rural. "On se croise, on discute, on participe à des moments conviviaux, ponctuels ou organisés". Veillée de prière facultative le mercredi soir, repas partagé obligatoire le vendredi soir, une soirée en maisonnée par semaine, sans compter les rencontres en rentrant des courses ou la partie de pétanque après le boulot !
Sept familles, souvent des trentenaires avec des enfants en bas âge, cinq colocations solidaires (quatre d’hommes, une de femmes, de 6 à 8 personnes), une dizaine de studios pour accueillir des gens de passage (un jeune adulte en décrochage, un prêtre fatigué, une sans domicile fixe… ) On croise toute la société au village de François ! "Tous les profils peuvent venir, nous recevons d’ailleurs une dizaine de demandes chaque semaine, auxquelles nous ne pouvons pas toutes répondre malheureusement, malgré le très bon bouche-à-oreille et les immenses besoins. Environ une personne nous rejoint par mois, après rencontre et entretien en amont", explique le couple qui a pris conscience de la richesse de ce lieu de vie partagé, ouvert au monde, "la plupart d’entre nous travaillons à l'extérieur", et riche de ses rencontres du quotidien. "Je garderai toujours en mémoire les repas partagés dans la cour d’honneur l’été, qui se poursuivent par des discussions joyeuses jusqu’à pas d’heure. Pour moi il s’en dégage un esprit de fête de famille, où on est tout simplement heureux d’être là et de partager un bon moment ensemble", résume ainsi Alexandre.

Le village de François offre aussi une oasis de beauté et d’accueil, pour les personnes qui traversent une période difficile, des détresses physiques ou psychologiques. Elles peuvent trouver sur place, pour quelques semaines ou quelques années, un lieu pour vivre et se reconstruire, où la rencontre bienveillante est la règle. "Pas d'accompagnement spécifique ni médical ici, juste une présence bienveillante, entre voisins, et des petits conseils que l’on peut glisser au quotidien, ou une attention particulière quand un voisin ne se sent pas bien", explique encore Hélène. "Chaque famille est responsable d'une des colocations et veille à ce que tout s'y passe bien."
Changement de regard
Mais voilà qu’après deux ans et demi sur place, c’est l’heure du déménagement pour Alexandre, Hélène, le bébé qu'elle porte et leurs deux fillettes. "Une opportunité professionnelle nous emmène loin d’ici mais notre cœur y restera et des amitiés profondes et sincères aussi", explique le jeune couple qui se demande ce que ça fera de passer des soirées en tête à tête, sans rencontres impromptues ou non ! Ils ne cachent toutefois pas qu’ils comptent bien s’investir dans la vie de leur future paroisse et continuer à vivre des moments de rencontres et de prières au quotidien. "Je crois que mon regard sur les personnes ayant des addictions a profondément changé. La figure que je me peignais de "l’alcoolique", du "drogué" ou encore du "malade psychiatrique" me faisait peur. Aujourd’hui, je découvre l’ampleur de la détresse et du manque d’estime de soi dans lesquels peuvent être ces personnes qui ont en fait surtout besoin d’amour."
Fort de cette belle expérience, fondatrice pour leur vie de couple et leur vie de famille, Alexandre et Hélène n’ont qu’un seul message à transmettre : que d’autres familles ou bénévoles viennent profiter du village de François et vivre dans ce cadre unique, où la vie quotidienne est plus belle ! "Il reste quelques appartements prêts à accueillir de nouvelles familles, et même quelques studios où par exemple un prêtre qui désire une année de repos ou de césure pourrait tout à fait venir s'installer quelques mois. Histoire de dire sa messe dans l’une de nos trois magnifiques chapelles tout en se reposant d’une vie de paroisse parfois trop chronophage." Les formules d'accueil sont aussi nombreuses que variées - d'autant qu'un second village, au Château d'Audaux (Pyrénées-Atlantiques), accueille déjà quatre familles bénévoles et se prépare à recevoir jusqu'à 110 résidents- mais ce qui est certain, c’est que la richesse du village de François réside dans ses habitants, comme dans la beauté des lieux. Comme un avant-goût de ce qui fait du bien à l’âme.










