CAMPAGNE DE NOËL 2025
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L’allégresse est bien malmenée dans notre monde prompt à brider les enthousiasmes et à éteindre les feux de joie. Elle fit pourtant longtemps partie de notre héritage par les deux canaux se rejoignant au cœur du christianisme : le fleuve hébraïque et la source grecque. D’ailleurs, le poète Frédéric Mistral, si amoureux de nos racines immortelles, chantait ainsi la culture hellénique :
Allumant ton flambeau
À l'étincelle des étoiles,
Tu as, dans le marbre et sur la toile,
Incarné la suprême beauté.
Tu es la patrie de l'art divin
Et toute grâce vient de toi :
Tu es la source de l'allégresse,
Tu es l'éternelle jeunesse !
(Les Îles d’or)
L’allégresse surnaturelle
Si la grâce et l’allégresse naturelles proviennent du siècle de Périclès, en revanche la grâce et l’allégresse surnaturelles nous sont transmises par la Révélation, celle que Moïse entrevoit en partie et que le Christ achève dans sa perfection. D’où cette hymne d’allégresse qui retentit tout au long de l’Histoire sainte, à commencer par les multiples acclamations de joie intérieure du peuple choisi par Dieu, ceci malgré les épreuves et les catastrophes dues aux infidélités. Ainsi le psalmiste, qu’il soit le roi David ou un autre, ne cesse de souligner à quel point l’allégresse remplit son cœur et nourrit Israël : "Je me réjouirai et je tressaillerai d’allégresse, en vous ; je chanterai votre nom, ô Très-Haut" (Ps 9, 3). Et encore : "Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur et soyez dans l'allégresse ! Poussez des cris de joie, vous tous qui êtes droits de cœur !" (Ps 32, 11.)
D’ailleurs la Création jubile au rythme de cette allégresse que rien ne peut entamer : "Cieux, réjouissez-vous ! car l'Éternel a agi. Profondeurs de la terre, retentissez d'allégresse ! Montagnes, éclatez en cris de joie ! Vous aussi, forêts, avec tous vos arbres ! Car le Seigneur a racheté Jacob, Il a manifesté sa gloire en Israël" (Is 44, 23).
L’ennemi de l’allégresse est un ronchonneur
Une telle allégresse dont l’origine est divine ne peut que fâcher le monde et ceux qui le servent sans souci des cieux qui protègent leur tête. Les méchants détestent l’allégresse et leur rage décuple lorsqu’ils constatent que ceux qu’ils persécutent demeurent sans faiblir dans la joie. Les héros et les saints ne se laissent pas perturber par ceux qui déploient de multiples stratagèmes pour les pousser à la tristesse et au désespoir. Comme le note Pierre Corneille mettant ces mots dans la bouche de la Paix : "Et dans les doux torrents d'une allégresse entière - Tu verras s'abîmer tes maux les plus amers" (La Toison d’or, Prologue, scène III, dialogue entre la Paix, la Discorde, l’Envie, la France et la Victoire). L’ennemi de l’allégresse passe son temps à ronchonner. C’est un empêcheur de tourner en rond et il ne supporte pas la vue d’un être qui préfère ignorer ses mauvais tours et qui traverse ses pièges sans sourciller, réchauffé par un feu intérieur. Il est persuadé qu’il suffit de rogner les ailes d’un oiseau et de l’enfermer dans une cage pour l’empêcher de chanter. Cependant tous les canaris du monde continuent de proclamer les merveilles du Créateur aux oreilles de tous leurs bourreaux, concierges ou non. Il a oublié les Sept Allégresses de la Très Sainte Vierge Marie, ces épisodes heureux de la Mère de Dieu qui illuminent toute la vie de Celle qui, à la salutation et à la bénédiction de sa cousine Élisabeth en la Visitation, répondit sans hésitation : "Mon âme glorifie le Seigneur. Et mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur" (Lc 1, 46-47). Les douleurs futures ne purent jamais lui ravir cette allégresse.
L’ennemi de l’allégresse est le rabat-joie que, quel que soit son âge, chacun finit par fuir tant il est capable de semer la déprime, la morosité, l’amertume. Celui qui hait l’allégresse chez les autres dépense une énergie qu’il pourrait utiliser pour planter en lui au moins une semence de vraie joie, mais il n’en prend pas conscience, tout occupé qu’il est à faire mal. Un tel être a besoin de pitié car il finira peut-être par découvrir en lui des réserves insoupçonnées. La nostalgie peut saisir l’âme à la vision de toutes les belles occasions manquées, de ce qui fut et pourrait être encore avec un brin d’effort. Charles Péguy écrit dans Ève :
Seules vous le savez nos gaîtés d'aujourd'hui
Ne valent pas le quart de l'antique tristesse.
Et les enseignements de ce mortel ennui
Ne valent pas le quart de l'antique allégresse.
Dans l’inconfort
Cette allégresse ancienne nous est promise par Notre Seigneur prêchant les béatitudes mais, bizarrement et scandaleusement, à l’opposé de nos préférences, dans la persécution : "Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez d'allégresse, parce que votre récompense est grande dans le ciel" (Lc 6, 23). Celui qui prend un malin plaisir à blesser, à écraser, à mépriser, à rabaisser — persécuteur en herbe — introduit à son insu sa victime dans le Cœur de Dieu. Aussi ne soyons pas surpris d’entendre les martyrs chanter d’allégresse dans les pires tourments. La langue française du Moyen Âge et du XVIIe siècle avait gardé ce sens profond de l’allégresse — au contraire de la joie bruyante, superficielle et vide des expressions hystériques — lorsqu’elle définissait celui qui en bénéficiait de la façon suivante : "Éveillé comme une potée de souris, comme un chat qu’on fouette" (définition par le grammairien Antoine Oudin). Plaisante image que d’être comme une potée de souris vives et adroites même lorsqu’elles sont prises au piège, ou comme un pauvre félin maltraité par un garnement ! Il semble bien que cet inconfort et ces souffrances soient incontournables pour atteindre l’allégresse éternelle, comme sur les deux plateaux de la balance qui trouvent alors leur équilibre. Saint Pierre n’écrit-il pas à ses ouailles, constamment menacées de martyre : "Mais participant ainsi aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin qu’à la révélation de sa gloire, vous vous réjouissiez aussi, transportés d’allégresse" (1P 4, 13).
Le fruit d’un renoncement
L’allégresse ne s’acquiert pas par des moyens artificiels, elle ne se commande pas en mode "Uber". Elle se mérite car elle est le fruit d’un renoncement journalier et non point de la recherche de plaisirs futiles, de consolations à bon marché. Si les saints vivent dans l’allégresse, ce n’est point parce qu’ils vont vers tout ce qui plaisait à leurs sens, à leur volonté et à leur intelligence, mais parce qu’ils soumettent tout ce qu’ils sont et tout ce qui survient dans leur existence au crible de la vérité du Christ et de la charité à exercer, quelles que soient les tribulations. Modèle qui paraît souvent hors d’atteinte et qui est pourtant vécu par tant d’âmes fidèles et simples à toutes les époques et sous tous les cieux.
Le pape Léon XIV, dans son intervention du 18 juin 2025, à l’occasion de l’anniversaire de Palestrina, cita cette belle invitation de saint Augustin à propos de l’Alléluia pascal : "Chantons-le donc maintenant, mes frères […]. Comme le chantent les voyageurs, chantez mais marchez […]. Avancez, avancez dans le bien […]. Chantez et marchez ! Ne quittez pas la route, ne faites pas demi-tour, ne vous arrêtez pas" (Sermons, 256. 3). L’allégresse qui mène à la paix intérieure est celle qui mobilise toutes les forces pour poursuivre le chemin parsemé d’embûches. Au moment du repos, les anges prendront leurs instruments pour bercer l’âme, enfin délivrée de tout tracas.



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