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2.750 tonnes de nitrate d’ammonium, 235 morts et 6.500 blessés. Tels sont les chiffres, aussi tragiques qu’impressionnants, de l’explosion gigantesque qui a marqué le port de Beyrouth, la capitale libanaise, le 4 août 2020. Cinq ans après, le Premier ministre sunnite Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de Justice nommé en février dernier, a décrété une journée de deuil national. Qui ne résout ni l’enquête sur l’origine du drame, ni les problèmes économiques et politiques qui préexistaient et qui font du Liban un pays fragile au cœur des troubles géopolitique levantins.
L’enquête a d’abord été confiée au juge Marie-Claude Najm, mais l’inculpation de deux ministres en 2021 conduisent à sa destitution, demandée par les hommes politiques accusés de négligence pour avoir permis que le nitrate d’ammonium soit laissé à l’abandon pendant plus de six ans. Il est remplacé par Tarek Bitar, qui continue aujourd’hui son travail malgré des pressions et une suspension d’un an à cause d’incessants recours des possibles mis-en-cause.
L’enquête aboutira-t-elle ?
Soutenu par l’association des familles des victimes, qui attend impatiemment la fin du processus judiciaire, le juge fait face à de nombreuses questions : à qui était destiné le nitrate ? Quelle est la limite entre négligence et volonté criminelle ? Quelle était la conscience du danger des responsables ? D’où est parti l’incendie qui a déclenché l’explosion ? Une vaste enquête dont beaucoup, désormais, doutent qu’elle finisse un jour. Le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Mgr Elias Audi, s’est même indigné dans sa cathédrale il y a quelques jours : "Nombreux sont ceux qui ferment les yeux sur la vérité et la justice et restent silencieux par peur, par lâcheté, par complicité ou par intérêt personnel."
Le Liban a pourtant vécu ce drame dans un contexte déjà très compliqué, touché par l’une des pires crises économiques de son histoire et pris dans l’instabilité politique. Laquelle n’a cessé que le 9 janvier 2025 avec l’élection de Joseph Aoun, ancien commandant de l’armée libanaise, à la présidence de la République et la nomination d’un premier ministre. Pendant deux ans, le pays avait été dirigé par un gouvernement chargé des affaires courantes, incapable de mener à bien les réformes nécessaires. Parmi elles, la restructuration du système bancaire alors que la majorité des entreprises du secteur ont fait faillite depuis 2019 et que le Fonds monétaire international (FMI) demandait des mesures en échange de son appui. Parmi elles, aussi, une loi sur l’indépendance de la justice qui a vu le jour ce 31 juillet.
Des réformes pour la reconstruction de l’État
Parmi elles, surtout, la marche vers l’exclusivité de la maîtrise des armes par l’État, dans un pays où existent de nombreuses milices qui concurrencent le pouvoir central, à commencer par le Hezbollah. Sorte d’État dans l’État, le parti politique et son groupe paramilitaire, soutenus par l’Iran, ont entraîné tous les Libanais dans un nouveau conflit avec Israël après le 7 octobre. Des frappes israéliennes continuent de s’abattre sur le sud du pays et les équipements militaires du parti chiite, mais qui se sont calmées depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Un accord obtenu après le bombardement intensif de Beyrouth et la mort du chef du Hezbollah, depuis remplacé par Naïm Qassem.
Autant de réformes qui pourraient susciter de l’espoir, même si l’anniversaire de l’explosion ravive des souvenirs traumatisants à Beyrouth. Comme un symbole, le nombre de conteneurs passés par le port de la capitale libanaise au mois de juillet a dépassé le chiffre de 2019, un an avant le drame et avant la crise.









