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Le seul dimanche où Qohèleth est lu à la messe

Livre de l’Ecclésiaste.

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Valdemar de Vaux - publié le 02/08/25
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L'homme est mal connu, et risque de passer pour un sage désabusé, attentif seulement à l'aspect tragique de l'existence. Pourtant, Qohèleth, qui n'est lu dans la liturgie qu'un dimanche tous les trois ans – cette année le 3 août – invite surtout à reconnaître que tout vient de Dieu.

Qui ne connaît pas cette phrase, désormais célèbre apophtegme mis en valeur par le grand Bossuet dans son oraison funèbre la plus célèbre, celle d’Henriette d’Angleterre : "Vanités des vanités, tout est vanité !" Voilà les premières "paroles de Qohèleth, fils de David, roi de Jérusalem" (Qo 1, 1), prophète parfois appelé Ecclésiaste et dont la Bible conserve les sentences, qui forment un petit livre de sagesse entre les Proverbes et le Cantique des cantiques. Mais qui connaît davantage que cette phrase, ou cette autre, passée dans le langage proverbial : "Ce qui a existé, c’est cela qui existera ; ce qui s’est fait, c’est cela qui se fera ; rien de nouveau sous le soleil" (Qo 1,9) ?

Au-delà, si cet auteur et ses écrits sont souvent ignorés des chrétiens, c’est aussi parce que la liturgie lui laisse peu de place : un seul dimanche tous les trois ans (le XVIIIe de temps ordinaire de l’année C) et en semaine un an sur deux (du jeudi au samedi de la XXVe semaine de temps ordinaire des années paires).

Des sages d’Israël après l’Exil

Que dire de ce mystérieux Qohèleth ? Que tel n’est pas son prénom ! Car un qohèlet est en fait un prédicateur, une personne dont la parole rassemble, d’où le terme "ecclésiaste" qui vient du grec ekklesia, "assemblée des appelés", lui-même venu de kaleo, "appeler". Le prédicateur en question est-il donc le "fils de David, roi de Jérusalem" ? Cela paraît peu probable, mais il est classique, dans la littérature antique, de faire usage d’une telle pseudépigraphie : s’associer à un personnage illustre permet de gagner en crédibilité, d’autant plus que David fut un grand sage.

Quoi qu’il en soit de l’auteur réel, le texte biblique a sûrement été écrit par plusieurs mains, a priori après l’exil à Babylone (587-539 avant J.-C.). À la lecture des douze chapitres introduits et conclus par l’assertion sur la vanité de ce monde déjà citée, on pourrait prendre l’écrivain pour un sage désabusé et concentré sur l’aspect tragique de l’existence humaine. "Tout va vers un même lieu : tout est tiré de la poussière, et tout retourne à la poussière" (Qo 3, 20), explique-t-il par exemple.

Retrouver la vraie source de la joie

Mais pour celui qui croit, les considérations apparemment désespérées de l’Israélite ont un autre effet. Elles replacent l’homme et les choses d’ici-bas à leur place. Que pourrait-on faire si la vie n’était pas créée et maintenue par le Créateur ? Que peut revendiquer l’homme dont il est le maître ou l’auteur ? "Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps, semble répondre l’Ecclésiaste. Dieu a mis toute la durée du temps dans l’esprit de l’homme, mais celui-ci est incapable d’embrasser l’œuvre que Dieu a faite du début jusqu’à la fin" (Qo 3, 11).

Au cœur de l’été, relire le texte du Qohèleth ou l’entendre dans la liturgie donne l’occasion de savoir ce qui a vraiment de la valeur en ce monde et de ne s’attacher qu’à ça. Les lignes du sage invitent à goûter la vraie joie, à demeurer en Dieu. "En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ?" se demande l’Ecclésiaste. Et de répondre : "Tous ses jours sont autant de souffrances, ses occupations sont autant de tourments : même la nuit, son cœur n’a pas de repos." Mais l’on pourrait lui rétorquer la phrase du psalmiste : "je n’ai mon repos qu’en Dieu seul" (Ps 61, 1). Ou cette célèbre leçon de saint Augustin : "tu nous as faits orientés vers toi [Seigneur] et que notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose pas en toi."

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