Campagne de Carême 2026
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Dès ce samedi 2 août au matin, la plaine d’herbe jaunie de Tor Vergata, dans le sud de la métropole romaine, a vu affluer des groupes de pèlerins de toutes parts. De longues files colorées, rangées derrière leurs bannières, se sont réparties dans un joyeux désordre sur une surface grande comme cent terrains de football. Peu à peu, le grand terrain vague accidenté entourant la scène centrale s’est transformé en une étonnante mer humaine recouverte de tentes, de drapeaux fouettés par les vents chauds, de grands écrans et d’enceintes diffusant les performances d’une dizaine de groupes de musique, sous la grande arche dominée par une croix bénie par Jean Paul II un quart de siècle auparavant.
Un prêtre italien qui accompagne un groupe de jeunes de sa paroisse confie son émotion : il se souvient avoir participé à la rencontre des JMJ de l’an 2000, à une époque où il ne savait pas encore qu’il serait un jour appelé au sacerdoce. Au pied de l’estrade centrale, des jeunes du Chemin néocatéchuménal venus des Seychelles et de la Réunion ne boudent pas leur plaisir. "On a beaucoup marché, on a visité plein de basiliques, à Rome, à Assise, à Lorette, à Strasbourg", témoignent Nicolas, Mathilde et Julia, originaires de la Réunion.
Le temps d’un long après-midi, les carrés de terrain délimités par l’organisation sont devenus de petits villages internationaux, entre lesquels un flux continu de jeunes circulait joyeusement. Là, un groupe forme un cercle autour d’un tam-tam et de deux guitares pour lancer un temps de louange. Plus loin, une jeune femme ouvre un atelier de coiffure improvisé et rencontre un grand succès. Certains font signer leurs t-shirts, d’autres échangent bracelets, images pieuses, chapelets, numéros de téléphone… et même parfois, des regards enamourés !
Sous le soleil, beaucoup peaufinent leur bronzage, tandis que d’autres cherchent par tous les moyens à obtenir un petit coin d’ombre, sous des parapluies, des bâches, voire même en défrichant un bosquet pour fabriquer de petites paillotes. Les points d’eau deviennent de véritables pataugeoires, les bornes de recharge pour téléphones un lieu de socialisation privilégié. Johannes, qui vient de Cologne, accompagne ses camarades, mais a décidé de venir à Rome sans téléphone. "Vraiment, c’est libérateur, je me sens libre. Je vis ce Jubilé sans regarder mon écran, les photos sont dans ma tête, les messages directement aux gens que je rencontre", confie-t-il.
Derrière la Croix
Aux alentours de 19h30, un rugissement s’élève de la foule : l’hélicoptère blanc du souverain pontife traverse le ciel pour venir se poser à côté de l’estrade. Mais avant de la rejoindre, le pape a rendez-vous avec la jeunesse. Sous un soleil déclinant, sa papamobile quadrille la vaste plaine pendant plus d’une demi-heure, accueillie dans chaque travée par une muraille de smartphones et de cris déchaînés. Une jeune religieuse vietnamienne, aux anges de voir Léon XIV, lance de sa petite voix : "We love you, Pope Leo !"
Enfin, le Pape rejoint la grande estrade, arche de bois traversée par les derniers rayons du soleil, et finit les derniers mètres à pied, comme un simple pèlerin, portant la croix du Jubilé accompagné par une dizaine de jeunes. Après avoir lentement remonté les marches de la scène, Léon XIV se retourne face à l’immense foule, cachant son visage derrière le crucifix pour mieux le mettre en évidence. La veillée commence ensuite au son de chants invitant au recueillement et à l’invocation de l’Esprit saint.
Être "vraiment heureux"
Puis, sous la nuit tombante, Léon XIV entame un dialogue avec trois jeunes sur des sujets qui leur tenaient à cœur, alternant entre l’italien, l’anglais et l’espagnol. À une Mexicaine qui l’interroge sur la vraie amitié à l’âge des illusions et des hypocrisies du numérique, il indique comme "étoile polaire" de la vie chrétienne l’amitié avec le Christ. Jésus, insiste-t-il en puisant dans la pensée de saint Augustin, est la seule personne capable de mener à "la vérité qui ne déçoit pas, la beauté qui ne passe pas". Lui seul, souligne-t-il, permet de nouer des "liens intenses" à rebours d’un monde qui fait de l’homme "un instrument du marché et, à son tour, une marchandise".
Ensuite, une jeune Italienne interpelle le Pape sur la peur de l’avenir qui touche la jeunesse actuelle, et la difficulté de choisir avec courage et liberté une existence chargée de sens. "Pour être libres, il faut partir d’une base stable, du roc qui soutient nos pas. Ce roc, c’est un amour qui nous précède, nous surprend et nous dépasse infiniment : l’amour de Dieu", lui répond le pontife. Il propose trois "choix radicaux" qui rendent "vraiment heureux" à son auditoire : le sacerdoce, la vie religieuse ou le mariage.
"Reste avec nous, Seigneur"
Enfin, un Américain questionne le Pape sur la façon de trouver Dieu malgré les incertitudes. Le Pape lui propose cette prière : "Merci, Jésus, de m’avoir appelé. Mon désir est de rester l’un de tes amis, afin qu’en t’embrassant, je sois aussi un compagnon de route pour tous ceux que je rencontre. Fais, Seigneur, que ceux qui me rencontrent puissent te rencontrer, même à travers mes limites et mes fragilités."
Léon XIV invite aussi à prier pour deux jeunes filles, une Espagnole et une Égyptienne, décédées ces derniers jours à Rome. Puis l’assemblée, très recueillie, a l’occasion de vivre cette proximité, en écoutant l’Évangile puis en vivant un impressionnant temps d’adoration. Léon XIV, à genoux comme nombre de jeunes dans l’assemblée, reste longtemps en prière devant l’Eucharistie, alors qu’alternent des temps de musique et d’impressionnant silence. Avant que le pape ne regagne le Vatican en hélicoptère, la plaine de Tor Vergata, plongée dans la nuit, derrière son pasteur, se tourne pendant près de trois quarts d’heure vers le petit point blanc brillant sur le maître-autel. "Unis d’un seul cœur", selon la formule de saint Augustin encore rappelée ce soir par le chef de l’Église catholique.










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