"Vanité des vanités, tout est vanité !" (Qo 1, 2.) Un slogan qui tombe à pic au milieu de notre été. Mais comme un pic de glace qui vient geler l’ambiance "vacances" ! Alors que nous profitons de quelques jours de vacances et d’une belle météo sur la plage, autour d’une piscine ou à la montagne, que nous consacrons plus de temps aux rencontres familiales et amicales, que nous nous reposons de notre travail quotidien, la Parole de Dieu de ce dimanche vient nous prendre à rebrousse-poil. "Vanité des vanités !"
L’illusion des biens de la terre
Si Qohèleth adopte ce ton provocant, ce n’est pas pour être un rabat-joie, ou le râleur de service qui se méfie de tout ce qui peut apporter un peu de plaisir à notre existence. Non, c’est plutôt pour nous inviter à la sagesse, au vrai sens de la vie. En effet, notre cœur peut être très vite emporté par des séductions mondaines, par l’avidité de posséder ou de jouir, par la facilité et le confort de la vie. Le Sage de la Bible n’est donc pas un homme pessimiste ou désespéré, il nous rappelle simplement la fragilité, le néant de toute chose sous le soleil. Il est illusoire de placer notre espérance, notre trésor, dans les biens de la terre. "Tu es fou !" dit Jésus dans la parabole de l’Évangile (Lc 12, 20), tu es insensé ! C’est de la folie de mettre son désir dans les réalités matérielles de ce monde, d’attendre et de rechercher son bonheur dans ce qui ne fait que passer. Voilà une vraie leçon de sagesse, celle qui donne la vraie saveur des choses, le véritable goût de l’existence. Ce que le psalmiste exprime par ces mots : "Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse" (Ps 89, 12).
"Ayez du sel en vous-mêmes !" (Mc 9, 50.) Le sel de la sagesse, qui conserve et rehausse le goût de chaque aliment. Ayons le goût des réalités de ce monde : elles sont bonnes, car créées et données par Dieu, mais elles ne peuvent combler l’appétit de bonheur et de plénitude du cœur de l’homme. Le monde d’ici-bas n’est pas celui de notre repos et de notre satisfaction : il est celui de notre pèlerinage et de notre espérance. Nous ne pouvons pas nous y installer ; nous sommes en marche vers les réalités d’en haut. Comme tous ces jeunes partis en pèlerinage à Rome, à l’appel du pape Léon XIV, pour vivre leur Jubilé en tant que pèlerins d’espérance. "Notre cité se trouve dans les cieux."
Être riche en vue de Dieu
C’est pourquoi le Christ cherche à ouvrir les yeux de notre cœur, ceux avec lesquels on peut contempler l’invisible. Comme l’écrit Antoine de Saint-Exupéry, "on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux" (Le Petit Prince). Avec cette lucidité de la grâce, il est possible de démasquer dans notre esprit cette avidité à posséder, cette avarice sécurisante, cet esclavage de la convoitise, noyant notre désir dans les biens matériels et trompeurs. "Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède" (Lc 12, 15). Ces biens nous font miroiter la joie et le bonheur, tel le mirage d’une oasis dans le désert. Mais ce ne sont que des apparences. La vie ne consiste pas dans l’accumulation de biens, dans le fait d’amasser des richesses, mais dans l’orientation de notre cœur vers Dieu.
Jésus nous le dit : "Être riche en vue de Dieu" (Lc 12, 21) ! Où est-ce que je place ma richesse et ma sécurité ? Dans les biens de ce monde ou ceux promis par le Christ ? Pourquoi se préoccuper d’amasser des richesses alors qu’à la fin il faudra tout laisser derrière soi ?
Tendre vers les réalités du Ciel
C’est cela la véritable signification de notre vie : être tourné vers Dieu, être orienté comme des aimants vers le pôle Nord de notre existence, c’est-à-dire le Père. Ce que saint Paul affirme avec clarté : levons les yeux vers les réalités célestes, objets de notre espérance, "recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu" (Col 3, 1). Débarrassons-nous de l’homme ancien avec son appétit de jouissance et revêtons l’homme nouveau : "Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie" (Col 3, 5). On ne peut pas être plus direct ! Puisque nous sommes baptisés, puisque nous sommes ressuscités avec le Christ, puisque nous avons revêtu le Christ, et que le Christ est "notre vie", il nous faut tendre vers les réalités du Ciel. La vraie sagesse sera alors d’utiliser les biens de la terre comme tremplin et marchepied pour atteindre les biens impérissables. Ce sont ces réalités de l’espérance qui donnent sens et saveur à notre existence, tout le reste "n’est que vanité".
Lectures du 18e dimanche du temps ordinaire :






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