Le très bref pontificat de Léon XI en 1605 (26 jours) a laissé peu de traces, mais il est la conséquence logique d’une brillante carrière épiscopale et romaine. Avant d’être élu, le cardinal Alexandre de Médicis a joué un rôle déterminant dans les relations du Saint-Siège avec la France de Henri IV, prince protestant converti au catholicisme en 1593.
Petit-neveu de Léon X et cousin éloigné du duc de Florence Côme de Médicis, Alexandre de Médicis, né en 1535, est marqué dans sa jeunesse par son éducation chez les dominicains florentins et finit par être ordonné prêtre, malgré l’opposition de sa famille. Envoyé par cette dernière à Rome pour défendre ses intérêts, il va mettre à profit ses excellents talents d’administrateur intègre et attentif, ainsi que de fin diplomate, en se mettant au service de six papes. Nommé évêque de Pistoia en 1573, archevêque de Florence en 1574 et enfin cardinal en 1584, il s’acquitte avec sérieux de ses responsabilités sans quitter Rome. Lors des deux conclaves de 1590 et de celui de 1591, il fait partie des papabili, mais décide de soutenir d’autres cardinaux.
Un habile conciliateur
Véritable serviteur de l’Église, il se démarque ainsi des directives de sa famille, même s’il reste très proche du parti français – auquel appartient le duché de Florence depuis que sa tante éloignée, Catherine de Médicis, a épousé le roi Henri II en 1547. En conséquence, il se retrouve aussi souvent opposé à la partie adverse, celle de la couronne espagnole des Habsbourg. Conseillant Clément VIII, le cardinal de Médicis va jouer un rôle décisif dans la réconciliation de la papauté avec la France du protestant Henri IV, après la conversion au catholicisme de ce dernier en 1593. Il obtient d’abord la levée de son excommunication en 1595, puis est envoyé comme légat pontifical à Paris en 1596. Il a alors pour mission de favoriser la réconciliation de la France et de l’Espagne, mais également de contrer la politique gallicane défendue par la couronne française, qui ne reconnaît pas toutes les directives du Concile de Trente, pourtant terminé depuis 1563.
Le cardinal s’en sort brillamment, malgré un climat hostile : Henri IV se réconcilie officiellement avec l’Église dès 1596, et le cardinal de Médicis organise la conférence de paix de Vervins en 1598, qui met fin au conflit entre les royaumes de France et d’Espagne. Mais le roi de France résiste ensuite à l’application des décrets tridentins et souhaite divorcer pour épouser Marie de Médicis, lointaine et richissime cousine du diplomate. Pour éviter un conflit d’intérêts, ce dernier décide habilement de rentrer à Rome où il est nommé secrétaire de la Congrégation pour les Évêques, et continue de gravir les échelons. En 1599, il obtient finalement l’annulation du mariage d’Henri IV avec Marguerite de Valois et, après le mariage du roi avec sa cousine Marie, il se voit proposer de célébrer le baptême du futur Louis XIII, mais il refuse afin d’éviter d’attiser les rancœurs du camp espagnol.
C’est dans ce contexte que survient le conclave de 1605 : le cardinal de Médicis fait partie des candidats du clan français, aux côtés du cardinal César Baronio, un brillant historien proche de saint Philippe Néri. En face de lui, la faction espagnole et un parti italien vont se livrer une violente bataille. Barré par la couronne espagnole, le cardinal Baronio, favori au départ, est finalement écarté, et c’est Médicis qui est choisi, prenant le nom de Léon XI en hommage à son parent Léon X. Initié le 1er avril, son bref pontificat témoigne de sa volonté de réformer l’appareil curial. Mais dix jours après son élection, le pape, qui avait déjà 69 ans, prend froid lors d’une messe célébrée dans la basilique Saint-Jean-des-Florentins. Et en meurt le 27 avril.

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